SIMULATIONS II MYSTIFICATIONS. 3.VJ
A l'asile de Ville-Evrard, elle simule toutes les maladies imaginables. Un jour elle se pique les joues et les gencives, et conservant le sang dans sa bouche, elle feint ainsi un accès de toux suffocante.
Une autre fois elle s'introduit dans le vagin des confitures de groseille, pour faire croire à une affection utérine, et elle réclame à grands cris un examen médical des organes génitaux, à l'aide du spéculum.
Plus tard elle simule pendant plusieurs mois une grose : elle se déformait la taille au moyen de serviettes et de torchons dérobés avec soin.
On la trouve un jour sans connaissance, étendue sur un lit, simulant un accès d'ivresse. Un flacon d'absinthe était jeté vide à ses pieds.
A chaque instant elle menace de se suicider, pleure, se roule sur le parquet, s'arrache les cheveux, etc.
Personne ne se laisse prendre à ces supercheries *.
OBSERVATION XL. — Désir de faire parler de soi. — Sacrilège. Supercheries diverses. — Menaces de Suicide.
Madame J... a toujours eu une imagination exaltée, amie du mystère et du merveilleux. Étant en pension, elle n'hésite p;i> à commettre un sacrilège pour faire parler d'elle. Elle enfonce le tabernacle de la chapelle, et s'empare de l'hostie; mais en ce moment un pas résonne sur les dalles, son cœur l'abandonne, elle perd connaissance et roule sur les marches de l'autel. L'affection nerveuse dont elle est atteinte semble dater de celte époque.
Après son mariage, elle se laisse aller sans réserve aux emportements de son imagination, et se fait remarquer par ses nombreuses aventures galantes et des tentatives réitérées de suicide, qui motivent sa séquestration à Yille-
f. Taguet, in A'in. médic.-psijch., 5e série, t. XVII, p. 368, 1877.
TENTATIVES DE SUICIDE
Evrard. Là, elle obligeies médecins à s'occuper constamment d'elle el déroute tout traitement. Pendant près d'une année, elle ne prend chaque jour, pour toute nourriture, que deux
œufs et une tasse de lait. Sa figure fatiguée exprime la souffrance, ses yeux se creusent d'un profond sillon; des vomissements incoercibles se montrent, sans que la santé générale paraisse souffrir d'un état de choses aussi inquiétant. C'est alors qu'on découvre une de ses supercheries : c'est avec île l'encre qu'elle maquille, avec art, ses yeux pour leur donner une teinte maladive. Un lavage complet lui rend sa physionomie première, et l'usage de la sonde la décide à manger comme tout le monde.
Elle écrit alors à une de ses amies qu'elle va se délivrer des peines de ce monde en s'ouvrant une artère avec des ciseaux : elle n'en fait rien. Mais elle prépare une décoction de tahac et simule une intoxication mortelle. Quelques jours après, elle se sauve, en chemise, sur une galerie, et fait mine de vouloir se précipiter en bas. Elle quitte enfin l'asile, annonçant à tous qu'elle aura recours au pistolet pour en finir avec l'existence1.
Tentatives de suicides. — DailS plusieurs des obseï'-
vations précédentes, nous avons vu des hystériques parler fréquemment de se donner la mort; ce n'est pas que le suicide vrai soil fréquent chez elles. En général, elles se bornent à de nombreuses tentatives, accomplies dans des conditions telles qu'elles ne peuvent aboutir. Ces tentatives, dont elles aiment beaucoup à parler, qu'elles font pressentir avec soin à ceux qui les entourent et dont elles se vantent rétrospectivement en énumérant les détails avec un soin d'artiste, peuvent être elles-mêmes vraies ou simulées. On
1. Taguet, in Ann. médic.-psych., 5* série, t. XVII, p. 3G5, 1877.