‹ Les hysteriquesChapitre 139 sur 265 · PRÉCIPITATION PAR LA FENÊTRE · texte numérisé non relu

PRÉCIPITATION PAR LA FENÊTRE

en verra les exemples les plus frappants cl les plus variés dans les observations qui suivent.

Voici d'abord les tentatives. Les deux faits cliniques qui suivent concernent des malades de mon service à la Salpêtrière.

OBSERVATION XLI. — Hystéro-épilepsic grave. — Précipitation par la feoétre. — Délire. — Paraplégie. — Coup de canil' à la gorge.

B..., âgée de vingt-cinq «ans, a été bien portante jusqu'à l'âge de quinze ans. Le début de sa maladie remonte à l'année 1870, époque où sa famille habitait Strasbourg. Sa première attaque fut due à la mort de son grand-père, fusillé par les Prussiens. Elle n'a conservé d'autre souvenir de ce cruel événement que celui d'avoir été eamisolée et d'être restée trois jours sans reprendre connaissance.

Deux mois après, «die fut enlevée par son amant qui la conduisit à Vienne, où ils passèrent trois ans dans la plus parfaite amitié. Ils viennent alors à Paris. Son protecteur, retenu par ses éludes d'ingénieur, la place chez des modistes de sa connaissance. Une année s'écoule ainsi sans qu'on observe aucun dérangement dans sa santé. Elle part pour Metz où trois mois après elle accouche, à sept mois, d'un enfant qui meurt de convulsions à l'âge de six mois. Elle se rend à Genève où s'était retirée sa famille, pour demander à sa mère l'autorisation d'épouser son amant. Le refus de sa mère et l'abandon de sa famille qui en est la suite déterminent des accès de manie furieuse, qui durent treize mois, pendant lesquels on a dû la camisoler, la garder au lit, etc. Mais elle n'a conservé aucun souvenir de ce qui s'est passé alors.

Le calme revient. Deux fausses couches se succèdent et bientôt après, la naissance d'un enfant encore vivant. En février 1870, elle se querelle avec son amant et poussée par

TENTATIVES P>E SUICIDE

dos contrariétés de famille, elle se précipite par la fenêtre d'un deuxième étage. Cette chute n'eutraiua pas de graves contusions corporelles, mais l'état mental fut altéré au point

que les idées de suicide ne l'abandonnent plus. Au mois de septembre suivant, elle quitte, //(//• toquade (c'est son expression), son amant qui retient son enfant. Elle revient à Paris an mois de décembre, chez des amies, où elle est prise de crises nerveuses qui l'obligent à entrer à l'Hôtel-Dieu.

Mais on est forcé de la renvoyer à Sainte-Anne, le 21 janvier 1880, avec le diagnostic : hystéro-épilepsie. On la garde peu de jours et on l'expédie à la Salpêtrière avec cette note : « atteinte d'hystéro-épilepsie, avec hallucinations passagères; hémianeslhésie gauche. » Elle ne peut raconter ce qui s'est passé pendant son séjour à Sainte-Anne.

A la Salpêtrière nous observons tous les symptômes de ['hystéro-épilepsie et le relevé fait pour Tannée 1880 porte 1054 crises convulsives.

Actuellement, cette malade est paraplégique. Elle ne peut marcher, bien qu'elle ait conservé des mouvements de flexion et d'élévation des membres inférieurs. L'anesthésie est devenue générale excepté à la face, où la sensibilité est conservée du côté droit.

L'amnésie persiste. La malade est souvent emportée, sans être excitée en rien par les personnes qui l'entourent. Elle a tenté de se couper la gorge avec un canif. Ses crises il'hvstéro-épilepsie s'accompagnent d'hallucinations. Elle croit voir son enfant et elle fait le geste de l'embrasser. Elle éprouve de l'insomnie, des étouffements et des bourdonnements persistants dans les deux oreilles.

L!. a dû être transférée en province (188:2).

Page 1