REFUS D'ALIMENTS. 3GC
OBSERVATION XLIV. — Mélancolie hystérique. — Incendie. — Hallucinations. — Refus d'aliments. — Guérison.
Miss B..., âgée de vingt-quatre ans, institutrice, entre à l'asile d'Auxerre le 6 juillet 187-2. Sa santé est assez délicate; elle ressent parfois des symptômes hystériques tels que étouffements, sensation d'une boule qui lui monte à la gorge, etc. Elle a eu en 1871 une fièvre typhoïde de forme alaxique et depuis lors son caractère a changé, elle est devenue irritable, susceptible et fort impressionnable.
Dernièrement il lui arriva de mettre le feu dans sa chambre : la peur qu'elle en éprouva ébranla complètement sa raison... Pour éviter les reproches de ses maîtres, elle courut se jeter à l'eau.
A l'asile, elle s'accuse d'être la plus misérable des femmes, d'avoir désolé ses maîtres, d'être le déshonneur de sa famille. Elle a des hallucinations de la vue et de l'ouïe et songe certainement à se suicider.
Elle tombe dans un état voisin de la stupeur, refuse les aliments et est nourrie à la sonde. Cinq mois après elle sort guérie1.
Dans une communication à la Société médico-psychologique, en 1875, M. Delasiauve a rapporté l'observation d'une jeune négresse ayant eu des accès convulsifs hystériformes et ayant surtout présenté de violentes perturbations mentales.
« Cette jeune fille, dit-il, d'une intelligence vive, qu'une éducation assez soignée et de nombreux voyages ont développée, a cherché à se donner la mort en se
1. Cullerre, in Ann. médic.-pstjch., 5° série, t. X, p. 397, 1873.
MMATiVKS DE SUICIDE.
j-'iani dans la Seine c! en essayant de s'étrangler. Rien d'uniforme dans sa manière d'être : elle es! tantôl triste, tantôt gaie avec excès. Elle bavarde, chante,
et est turbulente; ou bien, morne et fâcheuse, elle s'irrite, s'accuse, se désespère. Le lendemain, surviennent les symptômes d'une exaltation maniaque ou d'une concentration fortement mélancolique. Klle se confine dans sa cellule, se tapit il ans son lit, déborde en imprécations et, si la surveillance fait défaut, accomplit sur elle-même les mutilations les plus affreuses,
» Quelquefois elle se cache, fait la morte ou simule de se pendre, d'autres fois elle se plaint de tout et de tous, cherche des motifs de querelle, injurie, éclate en sanglots, se roule sur la dalle, se frappe la tète contre les murs. Une fois elle se blesse le poignet en brisant les vitres de sa fenêtre, une autre fois elle se déchire le cou avec ses mains. Dans un accès de rage effrénée elle s'arrache, avec un morceau de verre ou avec les dents, les chairs de l'avant-bras et se fait une plaie énorme.
» Elle mêle à l'histoire de l'origine de ces accidents les circonstances f antastisques d'un amour moins vraisemblable que romanesque. »
Cette hystérique s'est rétablie et a quitté la Salpêtrière à la fin de l'année 1880. J'ai pu la faire rapatrier en Afrique.
M. Delasiauve a également été amené à parler de la malade Bas..., de la grave altération de ses sentiments affectifs et de ses tentatives de suicide. « Elle entre, dit-il, pour la première fois, en 1865, à vingt-deux