‹ Les hysteriquesChapitre 149 sur 265 · LETTRE D'UNE SUICIDÉE. 8T · texte numérisé non relu

LETTRE D'UNE SUICIDÉE. 8T

gleterre intervint auprès du préfet de police, et toute les difficultés lurent levées. Deux mois après, miss \V... avait pu prendre sur ses deux sœurs un tel ascendant, qu'elle les décida à mourir avec elle : les trois jeunes filles s'asphyxièrent.

En interrogeant mes souvenirs, j'ai encore très pré sent à l'esprit le suicide de deux jeunes femmes hystériques. L'une, accouchée seulement depuis vingtcinq jours et allaitant son enfant, s'est subitement précipitée par une fenêtre d'un troisième étage, à la suite d'une querelle avec son mari, et est morte le lendemain. L'autre, en proie à une jalousie violente, s'est noyée à Asnières, après avoir jeté à la poste, à Paris, une très longue lettre à l'adresse du commissaire de police de son quartier. On y lisait entre autres choses

ce passage : « Dites au.r journalistes que c'est

l'excès de bonheur qui m'a tuée. J'aime tant mon Emile, jel' adore tant, je suis si heureuse avec lui que, pour bien lui prouver mon amour, j'ai décidé de me sacrifier pour lui et de lui faire un dernier plaisir. Il fait la cour, je le sais, à sa parente, Lucie G. ; eh! bien, je ne veux pas les gêner. J'aurais bien pu jeter du vitriol à lu figure de celte vilaine femme, qui m'a volé le cœur de mon Emile chéri, mais, non; je suis grande, je suis généreuse, je pardonne et je rais me tuer, voulant être bonne jusqu'à la folie. Qu'ils soient heureux, si mon souvenir ne les étouffe pas; mais moi, je me dis que la meilleure manière de prouver que l'on aime, c'est de donner sa vie pour l'objet adoré. La mort est la plus haute expression des battements de

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