FUGUES DEMI-CONSCIENTES
mon cœur; elle va être lu jouissance exagérée et nans fin d'un bonheur céleste. Vamourt c'est la mort.
FiuiifK »loiiii-ooiis<-i«' nt os, mlvtcsd jnciiiiiroscirniiïrs
— J'ai fait connaître ailleurs1 le caractère très spécial et la valeur clinique et médico-légale des fugues intentes chez les épileptiques. Je dois, à celte place, rapprocher de ce phénomène significatif encore peu connu l'exposé d'un signe jusqu'à un certain point analogue, que Ton observe chez les hystériques intellectuellement troublées.
Quelques malades contrariées, irritées, jalouses, emportées, ne sachant à qui s'en prendre et accusant volontiers tout le monde, quittent leur maison à la hâte, en proie à une vive émotion, et vont pleurer à L'église. Elles se confessent en sanglotant, s'accusent avec exagération et témoignent d'une ferveur exagérée et tout à fait inattendue. Elles sortent du confessionnal, baignées de larmes, poussent de fréquents soupirs, restent pendant un certain temps accablées, immobiles, ne songeant presque à rien, puis devenues visiblement plus calmes, elles reprennent le chemin de leur demeure. Au dîner de la famille ou dans la soirée, elles sont prévenantes, gracieuses et enjouées. L'orage s'est dissipé.
Si, au lieu d'aller à l'église, elles se sont rendues chez une parente ou chez une amie, elles y arrivent un peu bouleversées, loquaces et à demi tremblantes. Elles se plaignent à tort de leur mari, de leur belle-mère, d'un médecin, d'un prêtre ou d'une voisine; elles tra-
1. Legraml du Saulle, Étude médico-légale sur les épileptiques, Paris,
AU.Ml RES ÊTB INGES. 377
hissent toutes les intimités de leur ménage, t'ont des eonlidences scabreuses ou mensongères, médisent sans mesure, calomnient à l'occasion et manquent rarement de faire étalage de leurs qualités, de leurs vertus et de leurs mérites divers. «. Elles ont trop de cœur; on ne les comprend pas; elles sont bien malbeureuses! » Les encouragements et les consolations ne se font point attendre, le calme unit par renaître et l'issue de la crise est invariablement la même que dans l'espèce précédemment citée.
Dans les deux cas, des regrets silencieux se produisent généralement le lendemain et provoquent un peu de taciturnité et de tristesse. « J'ai fait une sottise hier, me disait une malade, et j'ai bien peur que mes bavardages ne lassent du tort à mon mari, mais je n'avais pas d'air, je suffoquais, j'étranglais, j'ai pris mon chapeau et mon ombrelle, et je suis allée dire tout ce que j'avais sur le cœur. Je voyais bien que je n'avais pas le sens commun, que je me perdais, mais cela me faisait tant de bien de parler à quelqu'un de sympathique ! J'aurais pu d'autant mieux m'arrèter, au milieu de toutes mes inconséquences, que l'on ne voulait entendre ni mes plaintes ni mes griefs, mais j'avais mes nerfs el je n'étais pas fâchée de me venger! C'est déplorable, je le vois maintenant, et je crains bien que mon mari ne perde sa place ! »
L'hystérique, qui songe à se venger, a un grand nombre de moyens à sa disposition. Il en est un qui plonge les familles dans les plus pénibles angoisses : les fugues. Une sortie précipitée et mystérieuse livre carrière à
1 n.l'F.s BEMI-I ONSl Il NTKS.
toutes les hypothèses. La famille attend, échafaude suppositions sur suppositions, soupçons sur soupçons, craintes sur craintes, et les heures s 'écoulent toujours Enfin, la malade rentre, ne donne parfois aucune explication, déclare qu'elle ne rendra aucun compte et qu'elle ne descendra à aucune justification. Chacun se tait : les vraies douleurs sont muettes.
Ces fugues demi-conscientes et à la recherche d'aventures, inspirées par l'exaltation, la colère, la jalousie, le désespoir ou la haine, sont tentées quelquefois méchamment, dans le but de faire de la peine, de causer nne grande inquiétude, de faire croire à un suicide, d'accréditer la présomption de brutalités de la part du mari ou simplement de donner une leçon à ceux dont on a cru avoir à se plaindre. Quelques exemples peuvent être sommairement rapportés : une jeune femme sort à l'improviste, au moment du dîner, se promène cinq heures en voiture et rentre chez elle à minuit. — Une autre s'éloigne tout éplorée et va faire constater chez un médecin des ecchymoses, des contusions et des écorchures qu'elle s'est faites elle-même et qu'elle impute à son mari. — Une troisième se dit chassée du domicile conjugal, à la suite d'une scène excessivement violente. Son mari, armé d'un revolver, l'a poursuivie sur les escaliers. — Une autre se jette dans la Seine, au moment où passe un bateau chargé de voyageurs. On la retire vivante immédiatement et elle déclare que son mari est l'amant de sa fille, Agée de treize ans. — Une autre est arrêtée sur un banc d'un boulevard extérieur et elle rapporte qu'elle est à la recherche d'un homme