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CHAPITRE PREMIER

LES CAUSES DE L'HYSTÉRIE

Étiologie en général. — (Luises prédisposantes. — Sexe. — Age. — Hérédité. — Influences morales. — Éducation, position sociale, profession. — Influence de la constitution physique et des divers état> morbides. — Climat. — Prédisposition à l'hystérie. — Causes déterminantes. — Observations. — Résumé.

V étiologie a été pendant longtemps dénaturée comme à plaisir : plus d'un auteur, parmi ceux qui s'en sont occupés, s'est attaché à torturer les faits, pour y trouver des arguments en faveur de ses vues « priori; ou plutôt les faits ont été par beaucoup soigneusement laissés de côté, si bien que des conceptions fausses, des opinions injustifiables sur les causes et la nature de la névrose sont allées s'accréditant.

Sans doute les progrès réalisés dans la méthode d'observation, grâce aux tendances positives de notre époque, ont jeté quelque lumière sur un sujet pendant longtemps resté obscur : tout au moins s'est-on, de divers côtés, efforcé de faire justice de certains préjugés trop répandus, que le public et même, hélas! quel-

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ques médecins acceptent encore, sans en demander la démonstration et sans en exiger la preuve. La question vaut la peine qu'on s'y arrête, au seuil même de l'étude des conditions prédisposantes et déterminantes de l'hystérie.

Parmi ces préjugés, qui ont longtemps dominé l'étiologie de la névrose, il en est un qui a joui d'une laveur particulière et qu'il importe dès l'abord de réduire à sa juste valeur. Ilippocrate et Galien croyaient que l'hystérie naît de la continence, soit que les besoins des organes génitaux n'aient pas reçu satisfaction, soit que l'activité vitale de ces organes ait été anormalement surexcitée. Cette idée, ancienne comme la médecine, a fait son chemin de génération en génération et jouit encore du crédit que rencontrent trop souvent, dans le monde, les préjugés anciens, surtout lorsqu'ils louchent aux choses médicales.

On admet encore volontiers avec Platon que la matrice est un animal qui veut, à toute force, concevoir, et qui entre en fureur s'il ne conçoit pas; aussi considère-t-on aisément l'hystérie comme une maladie honteuse : c'est, suivant une expression ancienne, Vénus tout entière attachée à sa proie. La continence, la non satisfaction des appétits sexuels, voilà, dit-on, la cause de l'hystérie !

Comment une pareille erreur a pu naître, on se l'explique difficilement. Mais on conçoit mieux qu'elle ait été facilement acceptée, alors qu'elle était défendue par les maîtres de la médecine aux différentes époques, par Hippocrate, Galien, Fernel. Sennert,

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J. Hol'mann, plus récemmenl même par Louyer-Villerinay et Landouzy.

ite opinion sur L'hystérie est regrettable et même dangereuse. Elle est regrettable, parce qu'elle tend à dégrader l'hystérique, en lui prêtant des appétits lubriques que souvent elle n'a pas; elle est dangereuse, et c'est là surtout ce qui doit nous occuper, parce qu'elle a maintes fois servi de thème à des plaidoiries déclamatoires dans divers débats civils ou criminels.

S'agit-il, par exemple, de poursuites en adultère, l'avocat qui défend les intérêts de la femme compromis- ou déshonorée, ne se contente plus de nier ou d'avouer les aventures galantes incriminées en faisant appel à la clémence; il plaide l'hystérie, et V hystérie telle qu'il la conçoit. Confondant la perversité avec la perversion, il imagine une névrose de fantaisie à laquelle il attribue les plus romanesques symptômes. Si sa cliente s'est rendue coupable des faits d'infidélité qu'on lui reproche, c'est qu'elle était dominée par une force irrésistible et fatalement entraînée à la recherche de satisfactions qu'elle ne rencontrait pas auprès d'un époux indifférent ou froid. Vienne un débat civil à propos d'une demande en séparation de corps, et on entendra répéter le même Langage.

Eh bien ! cette idée qu'on se fait de l'hystérie et des hystériques, idée si profondément entrée dans l'opinion publique que le médecin ne peut prononcer franche ment le nom de la maladie sans provoquer les protestations irréfléchies d'une famille scandalisée, cette idée est fausse, fausse de tous points. Les preuves

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abondent. Il ne sera pas inutile d'y insister quelque peu.

Déjà, au siècle dernier, Ch. Lepois, Wiliis, Raulin, plus près de nous Georget, Brachet, Sandras, Giraud, Lélut etGendrin ont réagi contre la doctrine de Galien, à laquelle les arguments péremptoires de Briquet ont porté les derniers coups.

Grisolle, à l'autopsie d'une femme dûment hystérique, constata l'absence congénitale de l'utérus et d'une partie du vagin.

Sandras1, il y a déjà longtemps, a déclaré n'avoir jamais vu un cas d'hystérie amélioré par l'usage ou par l'abus des plaisirs vénériens. Les femmes hystériques, d'après cet auteur, ne sont pas plus disposées que les autres femmes à prendre une part active dans les rapports sexuels; et dans bien des cas, en outre, on a vu le mariage, quand l'hystérie préexistait, apporter une véritable aggravation. M. Billard*, médecin adjoint de l'asile Saint-Yon, en a, entre autres faits, rapporté un remarquable exemple.

On peut citer, d'ailleurs, bien d'autres arguments décisifs. Contrairement à ce qu'on avait pensé, d'après les idées de Galien renouvelées par Louyer-Villermay et Landouzy, les veuves ne sont pas plus exposées à l'hystérie que les autres femmes. On a remarqué que dans les couvents la névrose est très rare. Sans doute aux siècles passés on a observé des épidémies d'hystérie,

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