‹ Les hysteriquesChapitre 155 sur 265 · TRAITS DE COURAGE · texte numérisé non relu

TRAITS DE COURAGE

se précipitera au milieu des flammes pour sauver un infirme, un vieillard ou un enfant. Qu'une insurrection se lève et attaque un édifice communal ou une caisse publique, et une névropathe, dans un élan tout pathologique, en imposera les armes à la main, à une troupe de révoltés. Cela s'est vu. Que des inondations sui prennent tout à coup une localité, et une femme pourra déployer la bravoure la plus secourable.

Au lendemain de l'incendie, de l'insurrection ou de l'inondation, si l'on examine et si l'on interroge ces héroïnes, on les trouve complètement accablées et quelques-unes disent avec candeur : « Je ne sais pas ce que j'ai fait, je n'ai pas eu conscience du danger. »

Pendant les temps d'épidémie cholérique, alors que la peur est si mauvaise conseillère et qu'elle provoque des défections si blâmables, certaines hystériques montreront un dévouement extraordinaire : rien ne leur répugnera, rien ne susceptibilisera leur pudeur, rien ne lassera leur courage. Elles stimuleront le zèle des garde-malades, feront des prosélytes, amèneront avec elles des médecins, écriront leurs prescriptions et les feront exécuter; elles frictionneront les mourants et enseveliront les morts. Les journaux de la localité feront l'apologie des dévouements sublimes.

Le dévouement est devenu pour ces malades un besoin, une occasion de dépense nécessaire, et, sans s'en douter, elles jouent pathologiquement le rôle de la vertu. Tout le monde s'y laisse prendre, et, pour l'exemple, c'est un bien. J'ai, dans ce but, demandé et obtenu une récompense publique pour une hystérique,

Legra.nd dd Saille. Les hystériques. 25

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