‹ Les hysteriquesChapitre 157 sur 265 · PHILANTHROPIE EXAGÉRÉE. IJ · texte numérisé non relu

PHILANTHROPIE EXAGÉRÉE. IJ

OBSERVATION. L. — Phénomènes hystériques. — Actes philanthropiques.— Perte de la fortune. — Idées de suicide. — Actes extravagants.

Mademoiselle Adrienne, née le 1er novembre 1826, entre à la maison nationale de Charenton, le 30 mars 1879.

Cette malade est d'un tempérament très nerveux (le I» Rayer l'appelait un rouleau de nerfs). Elle a toujours présenté des symptômes hystériques : sensations de houle, douleurs névralgiques, crises nerveuses, etc. Elle est d'un caractère fantasque, romanesque même; passe facilement du rire aux larmes et vice versa.

D'une éducation distinguée et possédant une instruction très développée, elle devint, à l'âge de vingt-deux ans, nous ne savons par quel concours de circonstances, la maîtresse d'un riche agent de change. Cette existence fut assez calme pendant une douzaine d'années, lorsque, croyant avoir à se plaindre de son amant, elle le quitta brusquement et alla s'enfermer dans un couvent. Elle y fit un séjour de onze mois et n'en sortit que sur les supplications de sa famille et de ses amis, au mois d'avril 1861, pour reprendre la vie ordinaire.

C'est alors que se développèrent chez elle les idées philanthropiques, qui devaient devenir l'unique préoccupation de son existence. Elle se contente, pendant plusieurs années, de distribuer l'argent qui lui était donné; elle en faisait surtout don au couvent d'où elle sortait, ou bien à des œuvres d'assistance publique.

Mais bientôt ce rôle purement passif ne devait plus suffire à son activité et elle fut prise du désir ardent d'attacher son nom à une grande création philanthropique. Elle rompit donc complètement avec son amant, quitta Paris et alla s'établir à "" (Seine-el-Oise). Là, elle loua, en 1871,

DÉVOUEMENTS EXCEPTION NI l s

une maison el en lit un orphelinat; elle déploya une activité prodigieuse et, au bout d'un certain temps, son établissemenl comptait une trentaine de pensionnaires. .Mais ses ressources personnelles, qui montaient à 140000 francs, furent r|mi>ées au bout île quelque temps, et les secours qu'elle attendait et espérait ou de personnes riches et charitables ou des autorités ne vinrent pas. C'était donc à la faillite que marchait une telle entreprise; mais ce qui était bien plus pénible pour la fondatrice que la perte d'argent, c'était son amour-propre froissé, le dépit de n'avoir pu réussir. Elle s'en prit alors à tout le monde et particulièrement au clergé et aux congrégations religieuses qu'elle accusait d'avoir entravé son œuvre par jalousie. Lorsque le moment de la catastrophe arriva, qu'il fallut tout vendre, le désespoir la saisit, et les idées de suicide envahirent son esprit. Une nuit, résolue tYrn finir, elle se sauva en peignoir de chez elle, erra dans les rues de *** et fut enfin trouvée par des personnes de sa connaissance, adossée contre le mur d'une maison, gémissant, sanglotant, en proie à des suffocations. On la reconduisit chez elle et fut surveillée de près.

Lorsque tout fut vendu, elle retourna à Paris au couvent où elle avait passé déjà plusieurs mois. Mais il lui fut impossible d'y séjourner longtemps; son caractère qui s'était aigri ne supportait pas la contradiction, et il lui était devenu impossible de se soumettre aune règle. Que se passa-t-il alors? Nous n'avons pu le savoir. Comment vécut-elle au sortir du couvent/ que fit-elle? Les récits de la malade sont vagues à ce sujet et nous n'avons rien pu obtenir de précis d'elle que sur la journée du 1er mai 1878.

A cette date, obsédée de nouveau par l'idée de se tuer, elle prit la résolution de s'enfermer dans le tombeau de sa mère, de jeter la clef et de se laisser mourir de faim. Elle se rendit au Père-Lachaisepour mettre à exécution ce suicide romanesque; mais arrivée là, elle fut prise de crainte, ses sentiments religieux prirent le dessus, suivant elle, et elle

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