OBSESSIONS JALOUSES
laver les main* cinq à six fois pendant chaque repas, sous les prétextes les plus frivoles; plus tard elle ordonnait à ses enfants de se laver également; elle les gardait toujours auprès d'elle, sans jamais consentir à les laisser aller avec personne, pas même avec leur père. Elle montrait une jalousie exagérée à l'égard de son mari; elle prenait quelquefois des habits d'homme pour le suivre et Le surveiller de plus près. Dominée par l'idée d'être la femme d'un haut fonctionnaire, elle faisait une foule de démarches intempestives, écrivait à une foule de personnages, harcelait les bureaux du ministère, et mettait tant d'insistance dans ses réclamations qu'elle finit par indisposer tout le monde contre elle. Il en résulta que son mari, au lieu d'avoir l'avancement désiré, fut mis à la retraite. Il en conçut un chagrin si profond, qu'il succomba peu de temps après à une attaque d'apoplexie. Après sa mort, elle demanda pour elle et pour ses enfants des choses impossibles. Ayant obtenu une audience du chef de l'État, elle fut reçue préalablement par un ministre auquel elle parut si extravagante, que ce dernier fit refuser l'audience promise.
Sur ces entrefaites, M. C..., le fonctionnaire nommé à la place de son mari, lui fait une visite de politesse. A partir de ce moment, sans qu'il se fût rien passé entre eux, elle manifesta de la jalousie envers toutes les femmes qui avaient le moindre rapport avec lui. Madame Louise, alors âgée de cinquante-huit ans, se mit dans l'esprit de savoir les faits et gestes de ce fonctionnaire, le suivant partout, s'informant de ses habitudes, de ses fréquentations, et elle alla jusqu'à s'attacher aux pas de plusieurs dames qu'il connaissait. Surveiller sa conduite, disait-elle, c'était son droit; l'obliger à se bien tenir, c'était son devoir.
Parti pour l'étranger, M. C... reçut une foule de lettres anonymes dans lesquelles on lui donnait des conseils, on lui prêchait la morale; intrigué tout d'abord, il finit par en connaître la provenance et écrivit à cette dame une série de
SÉQUESTRATION PRÉTENDUE A MU rRÂIRE.
lettres pour la désabuser ilo ses prétentions. Il revint a Marseille. Madame Louise se rendit immédiatement dans cetle ville, s'installa dans un mauvais garni, et recommença ses démarches et ses persécutions. Elle était toujours sur sou passage, ne s'occupait que de lui, cherchait à corrompre ses domestiques pour savoir tout ce qu'il taisait. L'n jour elle monta avec le cocher sur le siège de la voiture; un autre jour, elle apostropha ce haut fonctionnaire en public, sur le champ de courses; elle donna à lire à toute la bonne société qui s'y trouvait les lettres qu'elle tenait de lui. Traitée avec rudesse par M. G..., qui, espérant en finir, consentit enfin à une entrevue, en présence de quatre témoins, elle continua encore a faire des scènes publiques, injuria une dame respectable, qui fut obligée d'appeler à son aide un passant, jusqu'à ce qu'enfin l'autorité prit une mesure de séquestration. En analysant ces faits devant la Société médico-psychologique, M. Brierre de Boismont conclut que l'aliénation mentale de madame L... ne saurait faire l'ombre d'un doute : c'est une monomanie impulsive, hystérique, avec idées ambitieuses et prédominance de folie raisonnante.
Ces faits expliquent que des magistrats aient pu accueillir avec une certaine faveur les plaintes de séquestration formulées par des hystériques et ordonner une enquête, ainsi que le prouve le fait suivant rapporté par Tardieu.
« Je ne crois pas sans intérêt, dit cet auteur, de citer ici une note rédigée pour moi par le magistrat dirigeant le parquet de la Seine, à l'occasion d'un fait de ce genre, note très curieuse et qui contient plus d'un enseignement. « Madame N... n'est point aliénée, elle est hystérique. Appartenant à une famille honorable et aisée, mariée il y a environ seize ans à un magistrat, d'incroya-