‹ Les hysteriquesChapitre 164 sur 265 · Morel, Ann. médico-psychologiques · texte numérisé non relu

Morel, Ann. médico-psychologiques

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par des lettres anonymes contenant les choses les plus odieuses, les plus invraisemblables.

Sur le rapport de l'expert, l'accusatrice devenue accusée fit les aveux les plus complets. Elle avoua avoir fait renvoyer cinq ou six servantes dans les effets desquelles elle avait caché des objets volés par elle à son mari. C'était une hystérique au type héréditaire et, ajoute Morel, chez ces femmes les instincts, les penchants sont tels, qu'elles éprouvent un souverain bonheur à troubler le repos de leur entourage par leurs mensonges, leurs soupçons compromettants et par des actes de la nature de celui que j'ai cité.

.Mais l'accusation que les hystériques portent avec une prédilection toute particulière contre les personnes auxquelles elles veulent nuire, soit par jalousie, soit par haine, soit par vanité féminine, c'est celle d'attentat aux mœurs.

Naturellement les plus exposés par leur profession à Tire en butte à de semblables imputations sont les médecins et les ecclésiastiques; cela se conçoit du reste, puisque les uns et les autres sont contraints par leurs devoirs sociaux à se trouver fréquemment seuls avec des hystériques.

Les dénonciations de prétendus attentats, outrages à la pudeur ou viols, sont heureusement dans un grand nombre de cas faites avec un caractère assez évident d'imposture, pour que nulle suite n'y soit donnée. Mais par malheur il est arrivé plus d'une fois que les accusés n'ont pu échapper à la trame serrée d'apparences accablantes dont une hystérique avait su les environner, et nous aurons à enregistrer quelques lamentables méprises de la justice abusée.

OBSERVATION LIV. — Accusation d'attentat aux mœurs portée par une folle hystérique. — Plaintes réitérées, refus daller devant l'autorité. — Abandon de l'accusation '.

C'est le médecin-adjoint d'une maison de santé qu'une folle hystérique accuse de s'être introduit dans sa chambre, la nuit, et de lui avoir fait violence. Lorsqu'elle adressa cette plainte, il y avait plusieurs mois, suivant elle, que l'acte aurait été commis.

Quoique nous eussions beaucoup de considération pour notre confrère, dit Brierre de Boismont, nous procédâmes à une enquête, qui prouva surabondamment que le l'ait reproché était matériellement impossible. .Nous finies observer à la malade qu'elle avait été victime d'une illusion; elle parut convaincue, ne parla plus de ce sujet et sortit de la maison en apparence guérie. Le médecin, auquel j'avais fait part des propos de cette fille, avait voulu se rendre avec elle chez le commissaire de police, mais elle s'y était refusée.

Quelques mois après, nous reçûmes deux ou trois lettres, où elle articulait les mêmes récriminations; nous gardâmes le silence.

Un an s'était écoulé, lorsque nous vîmes entrer dans notre cabinet une jeune femme accompagnée d'un individu qui nous parut être un agent d'affaires ; ils exposèrent de nouveau le motif de la plainte, en insistant sur le dommage qui en était résulté pour la femme. « Comment se fait-il, lui répondimes-nous, que vous ayez attendu si longtemps pour donner suite à cette protestation? Le médecin que vous accusez est mort du choléra, en Amérique, mais il y a un moyen bien simple d'en finir, c'est de nous rendre ensemble chez le commissaire de police du quartier. » La proposition

1. Annales d'hygiène et de médecine légale, 1807 (Brierre de lioismont).

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ne Ait pas acceptée, et, comme notre manière de parler annonçait une détermination arrêtée, on se quitta sans que la demande d'argent eût été libellée. Depuis nous n'avons, pas revu ces personnages.

Le 1" septembre 1881, j'ai eu à examiner une demoiselle de vingt-cinq ans, jolie, intelligente, appartenant à une honorable famille, qui, échappant sans cesse à toute surveillance, poursuivait un prêtre de ses obsessions et tentait tous les moyens possibles pour le compromettre. Elle lui faisait notamment passer au presbytère des billets comme celui-ci : « Mon petit homme, enfin, où donc es-tu? Là où lu te trouves, personne ne nous connaît, et nous serons si heureux tous deux! (Signé :) Laure, qui t'aime passionnément et qui te donne ses baisers les plus brûlants. »

Mon avis fut que la jeune fille était hystérique, exaltée, mais qu'elle ne délirait pas; qu'elle serait ramenée au premier jour à l'infirmerie spéciale près le dépôt de la préfecture et qu'il n'y avait pas lieu alors de la placer dans un établissement d'aliénés. A quatre mois d'intervalle, la malade intenta contre le môme prêtre une action correctionnelle. L'abbé ' fut acquitté.

La Gazette des Tribunaux de 1873 contient le récit d'un procès qui montre bien jusqu'où peuvent aller les hystériques dans cette voie de dénonciations fausses, d'affirmations mensongères, vers laquelle les porte naturellement la tournure de leur esprit.

Legraxd du Saille. Les hystériques. 26

40* FAUSSES l.MI'l I ETIONS.

OBSERVATION LV. — Accusation de viol portée contre des prêtres par une hystérique vierge. — Invention de détails singuliers. — Fabrication de fausses lettres. — Suicide du père par désespoir1.

Mademoiselle A. de M..., âgée de dix-huit ans, dans un mémoire adressé au procureur général, déclare avoir été victime d'un grand nombre de viols commis sur sa personne par des prêtres. Elle accuse sa cousine de l'avoir livrée à eux.

Parmi les faits articulés, elle précise qu'un soir, étant à l'église en prières, elle ne s'était pas aperçue de la sortie des fidèles. L'abbé X... se présente, lui dit que les portes sont fermées et lui propose de passer par la sacristie. Elle le suit ; entrée, l'abbé lui parle d'une grande passion qu'il a pour elle, lui propose de passer en Espagne et lui fait en traits brûlants un tableau du bonheur qu'ils éprouveront. Elle résiste, l'abbé sort un poignard, se frappe de deux coups au-dessous du sein gauche, le sang coule, la jeune fille s'évanouit; h son retour à la vie, le viol est consommé, elle se retrouve dans l'église, le prêtre à ses pieds, demandant un pardon qui lui est refusé. Alors il se porte deux nouveaux coups de poignard, commet un deuxième outrage. De plus, toujours d'après le récit de la jeune fille, elle aurait été conduite par sa cousine au couvent de Sainte-Gracieuse; là les religieuses l'auraient séquestrée et livrée toute une nuit à un prêtre qui aurait commis de nombreux attentats sur sa personne.

Les accusés comparurent en cour d'assises; l'impossibilité matérielle des faits fut démontrée ; d'accusatrice, Mademoiselle de M... devint accusée. A l'audience, elle paraît vêtue de noir; elle est triste, résignée; ses yeux bleus, ses traits indiquent une nature maladive, mais bonne. Le deuil qu'elle porte est celui de son père qui s'est suicidé.

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