‹ Les hysteriquesChapitre 182 sur 265 · RAPTS D'ENFANTS · texte numérisé non relu

RAPTS D'ENFANTS

petite ville ou tout un quartier de Paris, les hystériques, au contraire, exemptes la plupart des impulsions terribles qui rentrent dans la symptomatologie des cas graves de la névrose comitiale, se dépensent surtout en excentricités multiples et en délits divers.

On a vu jusqu'à quel point pouvaient être affligeants, fâcheux ou déshonorants, les faits accomplis par les hystériques; mais, si ces faits entraînent moralement des conséquences regrettables, ils ne conduisent pas tout au moins à des entreprises extrêmement dommageables contre la sécurité, lapropriété oula vie d'autrui. Des exceptions cependant existent et nous devons dérouler à cette place les archives criminelles de l'hystérie.

Rapts d'enfants. — Une hystérique a toutes les audaces. Incapable de modérer ses vivacités passionnelles, elle peut tout oser pour faire réussir ses combinaisons, ses plans et ses machinations. Rien ne l'arrête.

OBSERVATION LXXX. — Rapt de l'enfant de H. Hua, au jardin des Tuileries. — Acquittement.

Léonie Chéreau, âgée de dix-sept ans, est en proie depuis cinq ou six ans à des attaques d'hystérie. Sa constitution est forte et ses facultés intellectuelles sont très nettes. Élevée par une mère faible et imprévoyante, sa conduite échappe à peu près à tout contrôle; son imagination ardente et ses tendances portées au mal prennent un dangereux essor. Le hasard aidant, elle fait la connaissance d'un garçon, son aîné de quatre ans, dont le cœur est de marbre, et qui par sa révoltante déloyauté n'a su se montrer que sous le plus détes-

table jour. Devenue la facile maîtresse de cet homme, la jeune fille, soit qu'elle fût réellement éprise, soit qu'elle voulût par calcul faire consacrer sa liaison par un acte solennel, conçoit le projet de se faire épouser de gré ou de force. Les protestations, les larmes, les prières échouent. Elle en vient alors à prétexter qu'elle porte dans son sein un irrécusable témoignage de sa faute, et, pendant neuf mois, elle écrit à son amant en l'entretenant sans cesse de sa grossesse.

Les marques de la plus dure incrédulité accueillent cet aveu. Mais rien ne saurait arrêter l'accomplissement d'un projet prémédité de longue date, et dont toutes les circonstances ont été prévues et mûries avec la plus dangereuse adresse. Espérant que la possession d'un jeune enfant mettrait un terme à ses angoisses, et qu'en le présentant à son amant comme étant le fruit de ses œuvres, elle allait attendrir une inflexible volonté, elle se rend sciemment l'auteur du rapt le plus audacieux qui soit consigné dans les annales judiciaires! Elle vole en plein jour, à une heure et demie, au milieu du jardin des Tuileries, le jeune enfant de M. Hua, juge suppléant près le tribunal civil de la Seine.

Devant la cour d'assises, en 1859, M. Tardieu, qui avait été chargé d'étudier l'état mental de Léonie Chéreau, déclara l'accusée responsable. — Sur la plaidoirie de M. Lachaud, elle fut acquittée.

Nous reviendrons sur ce procès un peu plus loin, à l'occasion du degré de responsabilité des hystériques.

OBSERVATION LXXXI. — Rapt d'un enfant. — Dénonciation calomnieuse. — Vol. — Acquittement.

Élisa-Anne M. des G. de R..., à peine âgée de vingt et un ans, comparaissait, en 1882, devant le jury delà Seine sous l'inculpation de rapt d'enfant et de vol. C'est la fille naturelle d'un ancien officier du service de santé de la marine; elle

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