RAPTS D'ENFANTS. 4Ô'J
n'a jamais connu sa mère. Son père, alcoolique et débauché, après avoir donné sa démission, était venu encore jeune mener une vie de désordre à Taris et avait dévoré en quelques années une fortune de 800000 francs. Sa fille, lorsqu'il mourut, n'était âgée que de onze ans, mais elle était déjà dépravée par le spectacle de l'indigne conduite de son père.
Un sieur M..., menuisier, voisin et compagnon de débauches du défunt, recueillit la jeune Élisa-Anne et ne tarda pas à en faire sa maîtresse; celle-ci à quinze ans et demi niellait au monde une fille.
Pour dégager sa responsabilité, M... lui suggéra l'idée d'accuser un brave ouvrier du nom de R... de l'avoir violée. R... fut arrêté, et le malheureux resta cinq mois en prison. Ce n'est qu'au bout de ce temps, en effet, que son innocence fut reconnue.
M... n'avait pas tardé à chasser la jeune mère. Celle-ci plaça sa fillette aux Enfants- Assistés et se livra à la prostitution. Cependant elle devint bientôt la maîtresse d'un marchand de vin de Montrouge, et en 1879, elle eut un second enfant. Mais, un jour, elle fut prise d'une pleurésie, et son amant l'envoya à l'hôpital Tenon. Quand elle en sortit, elle était sans ressources.
Elle avait conservé son dernier enfant qu'elle avait ellemême nourri; elle le prit dans ses bras et se présenta, le 1er octobre, chez le marchand de vin, qui ne voulut rien entendre, se montrant fort scandalisé de cette visite importune. Élisa-Anne lui laissa l'enfant, et le pauvre petit être fut mis aux Enfants-Assistés. Chassée ainsi, elle songeaà s'adressera M..., cause première de sa dépravation. Mais comment faire? La petite fille qui était née de ses relations avec lui était aux Enfants-Assistés. Elle alla donc à la fête du Petit-Montrouge avec l'intention de se procurer une enfant qu'elle pût présenter à son premier amant.
Elle avisa deux fillettes qui regardaient avec envie tourner des chevaux de bois.
La plus jeune, Marguerite, avait sept ans; l'autre, nommée Berthe, était un peu plus âgée. Elle réussit à éloigner l'aînée et emmena la plus jeune. Sans péril re de temps, elle se rendit avec l'enfant chez M... Il n'était pas chez lui. Elle finit par le trouver chez un marchand de vin, avec une maîtresse. «Tiens, voilà ta fille! » lui dit-elle. Mais M... se moqua d'elle : a Allons donc, répondit-il, ce n'est pas elle: la petite avait un signe rouge à la figure; celle-ci boite, l'autre ne boitait pas! » (L'enfant était, en effet, boiteuse.) M... se remit à boire et refusa d'écouter davantage Élisa, qui dut se retirer. Elle erra longtemps de crémerie en crémerie, de cabaret en cabaret, avec la petite fillette. Elle alla enfin demander de l'argent à son frère naturel. Celui-ci refusa de la recevoir chez lui, mais il la plaça dans son logement de la rue de la Condamine. Pendant ce temps, les parents de la petite fille volée cherchaient vainement leur enfant. Sept jours se passèrent : Elisa- An ne vécut delà proslitution. Le 0 octobre, ayant rencontré chez un traiteur un mécanicien, le sieur G..., elle le décida à l'accompagner chez elle. Quelques heures après, elle sortait, laissant G... avec l'enfant, après avoir pris soin toutefois d'emporter le porte-monnaie du jeune homme et de fermer la porte à clef. G.... appela. On lui ouvrit et il se rendit chez le commissaire de police, auquel, après avoir raconté ce qui s'était passé, il remit la petite Marguerite, qui fut rendue à sa famille.
Elisa-Anne fut retrouvée quelques jours après à l'hôpital Tenon.
L'examen médico-légal fut confiée à par M. Motet, qui, malgré des attaques nombreuses d'hystérie et même des accidents de paralysie hystérique chez l'accusée, conclut à la responsabilité totale. Sur la brillante plaidoirie de M' Crochard, l'acquittement fut prononcé.
Attentats aux mœurs. — On ne saurait s'étonner au premier abord de rencontrer chez des hystériques des
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actes attentatoires à la morale, mais je ne relaterai à cette place que des faits plus que graves et en dehors de la criminalité ordinaire.
OBSERVATION LXXXII. — Perversion des sentiments affectifs et moraux chez une mère hystérique. — Attentat aux mœurs accompli sur su propre fille. — Poursuites judiciaires; simulation de démence. — Condamnation au maximum de la peine.
« Il y a quelques années, dit M. Baillargerje fus mandé par le président des assises de la Seine pour examiner la femme A...1 âgée d'environ trente-huit ans, qui devait être jugée quelques heures après et qui venait de donner subitement des signes de folie.
» Lorsque je vis cette femme je n'eus pas de peine à me convaincre qu'il y avait simulation; j'observai, en elTct, tous les signes d'une démence très avancée, survenue brusquement et dans des circonstances qui ne pouvaient me laisser de doute. La femme A. avait des manières enfantines, un rire niais; elle prétendait ne pas reconnaître une montre, des pièces de monnaie, un chapeau, etc.; en même temps elle affectait les gestes les plus bizarres.
» Une enquête était nécessaire, et voici ce qu'on apprit :
» Cette femme, d'une conduite irrégulière, tenait une espèce de cantine. La voix publique l'accusait d'avoir prostitué sa fille aînée âgée de seize à dix-sept ans, mais c'était pour un fait bien plus grave encore qu'elle était traduite devant les assises. L'acte d'accusation portait qu'elle avait usé de violence envers sa dernière fille, âgée de dix ans, pour la forcer aux manœuvres les plus odieuses, en lui appliquant de force la tète sur ses organes génitaux. L'enfant avait révélé, avec d'horribles détails, la conduite de sa mère, et l'autorité avait été avertie. C'était la première fois qu'un crime pareil
1. Annales médic. psychol., t. Y. -l': série, p. 466, 1853 (Baillarger).
était imputé à une mère, et la femme A... inspirait à tous un sentiment d'horreur.
» Or, cette femme avait été sujette à des accès d'hystérie avant son mariage; plus tard elle conserva un caractère exalté, susceptible et querelleur. Elle éprouva divers symptômes cérébraux caractérisés principalement par un état d'inertie, d'abattement, de la céphalalgie, des congestions cérébrales. En 1840, elle eut un véritable accès d'aliénation qui dura six semaines.
» La femme A. était arrivée à la période de l'âge critique, lorsqu'elle montra une dépravation aussi monstrueuse, une absence si complète et si effrayante de sens moral chez une mère.
» Il était donc bien avéré que la femme A. avait été aliénée, mais il n'en était pas moins certain qu'il y avait eu, en dernier lieu, simulation de folie. »
Une atténuation de la peine fut demandée par M.Baillarger, mais elle ne fut pas accordée. La peine fut, au contraire, portée au maximum.
J'ai donné des soins, il y a un certain nombre d'années, à une dame étrangère âgée de vingt-huit ans, mère de deux enfants, hystérique au premier chef, vivant dans une grande aisance, n'aimant ni sa mère, ni son mari, ni ses enfants, simulant toutes les indispositions ou maladies imaginables, faisant volontiers des fugues et donnant lieu dans la ville qu'elle habitait à des aventures étranges et restées inexplicables. Un jour elle s'éprit éperdûment d'une belle jeune fille, l'attira chez elle, lui fit les plus ardentes déclarations d'amour et la débaucha. Un commerce obscène s'établit quotidiennement entre les deux femmes, se prolongea pendant quelque temps et finit par être découvert. La