‹ Les hysteriquesChapitre 187 sur 265 · Ann. médic psych., 187!, 5« série, vol. V, p · texte numérisé non relu

Ann. médic psych., 187!, 5« série, vol. V, p

pareil à celui que j'ai décrit plus haut, tuer sa mère et son enfant qu'elle aimait tant. Elle ne se plaignait pas

d'être avec des aliénés, quoiqu'elle possédât sa raison, mais elle avait la conscience qu'elle ne pouvait, rendue à liberté, que commettre des actes de folie. »

Mcuaecs de mort. — Les hystériques se contentent souvent de menacer de mort les personnes qu'elles veulent intimider pour en obtenir quelque chose ou par forfanterie. Telles sont celles qui, pour prévenir l'intidélité d'un amant ou d'un mari, le menaceront sans cesse du revolver ou du vitriol.

L'hystérique, dont on va lire l'observation et qui se trouve actuellement «à la Salpêtrière, intéressera particulièrement les praticiens; car cette malade, offensée de l'ordonnance de son médecin qui lui avait prescrit du bromure de potassium, prétendait obtenir de celui-ci, en lui mettant le pistolet sous la gorge, un certificat constatant qu'elle n'était pas hystérique.

OBSERVATION LXXXVI. — Menaces de mort contre un médecin, pour en obtenir un certificat.

Marie-Alexandrine H..., artiste-peintre, vingt-quatre ans, était soignée par un médecin qui la considérait comme atteinte de délire des grandeurs et de délire des persécutions. Un matin, celui-ci la trouve en proie à une extrême agitation, l'œil en feu, la têle haute, les mains dans les poches de son vêtement: elle lui reproche de lui avoir ordonné du bromure de potassium comme à une hystérique et exige un certificat constatant qu'elle n'est pas atteinte de celte affection. Elle ajoute que la porte est fermée à double tour et que, s'il

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refuse de lui donner satisfaction, elle le tuera. — Après avoir essayé de la calmer, le médecin la somme de lui ouvrir et fait un pas vers la porte; Marie H... sort alors un revolver de sa poche et le braque sur la poitrine de son interlocuteur. Celui-ci saisit l'arme et a la chance d'interposer sa main entre le chien et la cartouche; après une lutte assez vive, il réussit, tout en maintenant la malade dans une position inoffênsive, à ouvrir une fenêtre et à appeler du secours ; on arrive pour enfoncer la porte. Alors Marie H..., qui s'était laissée tomber sur le plancher en abandonnant le revolver, se relève, se jette au cou du médecin et lui promet d'ouvrir s'il lui rend l'arme accusatrice.

A la suite de cette scène de violence, Marie H... est conduite à l'Infirmerie spéciale de la préfecture de police. Après examen, je délivre le certificat suivant : « Hystérie probable; quelques préoccupations hypochondriaques. Excitation intellectuelle par intervalles et actes excentriques... »

A Sainte-Anne, on constate des hallucinations de l'ouïe, des conceptions délirantes et des craintes d'empoisonnement.

A la Salpêtrière, M. Moreau (de Tours) la trouve dans un état de demi-stupeur avec lenteur et difficulté dan? renonciation des idées. Elle nie avoir jamais eu d'hallucinations et accuse son médecin, non pas d'avoir tenté de l'empoisonner, mais d'avoir voulu se rire d'elle; elle se plaint d'être soumise de la part de la police et de personnes inconnues à des épreuves, dont elle ne dit pas d'ailleurs la nature. Quelques jours après, on la rend à sa famille; ses idées de persécution semblent avoir disparu, mais son état hystérique est persistant.

Huit mois plus tard, elle est arrêtée de nouveau, faisant à minuit scandale dans la maison du même médecin qu'elle avait menacé de mort; on la trouve vêtue en homme, tenant des propos sans suite, en proie à une surexcitation intense. On apprend qu'elle fait de longues courses errantes dans le

costume masculin sous prétexte de prétendues études scientifiques.

Réintégrée à la Salpê trière, elle écrivait à sa famille cette épitre assez singulière : « Depuis bientôt six mois que vous n'avez pas eu de nies nouvelles, vous devez trouver cela un peu drôle, mais je vais essayer de vous en dire le motif en vous traduisant dans quelques mots le motif de cette cause. — J'étais sur le point d'aller en Normandie passer quelques semaines près de vous, lorsque la Préfecture m'a priée de rentrer chez elle et de là m'a fait transférer à la Salpêtrière; comme je ne suis pas malade, je vous prierai donc de venir me chercher le plus tôt possible. »

Depuis lors elle est eu traitement dans le service de M. Moreau ; elle est actuellement calme.

Empoisonnement. — Quand une hystérique réussit à donner la mort, c'est souvent à l'aide du poison, l'arme de la femme par excellence, puisqu'elle n'exige pas la force physique de la part de ceux qui la manient. Pourtant les tribunaux n'ont pas toujours cru devoir acquitter les hystériques empoisonneuses, ainsi qu'on le verra par les deux faits suivants.

OBSERVATION LXXXVII. — ■ Ernpnisonnement de deux filles par leur mère hystérique. — Condamnation à morl1.

Un pareil crime devait soulever la question de folie; il fut, en effet, déclaré dans le procès, que le grand-père maternel de l'accusée était mort fou et qu'un de ses frères avait eu deux atteintes d'aliénation. Sa mère était d'une intelligence bornée et fondait souvent en larmes. A

1. Annales médico-paychoL, 18G9, 5- série, vol. II, p. 319. — Itevue des jnurnaux américains .

l'âge de quatre ans, madame Haggir fit une chute dans un escalier et fut trouvée étendue par terre sans connaissance. Pendant son enfance elle avait été sujette à des convulsions. A mesure que ses deux filles Marie et Charlotte grandissaient, on remarqua qu'elle les traitait durement, ce qu'on attribua à l'idée fixe que ses filles lui enlèveraient le gouvernement de sa maison.

Cinq à six ans avant le procès, elle avait eu dans une église une attaque dhystéro-épilepsie, qui causa un grand tumulte dans l'assistance.

Le Dr Brown déclara positivement qu'elle était aliénée au moment de l'empoisonnement. Le D' Gray conclut en disant que cette femme avait une intelligence très limitée, sans éducation et qu'elle était plutôt perverse que folle.

Les deux jurys appelés à juger l'affaire se prononcèrent pour la peine de mort.

OBSERVATION LXWUll. — Garde-malade hystérique convaincue d'avoir commis neuf empoisonnements. — Condamnation à vingt ans de travaux forcés '.

Marie Jeanneret appartient à une famille des plus honorables du canton de Lausanne, mais qui compte plusieurs aliénés, hypochondriaques et suicides. Orpheline dès son basâge, elle a toujours mené une vie agitée, décousue, se montrant d'un caractère bizarre, difficile; inconstante dans ses goûts, elle manquait aussi de jugement, mais elle avait une volonté obstinée, une disposition à l'intrigue et au mensonge et un goût prononcé pour les émotions vives.

A une certaine époque de sa vie, elle a commencé à être atteinte de maux réels ou imaginaires; elle prit la manie de consulter des médecins et de s'administrer sans cesse des remèdes; on disait déjà d'elle qu'elle était hystérique.

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