‹ Les hysteriquesChapitre 188 sur 265 · Annales médico-psychol., 18G9, 5e série, vol. I, p · texte numérisé non relu

Annales médico-psychol., 18G9, 5e série, vol. I, p

Elle se disait aveugle, ne parlait que de ses souffrances, les exagérait et se complaisait dans leur description. Les

Drs Dor et Wurst qui lui ont donné des soins ont déclaré qu'ils avaient toujours soupçonné la fille Jeanneret de les tromper, et ils la considéraient comme hystérique, folâtre , agitée.

C'est dans ce contact des médecins qu'elle parait avoir acquis les quelques connaissances médicales dont elle devait faire un si triste usage.

Habile à capter la confiance et à faire accepter ses soins, elle s'introduisit auprès de la demoiselle Bertliet, de Nyon, à laquelle elle paraissait porter l'intérêt le plus vif. Un jour elle lui prépara une boisson qu'elle disait être composée de vin et d'eau sucrée; immédiatement après, la demoiselle Berthet se sentit atteinte de symptômes étranges, ayant les yeux et les paupières comme paralysés et une grande lourdeur à l'estomac.

La fille Jeanneret, après avoir regardé attentivement ses yeux, lui fit prendre, le lendemain, une boisson effervescente doiit les effets se firent rapidement sentir; la demoiselle Bertliet tomba sur un canapé, frappée d'une crise nerveuse et d'un état de délire qui dura toute la nuit et tout le lendemain. Elle ne recommença à parler que trois jours plus tard et put alors raconter ce qui s'était passé.

Au mois d'octobre 1866, Marie Jeanneret réussit à entrer à l'école des garde-malades de Lausanne. M. Reymond, directeur de cette école, avait bien remarqué quelque chose île singulier et d'indéfinissable dans son caractère, mais rien de précis. Il la trouvait mobile, agitée, loquace. Au bout de deux mois, elle quitta rétablissement se disant presque aveugle. Pendant cet apprentissage, elle fut appelée auprès d'une dame Thablor qui était malade et devait être veillée pendant lanuit. Quelques jours après, cette dame eut une crise effrayante; elle riait, délirait, avait d'énormes yeux effarés, et vomissait. Une autre fois, Jeanneret ayant trouvé la famille de cette daine à souper, insista pour faire manger aux convives

des bonbons qu'elle avait apportés; à la suite de quoi toutes ces personnes lurent prises de vomissements.

Avec un extérieur souffrant et maladif, elle paraissait intelligente, empressée et entendue aux soins des malades, surtout en présence des docteurs. Elle savait se rendre intéressante, insinuante et recherchait avec hypocrisie la fréquentation des personnes recommandables par leur piété. Mais, lorsqu'elle ne s'observait pas, elle était brusque avec les malades; sa conversation était mêlée de paroles grossières et de jurons. C'est ainsi qu'elle traitait les docteurs en leur absence de « f... bêtes qui n'y entendaient rien », elle disait souvent, « je m'en f... ! que diable ! » et, en parlant d'une de sos malades, elle l'appelait « une charogne, une poison. »

Entrée à la pension F..., elle sut si bien faire qu'elle régna bientôt en maîtresse dans cette maison. Elle brouilla d'abord la maîtresse avec ses deux amies Y... et J... et se chargea exclusivement du soin de sa fille Julie, qu'elle emmena avec elle à Lausanne, prétextant qu'un voyage était nécessaire à sa santé. Passant par Genève, l'enfant ayant pris quelques bonbons que lui avait offerts la fille Jeanneret, les vomit immédiatement, tomba malade et se mit au lit pour ne plus se relever avec des vomissements continuels, de la divagation, du détire. Les médecins croyaient être en présence d'un cas de méningite, mais la fille Jeanneret répétait que cette enfant avait la même maladie que sa mère ; en effet, madame F... présentait en ce moment les mêmes symptômes; elle avait du délire et des vomissements que les médecins ne pouvaient pas parvenir à arrêter. L'accusée disait souvent que toute consultation serait inutile pour elle; si le médecin affirmait devant elle qu'il y avait du mieux, il y avait presque toujours une rechute le lendemain, et, quand il émettait devant elle l'idée d'une amélioration, elle répondait toujours que cette amélioration n'était pas sérieuse. Elle avait prédit la maladie de sa maîtresse trois ou quatre jours à l'avance, et elle annonçait qu'elle était perdue et que ce ne serait pas

le seul malheur, que sou fils Emile était aussi menacé. Eu effet, ce jeune homme se montra bientôt indisposé; il eut des évanouissements, de la faiblesse, un malaise d'estomac continuel; ces symptômes alarmants disparurent, lorsqu'il eut cessé d'habiter avec l'accusée.

La décomposition du corps de la jeune Julie F... n'a pas permis de procéder à L'analyse chimique, mais dans le corps de sa mère qui succomba un mois après, les experts retrouvèrent une assez grande quantité de morphine, de l'antimoine et du cuivre en petite quantité.

(loup sur coup, moururent encore dans celle maison deux dames confiées aux soins de Jeanneret; la demoiselle Junod, dont elle avait dit longtemps à l'avance qu'elle aurail une congestion cérébrale, etqui mourut en présentant un véritable accès de folie, du délire, des vomissements, une dilatation énorme des pupilles : « Cette fois la Junod a son affaire, . disait-elle, la veille de sa mort, les pupilles se dilatent. » Madame Lenoir mourut aussi. On la croyait atteinte d'une lluxion de poitrine.

N'ayant plus rien à faire dans cette maison ainsi dépeuplée, elle prit une chambre chez un ancien instituteur, M. Gros. Elle sut en peu de temps gagner sa confiance et celle de sa famille. Pendant qu'elle était là, elle donna des soins à une dame du voisinage, la femme Bourcart ; trois jours après celle-ci eut du délire, des vomissements : ce Vous verrez, disait l'accusée au moment où les symptômes observés sur madame Bourcart paraissaient plus inquiétants, que madame Bourcart jeune mourra comme sa mère, d'une fièvre à la tête. »

Congédiée de cette maison, elle reprit sa place chez M. Gros dont la fille, madame Bouvier, tomba gravement malade. Les docteurs Lombard et Gouvet crurent à une congestion cérébrale, tout en avouant qu'ils observaient là des symptômes qu'ils n'avaient jamais vus. Madame Bouvier était tour à tour rouge, pâle, avec une constriclion à la gorge et

du délire par intervalles. Quelquefois il y avait du mieux et on la croyait sauvée, puis elle retombait; elle finit par succomber le 22 mai. « Je suis sûre que M. Gros va avoir les mêmes attaques que sa fille, » dit un jour l'accusée. En effet, le lendemain de cette prophétie, M. Gros était également frappé : soif ardente, délire, vomissements, et au bout de quelques jours, perte de connaissance et mort. Les experts chimistes ont retrouvé dans ces corps de l'atropine, de la morphine et de l'antimoine.

Une parente de M. Gros s'étant présentée pour voir le malade, accepte de la fille Jeanneret un verre d'eau sucrée. Immédiatement elle devint rouge et se plaignit de voir trouble. Ramenée chez elle, elle fut traitée parle D' Gautin qui constata les symptômes de l'empoisonnement par la belladone, perte de connaissance, pupilles dilatées, gorge sèche, hallucinations.

Ayant dû quitter la maison Gros après le décès de ses habitants, l'accusée s'établit dans la pension Desarzeur, à Plainpalais. Elle y rencontre la demoiselle Fritzgès, lui fait beaucoup d'avances et d'amitiés et lui offre, un jour qu'elle est indisposée, quelques gouttes d'Hoffman. A partir de ce jour, elle prévient l'entourage de cette dame qu'elle est malade, qu'elle a la pupille dilatée, qu'elle commence à dire des bêtises.

La demoiselle Fritzgès transportée à l'hôpital fut ainsi heureusement sauvée

Devant la justice la fille Jeanneret reconnaît avoir administré clandestinement de l'atropine et de la morphine. Elle se défend en disant que son unique but était de faire des expériences médicales et le plus souvent de procurer du calme aux malades. Que faut-il penser de cette femme qui froidement a porté la mort dans plusieurs familles, sans aucun intérêt personnel, sans aucun sentiment de vengeance et qui conserve devant ses juges une impassibilité absolue? Le Dr Châtelain, après avoir analysé ces faits épouvantables,

rappelé les antécédents de l'accusée et diverses opinions exprimées par les médecins qui avaient été en contact avec elle, n'hésite pas à la considérer comme aliénée et hystérique et par conséquent irresponsable.

Le Dr Badau, médecin de la prison, avait constaté par lui-même qu'elle était d'un tempérament liés nerveux et très impressionnable et rapporte des accidents nerveux ipie cette tille, d'après ses aveux, auraient éprouvés pendant sa jeunesse et qui sembleraient indiquer un état hystérique. Les conclusions du rapport, rédigé en commun par MM. les Drs Badau, Duval et Olivet, sont les suivantes : Marie Jeanneret est malade depuis plusieurs années, les symptômes multiples énumérés par elle se rapportent à un tempérament hystérique dont les principales manifestations auraient été : Paralysie des extrémités et des sphincters; crises nerveuses avec perte complète ou partielle de connaissance (quelques minutes ou quelques heures), vommissements aqueux et sanguinolents revenant à chaque période menstruelle, troubles de la vue, de la digestion et de la sensibilité. Ils ajoutent que, quoique hystérique, elle ne présente aucune anomalie de l'état mental.

C'est cetteabsencede trouille intellectuel affirmée dans cette dernière phrase qui a sans doute entraîné la sentence des juges.

Le Dr Dor avait dit qu'il la regardait comme folâtre, malade et hystérique. Le Dr Goudet, qui a soigné l'accusée, dépose qu'elle a été une fois ou deux atteinte de crises nerveuses. De l'aveu de tous, elle est hystérique, nerveuse, impressionnable, remplie d'une activité agitée et tracassière; elle ne peut se fixer nulle part, son caractère est haineux, envieux, aigri depuis l'enfance; son humeur passe subitement d'accès de tendresse et d'affection à des explosions de colère et à des flux d'invectives; elle a des crises nerveuses, est hypochondriaque, hystérique, et, pour couronner le tout, elle s'entretient dans une perpétuelle ivresse narcotique.

Le Dr Châtelain déplore la distinction fondamentale que

les médecins experts ont établie entre cet état d'hystérie el

la folie. Pour lui, la fdle Jeanneret est hystérique et aliénée.

infanticide. — Parmi les personnes de l'entourage

des hystériques à tendances meurtrières, les plus menacées sont leurs enfants, ainsi que le montreront plusieurs observations qui suivent. Tantôt les hystériques chercheront à frapper ces pauvres créatures sans défense par suite d'une aberration du sens maternel, qui les porte à détester les êtres auxquels elles ont donné la vie; tantôt elles agiront par suite de conceptions délirantes causées par des hallucinations, comme dans le fait suivant.

OBSERVATION LXXXIX. — Bystérique hallucinée. — Incendie et tentative de meurtre sur la personne de sa fille '.

Gabrielle N... est une femme de vigneron, âgé de cinquante deux ans, d'un tempérament nerveux, irritable, d'un caractère sombre, sauvage, irascible. La révolution de février 1848 la troubla beaucoup. Démagogue convaincue, elle se mit à la tête d'un club féminin.

Au commencement de 1850, la ferveur de ses aspirations révolutionnaires devint plus grande encore. Son système nerveux ne put résister à une tension si longue et si prononcée. Elle fut prise, une nuit, d'une attaque de nerfs violente, à la suite de laquelle tout son corps resta pendant plusieurs jours brisé et endolori. Cet événement imprima à ses idées une autre direction. Des pensées de mort vinrent

1. Bergeret (d'Arbois). Annal, d'hyg. et de méd. lég., 2e série, vol. XX, p. 156.

v rKS CRIMINELS.

l'assaillir, et elle tomba dans an état de tristesse profonde et d'hypochondrie .

Elle était poursuivie de temps en temps par des hallucinations de l'ouïe; c'est ainsi qu'elle se crut avertie que sa tille, qu'elle affectionnait beaucoup, allait être arrêtée et conduite aux galères. Cette pensée l'obséda pendant six mois; enfin sa figure s'illumina d'un éclair de joie et elle s'écria : i Ali! quel bonheur, je viens de trouver un moyen d'empêcher qu'ils ne prennent ma fille! ils ne l'auront pas! ils ne l'auront pas! Je veux la tuer! je la tuerai!!! »

En effet, quelques jours après, des voisins voient le feu chez elle; ils entrent dans sa chambre et trouvent le lit de sa fille en flammes; la pauvre enfant venait de s'éveiller à moitié asphyxiée par le feu et la fumée. Son père, accouru à ses cris, faisait tous ses efforts pour la ranimer. Gahrielle, debout, en chemise au milieu de la chambre, repétait à chaque instant, avec un ricanement infernal : « Ah! ah! c'est bien fait, ils viendront la chercher maintenant, mais ils

ne l'auront pas, je viens de l'étouffer! » Depuis G est

tombée dans un état de prostration voisin de la démence.

Dans l'observation suivante on verra que l'idée de tuer son enfant poursuivait, comme une obsession pathologique, une hystérique récemment accouchée, depuis qu'on avait raconté devant elle une histoire d'infanticide; fort heureusement cette pensée criminelle ne fut point mise à exécution.

OBSERVATION LXL. — Hystérique avec tendances infanticides violentes pendant l'état puerpéral. — Guérison1.

Marguerite Molliens, Agée de ving-quatre ans, avait depuis

1. Observation communiquée par Barbier, directeur de l'École de médecine d'Amiens à Esquirol, in Annal, d'hyg. et de méd. lég.t 1856, 2« série, vol. vi, p. 79.

trois ans des douleurs à l'épigastre, douleurs avec gonQement au colé droit de l'abdomen, des céphalalgies qui occupaient le

sommet de la tète, des vertiges, des bruissements dans les oreilles, des frémissements dans l'intérieur du crâne, parfois du trouble de la vision ainsi que d'autres phénomènes nerveux.

Cinq jours après un accouchement très heureux, on vient à parler devant elle de la fille Henriette Cornier qui avait commis un infanticide. Dès ce moment, Marguerite fut frappée de cette action horrible, et, quelques efforts qu'elle fit pour chasser ce souvenir, il se reproduisait toujours. Il devint une idée dominante; Marguerite se familiarisa peu à peu avec la pensée de tuer un enfant, de tuer même le sien; en le caressant avec une vive tendresse, cette pensée existait toujours malgré elle, en dépit de ses efforts pour la repousser.

Un jour qu'elle se trouvait seule avec son enfant, la pensée de le tuer s'empara d'elle, et devint un désir violent. Elle aperçoit un couteau; son bras, dit-elle, se porta involontairement sur cet instrument; elle dit qu'elle n'était plus maîtresse d'elle-même, et n'eut que la force d'appeler ses voisins. On arriva, on se pressa autour d'elle, et, dès qu'elle sentit qu'elle ne pouvait plus accomplir ce meurtre, le calme lui revint.

Plusieurs fois, depuis ce jour, elle a eu encore l'idée de tuer son enfant, dont on a dû la séparer. Un traitement approprié, suivi a l'Hôtel-Dieu d'Amiens, l'a remise dans un état normal.

J'ai eu à intervenir personnellement dans le cas si douloureux qui suit. J'ai fait rendre une ordonnance de non-lieu.

M IKS CRIMINELS.

OBSERVATION IALI. — Double infanticide et tentative .le suicide.

P. (Héloïse-Désirée), veuve D., âgée de trente et un ans, domiciliée chez son père, àMontreuil-sous-Bois, est inculpée de meurtre sur la personne de ses deux enfants.

Le 16 avril 1874, P., veuve D., traitée antérieurement pour des accidents hystériques par M. le Dr Lebel, de Vincennes, est sortie dans la soirée, accompagnée de ses deux enfants, (Eugène-Emile, âgé de huit ans, et Valenline-Héloïse, âgée de cinq ans). Arrivée auprès de la mare, dite du Pin, sise à Montreuil-sous-Bois, elle prit sa petite fille sur son bras et tenant fortement son petit garçon par la main, elle se jet» violemment dans la mare en entraînant ses enfants.

P., veuve D., fut retirée vivante de la mare, mais les deux enfants furent noyés.

Le 19 avril, je procédai à un examen très minutieux de la malheureuse mère et je rédigeai, au Dépôt de la préfecture, la pièce qui suit :

« Hystérie ancienne avec suffocations, éblouissements, perte incomplète de connaissance, scènes de larmes, loquacité, irritabilité, mobilité intellectuelle excessive et attitude fantasque.

» Etat intellectuel de mélancolie simple avec conscience, sans hallucinations, ni troubles de la sensibilité générale. Calme et lucidité. Découragement et désir de quitter la vie, sans faiblesse apparente ni énergie maladive. Récit froid et résigné du crime de Alontreuil, le deuxième jour de l'apparition de l'époque menstruelle. Peu de regrets relativement à la mort cruelle de ses enfants, mais regrets sincères et profonds de n'avoir pas succombé elle-même. Aveu d'une tentative de suicide par le charbon remontant à cinq mois. Céphalalgie et troubles momentanés de la raison presque à chaque époque menstruelle. Insomnie persistante. Apyrexie.

Tranchées abdominales et suppression actuelle des menstrues. Alimentation par le bouillon depuis hier. Couperose. Cette malade qui finira un jour ou l'autre par le suicide est dans un état mental qui exige son placement dans un établissement d'aliénés. »

P., veuve D., fut envoyée immédiatement à l'asile Sainte- Anne, puis dirigée sur la Salpètrière (service de M. Trélat) et enfin placée à l'asile de Vaucluse, près Corbeil, où elle se trouve encore en ce moment.

Tardieu a rapporté l'observation particulièrement curieuse que l'on va lire :

OBSERVATION XCII. — Folie hystérique chez une femme de la plus haute aristocratie. — Déchéance morale et physique. — Conduit*abjecte. — Infanticide.

Il s'agit d'une jeune femme approchant delà trentième année, d'une merveilleuse beauté et appartenant à l'une des familles les plus grandes et les plus riches de l'aristocratie autrichienne.

Ayant depuis longtemps quitté son pays et rompu avec tous les siens, que son caractère indomptable et le désordre de sa conduite avaient lassés, elle en était arrivée à ce point qu'une demande fut adressée par voie diplomatique à l'autorité française pour la faire reconduire à Vienne, où elle serait soumise au traitement que son état mental exigerait. Avant de faire droit à cette demande, l'administration voulut être éclairée elle-même et chargea M. Calmeil et moi de visiter cette jeune femme et de procéder à l'examen nécessaire pour rendre compte de l'opportunité et de l'urgence des mesures dont elle avait été l'objet. Nous la trouvons misérablement installée dans une maison de médiocre apparence et dans un état de saleté qui faisait le plus triste contraste avec l'air de noblesse et l'éclat ré- Legrand du Saille. Les hystériques. 31

i8î ACTES CRIMINELS.

pandus dans sa personne. Ses vêtements étaient sordides, et ses cheveux admirables n'avaient pas été peignés depuis longtemps.

Des documents qui nous avaient été communiqués, de son témoignage même, il résultait qu'elle menait une vie véritablement crapuleuse, allant prendre ses repas dans un bouge et se prostituant aux marmitons, aux garçons coiffeurs, à tous ceux à qui son ignominie et sa malpropreté ne répugnaient pas.

Elle se refusait d'ailleurs à toute explication, et son intelligence paraissait obtuse, quoique nullement aliénée. Cette abjection ne pouvait s'expliquer que par une perversion liée à un état hystérique des plus caractérisés, et justifiait la demande de la famille entre les mains de laquelle elle fut remise sur notre avis unanime. Mais ce n'est pas tout.

Je suis chargé, prés d'un an après, par la justice, de faire l'autopsie d'un enfant nouveau-né qui venait d'être tué par sa mère. Je me rends dans l'hôtel garni où lecrime avait eu lieu, et l'on m'introduit dans la chambre où était accouchée la mère qui s'en était rendue coupable. Quelle n'est pas ma stupéfaction, lorsque je reconnais dans cette femme celle dont j'avais quelques mois auparavant constaté l'état mental !

Elle avait, je ne sais comment, échappé à la surveillance de sa famille et était revenue à Paris reprendre sa vie de désordre. Une grossesse était survenue. Sans qu'elle s'en souciât le moins du monde, elle était accouchée seule, avait écrasé la tète de son enfant et jeté son cadavre dans un vase de nuit, sous le lit, où il était encore lors de mon arrivée. Quant à elle, assise sur sa couche, demi-nue, encore souillée de sang, les cheveux en désordre, elle regardait tranquillement les officiers de police qui m'accompagnaient, sans songer à se soustraire aux regards, ni à expliquer le meurtre de son enfant1. (Ambroise Tardieu.)

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