France médicale, 18 lévrier I
M I kl SES PRÉDISPOSANTES.
OBSER) \ I ion III. Étal hystéro-épileptique chei l'homme consécutif au spectacle d'une séance de magnétisme. — Léthargie cataleptiformc. - .Mutisme par glossoplégie. — Cécité.— Hypermnésie el amnésie temporaires.
\..., dix-sept ans, employé dit'/ un banquier, n'a aucun antécédent pathologique héréditaire dans la ligne paternelle; mais, du côté maternel, on relève des laits significatifs. La mère a des frises nerveuses ainsi qu'une (ante. Le grand-père maternel, alcoolique, violent et brutal, s'est suicidé après uur vie d'excès.
lu frère du malade est mort de méningite tuberculeuse.
Antécédents pers iris : instruction primaire assez développée, pas de tendances mystiques. Vie très régulière, caractère très doux; bonne santé. Il faisait depuis quelques muis des opérations de bourse pour le compte de son patron et se surexcitait beaucoup dans celle besogne.
Le 14 janvier IKS-2, il assiste à me séance de magnétisme " la su/h' Herz, mais n'est soumis à aucune raanœuvre.
Le lendemain, à -on réveil, il éprouve une invincible somnolence qui ne le quitte que vers les 3 beures pour faire place à une certaine excitation contraires ses habitudes. Vers i heures et demie, il éprouve le besoin de prendre l'air, et, s'étant mis à la croisée, pousse un grand cri. Dès lors, il s'agite, se débat: les mouvements de flexion, d'extension, de rotation des membres inférieurs et supérieurs se succèdent avec la plus grande rapidité. La tète se raidit et se renverse en arrière; les yeux se caclient sous la paupière supérieure, les arcades dentaires se serrent l'une contre l'autre. Les mouvements respiratoires, malgré celte grande agitation, sont très lents. A certains moments, le malade échappe avec une grande agilité aux mains qui le retiennent et -anh' hors du lit.
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Au bout d'une demi-heure, le malade retombe dans sou lit où il reste les yeux ouverts. Il est pris alors d'un délire sans aucune incohérence et invoque d'abord certaines personnes de sa famille qui ont succombé depuis de longues années; il fait preuve à cet égard d'une nypermnésie remarquable. Puis il est repris d'une certaine agitation analogue à celle qui vient d'être décrite et se met à prononcer son maison funèbre en termesfort éloquents. A un autre moment, il exalte le dévouement professionnel des médecins et cite le nom de quelques victimes de leur devoir, entre autres celui d'Herbelin qu'il ne connaissait autrement que par les journaux.
Pendant tout ce délire, il existe une anesthésie générale, une obtusion de tous les sens; le malade ne voit ni n'entend ses parents, qui sont autour de lui et qu'il appelle souvent. Les muscles gardent l'attitude qu'on leur impose; pourtant la catalepsie est incomplète; car pour obtenir l'immobilisation dans une position donnée, il a fallu soutenir le membre pendant quelques secondes.
Cet état de crise avec rémissions se termina ce soir-là par une sorte de stupeur mélancolique, le malade restant immobile dans son lit, les traits contractés, les yeux ouverts comme sous le coup d'hallucinations terrifiantes.
Le lendemain, il fut atteint d'une impossibilité absolue de parler, bien qu'il fût levé et parût reconnaître les gens qui l'entouraient. C'était un état comparable à la glossoplégie et non à l'aphasie ; car le malade ne pouvait répéter aucun des mots qu'il entendait, mais il n'avait aucune difficulté pour les écrire et désignait fort bien par l'écriture les objets qu'on lui présentait.
Ce mutisme, entrecoupé de deux ou trois petites crises convulsives, disparut le soir.
Toute la nuit il fut en état de léthargie cataleptiforme, Le jour suivant, le malade ayant toute sa connaissance
i LUSES PRÊDISPOSAM rES.
s'exprimant avec facilité, se plaint d'être complètement aveugla II a devant les yeux un brouillard qui lui masque la un'. La papille est dilatée, ne réagit pas sous l'influence il*'
la lumière ; le passage île la main devant les veux ne provoque pas de clignement des paupières. L'ara aurose disparaît au bout de quatorze heures.
Le sujet a perdu le souvenir de ce qui s'est passé, de ses actes et paroles. 11 a même oublié la séance de magnétisme à laquelle il avait assisté. On a essayé, en lui fournissant quelques points de repère, de faire renaître ce souvenir, mais inutilement. Cette amnésie est intéressante à rapprocher de l'hypermnésie <pii avait été constatée pendant l'accès. La mémoire des faits qui ont précédé l'accès est revenue au malade onze jours seulement après.
Mais, >i l'existence et même la fréquence relative de l'hystérie chez l'homme est chose aujourd'hui incontestable, il n'en reste pas moins vrai que la névrose s'observe surtout dans le sexe féminin. Briquet admet qu'il y a un hystérique homme pour vingt hystériques femmes, et l'auteur ne fait certainement pas, dans cette statistique, la part assez large à la femme.
On a beaucoup discuté sur la raison de cette remarquable prédominance de la névrose dans le sexe féminin : on a fait jouer à la constitution particulière des organes génitaux, à l'utérus, un rôle prépondérant que rien ne justifie.
Propter solum uterum ?nutier estidquod est, disait Van Ilelmont, comme si l'utérus était toute la femme. On perdait de vue que celle-ci ne diffère pas moins de l'homme par l'impressionnabilité spéciale de son système nerveux que parla constitution particulière de ses
BEXE.
organes génitaux. Il serait plus juste de dire que la femme est « tout nerfs » que d'aller répétant qu'ell « tout utérus ». Comme l'a très bien relevé Briquet, elle est douée d'un mode de sensibilité liés différent do eelui de l'homme, et cette différence est attestée par la série des troubles que produisent chez elle les moindres émotions. C'est là surtout qu'il faut voir la cause de la plus grande fréquence de l'hystérie chez la femme.
On peut, avec Briquet, résumer ainsi l'inlluence du sexe sur la prédisposition à l'hystérie.
1° L'homme peut être atteint de l'hystérie ;
2° Il parait disposé à cette maladie à peu près vingt fois moins que la femme;
3° Dans les cinq sixièmes des cas, les organes sexu>.'ln'ont chez lui aucun rapport possible avec la maladie;
4° L'hystérie est très commune chez les femmes ;
5° La moitié au moins d'entre elles est hystérique ou très impressionnable, et le cinquième est pris d'attaques;
6° La disposition spéciale ne réside pas dans les organes sexuels à l'état physiologique; elle ne réside pas non plus dans des dispositions matérielles appréciables de l'encéphale et de ses dépendances ;
7° La femme a dans la société une mission noble et de la plus grande importance, celle d'élever l'enfance, de soigner et de faire le bien-être de l'âge mûr et de la vieillesse ;
8° Pour remplir ce but, elle a été douée d'un mode spécial de sensibilité qui est fort di lièrent de celui de l'homme.
U CAUSES PREDISPOSANTES.
9 Ces! dans ce mode il»' sensibilité que se trouve la source de l'hystérie ;
|in> mode de sensibilité se constate et s'apprécie par ta série des troubles que produisent les émotions, série de troubles qui constitue le type <ln spasme hystérique;
1 1 L'( xpérience, montrant que cette série de troubles n'existe chez l'homme que par exception, donne la raison pour laquelle l'hystérie esl si rare chez lui.
g 1 — ACE
Dominés par les idées théoriques qui ont longtemps eu cours dans la science, la plupart des ailleurs, depuis Hippocrate jusqu'à Louyer-Villermay, ont considéré la névrose comme propre à Vâge de la nubilité
(et par là un désigne la période de la vie durant laquelle les femmes sont réglées). Si l'hystérie, comme on le pensait, tient à la non-satisfaction d'un impérieui besoin du rapports sexuel-, ou si, comme l'avançait Dubois (d'Amiens), elle est liée à l'utérus surexcité ou malade, il serait difficile de s'expliquer son existence chez les jeunes lilles impubères et chez les femmes âgées. En fait, la conception fausse que les auteurs avaient admises les conduisit à une notion juste. Les statistiques dressées par Landouzy, Georget, Beau, Briquet, dans des conditions et des milieux différents, établissent d'une façon péremptoire que l'hystérie se voit surtout durant la période d'activité des fonctions génitales. Si l'on rapproche les uns des autres les chiffres