‹ Les hysteriquesChapitre 21 sur 265 · ACE · texte numérisé non relu

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relevés par ces divers observateurs, comme l'a fait M. Bernutz, on arrive à cette conclusion t que dans un peu plus de la moitié des cas, la névrose s'est manifestée à la révolution pubère, un peu avant ou un peu après l'établissement de la menstruation. L'hystérie débute plus rarement après vingt ans; les cas dans lesquels les premières manifestations apparaissent de vingt à vingt-cinq ans, sont moitié moins nombreux que ceux où le début a lieu entre quinze et vingt ans; 07 fois sur 8*2 cas, la névrose est apparue après vingtr'inq ans et avant trente ans; M fois, de trente à trente-cinq ans; 25 fois, de trente-cinq à quarante. Après cet âge, les cas vont en diminuant progressivement à mesure qu'on s'éloigne de la puberté.

Mais, bien que l'hystérie apparaisse surtout au moment où la période de l'activité sexuelle commence ou durant cette période, il n'en est pas moins vrai qu'elle peut se montrer dès le jeune Age, bien avant le développement complet des organes génitaux. Briquet n'a pas relevé moins de 66 cas dans lesquels les premiers symptômes de la névrose se sont déclarés avant l'âge de dix ans.

L'observation suivante, tirée de notre service de la Salpêtrière, est un exemple d'hystérie sans attaques, avec manifestations psychiques très caractérisées ayant débuté de très bonne heure, bien avant la puberté.

I IUSES PRÉDISPOSANT] S.

OBSERVATION l\ Fille hystérique de douze ans, sans attaques I de santé des parents et des ;ii>Mix. ■ Irritabilité. Frayeurs. — Impulsions. Hallucination-, de la vue. - Coquetterie M jes. — Simulation de vertiges épileptiques.

»;... Marie Clémence, âgée de douze ans, esl entrée dans la section Esquirol le 31 mai 187'.i. Poids : 36 kilogrammes ; taille : I mètre -il centimètres.

Voici le- renseignements fournis par la mère sur les antécédents héréditaires et personnels de la petite malade.

Le / - 1 p, qui n'est pas marié légitimement avec lanière et Ta quittée après avoir vécu cinq ans avec elle, a soixante ans el exerce la profession de placier pour les domestiques et les ons de café; bien qu'il paraisse avoir une bonne santé, c'esl un alcoolique avéré; il se livre à des excès de boissons de tous genres (vin, eau-de-vie, vermouth et assez souvent absinthe). Son sommeil est agité par de fréquents cauchemars, et, quand il se réveille, il se livre souvent à des accès de colère; il est d'ailleurs habituellement d'un naturel très emporté, et se rongeait les munis dans ses crises de fureur; il ne semble pas avoir d'aliénés parmi ses proches.

La mère, trente-quatre ans, cuisinière, est bien portante, n'a jamais eu de maladie de peau, de rhumatismes, ni de convulsions. .Mais elle souffre de violentes migraines qui débutent par des frissons, suivis de douleurs de tête avec nausées, mais sans vomissements; les migraines durent de trois à douze heures et n'apparaissent pas spécialement à l'époque menstruelle. Cette femme est brune, grande et bien faite ; elle paraît intelligente; elle se reconnaît impressionnable, mais n'éprouve pas pourtant la sensation de boule hystérique; de temps en temps, elle souffre de palpitations cardiaques; depuis.sept ans qu'elle a quitté son amant, elle n'en a pas pris d'autre, dit-elle; en tout cas, elle n'a pas eu d'autres enfants.

Elle se défend de tout excès de boisson, el ne présente d'ailleurs aucun signe d'étbylismo.

Le grand-père maternel de la malade est mort d'une affection cardiaque; il était alcoolique; la grand'mère était très nerveuse et souffrait de névralgies, mais n'avait pas d'attaques convulsives et ne buvait pas.

Parmi les autres parents, il o'y ;t ni aliénés, ni épileptiqiies, ni gens difformes. Le bisaïeul maternel et sa femme se sent suicidés Ions deux, parce qu'ils avaienl perdu leur fortune.

Grossesse. — La mère de la malade était devenue enceinte après quelques semaines de rapports sexuels. Son amant la demanda en mariage; la mère, qui avait refusé d'abord son consentement à cause de la disproportion \\^> âges, l'accorda, quand elle apprit l'état de grossesse; niais alors, on reconnut que l'amant était déjà marié. Le père el la mère de la malade continuèrent leurs relations et vécurent ensemble ; au quatrième mois de la grossesse; une perte abondante se déclara et dura quatre jours, mais cependant l'accouchement se fit à terme et naturellement. La mère n'avait pas d'autre chagrin que l'ennui de sa situation irrégulière.

L'enfant élevée au biberon, en nourrice, lut reprise à vingt-deux mois; elle marchait à un an, parlait à quinze mois et fut propre de bonne beure. Pas de gourme, ni de glandes, ni d'écoulement d'oreilles; quelques opbtbalmies de courte durée. Rougeole à cinq ans, puis douleurs de tête venant par crises si violentes qu'elle se frappait la tète et qui durèrent un mois; elle n'eut pas alors de convulsions, ni de perte de connaissance. Son caractère devint irritable, insoumis; elle avait de fréquentes colères, et, quoique d'un naturel craintif, ne cédait jamais.

Elle a toujours dormi les yeux à demi-ouverts. Elle a des caucliemars presque toutes les nuits, et se réveille en criant: « Maman, on me prend, on me prend. »

A onze ans, elle fut prise d'une crise d'excitation maniaque; elle parlait de se battre sur les barricades avec les

i kOSES PRÉDISPOSANTES, soldats, se plaignait qu'on voulait l'assassiner, et prit un jour un couteau pour frapper sa grand'mère.

Dans l'intervalle de ses emportements, elle causait seule presque tout le temps et éclatait de rire pendant vingt minutes. On la lii entrer à Sainte-Anne où on lui donna des bains ; elle disait alors qu'on voulait la noyer dans la baignoire.

Sortie au bout de six mois plus calme, elle resta trois mois avec sa mère, mais elle n'était pas revenue à un état naturel. Dans la rue, tantôt elle interpellait les hommes, leur reprochant île la regarder et de dire du mal d'elle; puis elle les injuriait et leur crachait à la figure; tantôt elle ne voulait pas qu'on parlât haut, de peur d'attirer l'attention des passants. Elle injuriait les autres petites filles, cherchait à battre et à égratigner. Trois jours avant son entrée à la Salpétrière, elle a sauté à l'oreille de sa grand'mère, comme enrage; à la maison, elle pinçait sa mère, lui mordait la main ou lui tordait lajoue. A certain moment, elle se regardait dans la glace, se trouvait très jolie, admirait ses mains, parlait de mariage; elle disait qu'elle se serait mariée avec le médecin du service, si elle était restée à Sainte-Anne.

Elle aime la solitude et entend parfois des voix qui disent du mal d'elle. Elle a quelques hallucinations de la vue: elle voit d»-< poux dans sa soupe.

Elle aurait essayé de mettre le feu et a brûlé une couverture; on l'a vue grimper une fois sur une fenêtre en faisant mine de se jeter en bas.

Pas d'onanisme. La santé physique est bonne; l'appétit assez régulier ainsi que les gardes robes. Un peu de congestion céphalique après les repas.

L'enfant tousse un peu, mais n'a jamais eu d'hémoptysie. Elle n'est pas réglée; sa mère l'était à quatorze ans, sa grand'mère à douze.

A l'école, <dle apprend peu, à cause de son inattention; car sa mémoire est bonne. Elle se rappelle tous les détails de

son internement, le voyage de L'Infirmerie de la préfecture

au bureau de répartition de Sainte-Aune où elle est restée huit jours cette fois, et garde rancune à sa mère de l'avoir l'ait conduire dans une voiture grillée.

Elle reconnaît très bien ses parents quand ils viennent la visiter. Bien qu'elle n'ait jamais eu depuis son entrée ni attaque convulsive, ni vertiges, ni perte de connaissance, son caractère est bien resté celui d'une hystérique; à la fois très menteuse et très portée à l'exagération. Elle fait des manières, disent ses petites camarades.

Bien que ce soit à l'ordinaire un cœur sec et indifférent, et que la réalité de ses sentiments affectueux pour le:; personnes qui l'entourent, ou sa mère qui vient la voir, soit très douteuse, elle ne manque pas à certains jours d'afficher en paroles et en gestes des démonstrations de tendresse excessive, quand elle est certaine d'être regardée et écoutée.

Vis-à-vis des élèves du service, son regard est effronté et provoquant. Vn jour, dans le cabinet du médecin, elle a tenté de simuler de- vertiges épileptiques ; elle a et''' sévèrement admonestée et punie, et elle n'a plus recommencé.

Nous observons également dans nos salles une autre petite malade très intéressante, mais nous ne présenterons qu'un très court résumé de son observation.

OBSERVATION V. — Fille de onze ans. — l'ère mort aliéné. — Effroi

au moment d'un incendie.

W. (Claire-Berthe), âgée de onze ans, est entrée à la Salpètrière le 6 novembre 1880. Son père est mort fou à l'asile de Ville- Evrard. Sa mère est vive, irascible, emportée, violente.

Au moment de son entrée, elle avait depuis deux mois et demi des attaques d'hystérie, avec constriction à la gorge,

i M SES PRÉDISPOSANT] S.

boule hystérique, el rapportail qu'elle n'avait jamais de crises que lorsqu'on l'avait contrariée. Toutefois, c'est à la suite d'une grande frayeur motivée par la vue d'un incendie, que l'enfant a éprouvé la première manifestation convulsive.

Elle est intelligente; elle a de la mémoire et s'occupe activement à l'école, mais elle est étrange, capricieuse, mobile, et cherche constamment à attirer l'attention sur elle, sur sa tenue, ses devoirs ou ses petits travaux à l'aiguille. Elle se met constamment en scène el minaude en parlant.

On a soutenu, et Louyer-Villermay a appuyé cette opinion de son autorité, que l'époque de la ménopause étail favorable au développement de l'hystérie. Les observations consciencieusement recueillies ne permettent plus d'accepter «elle proposition, que Gardane 'avait mise en avant. Dès l'âge de trent-sepl ans en effet, c'est-àdire plusieurs années avant l'époque à laquelle les règles cessent d'habitude, la névrose commence à être très rare. Après la ménopause, elle est exceptionnelle, non seulement parce que l'hystérie ne débute que très rarement à un âge avancé, mais aussi parce que les symptômes vont en s'atténuant à mesure que les malades vieillissent. Le temps en matière d'hystérie l'ail l'office des agents thérapeutiques les plus puissants.

Que si, à la lumière des notions qui précèdent, nous apprécions la doctrine hippocratique, rajeunie de nos jours par Louyer-Villermay et Landouzy, sur la prédisposition à la névrose suivant les âge*, nous pouvons en constater toute la fausseté. Il résulte en effet de ces '"'lions : que l'hystérie est commune à un Age où les

l. Gard me, De la Ménopause, Paria 1821.

HÉRÉDITÉ. :;l

organes génitaux n'oni encore atteint qu'un développement incomplet, et où, par suite, les besoins sexuels n'existent pas; que les manifestations nerveuses sont le plus fréquentes, au contraire, à la période de la vie où la femme est le plus recherchée, alors qu'elle jouit de tout le charme de ses attraits; que la névropathie enfin s'atténue au moment où naissent, pour celles dont la jeunesse s'en va et la beauté se flétrit, les conditions qui, d'après l'opinion des anciens, devraient lui imprimer une nouvelle et puissante impulsion.

Si l'hystérie est plus fréquente à tel âge et plus rare à tel autre, il faut en chercher la cause dans les modiûcations que les années viennent apporter à l'activité nerveuse : la névrose, en effet, fait son apparition au moment où les facultés cérébrales commencent à s'épanouir, où les incitations venues du dehors, les impressions vives, les illusions, les rêves chimériques ont plus facilement prise sur une imagination surexcitable; mais avec les ans, l'esprit se rassit, la sensibilité s'émousse et le système nerveux retrouve lentement et progressivement son équilibre.

« L'hérédité, a dit Esquirol, est la cause prédisposante la plus ordinaire de la folie. » On doit étendre la proposition de l'éminent aliéniste. Elle ne s'applique pas seulement à la folie proprement dite, mais à toutes les névroses avec ou sans troubles psychiques. L'hérédité tient une grande place particulière-

i kDSl S PRÉDISPOSANTES.

ment dans l'étiologie de l'hystérie. Cesl certainement l'une des causes les plus puissantes. Pour appréciei d'ailleurs comme elle doit l'être l'influence de l'hérédité, il faut avoir une idée réelle de ce qu'on doit entendre par ce mol.

Les névroses on! de la tendance à se perpétuer de génération en génération: la folie engendre la folie, l'épilepsie provoque l'épilepsie; c'est là l'hérédité la plus saisissante, hérédité directe. Plus souvent, elles se transforment chez les descendants : tel par exemple qui esl atteint d'ataxie locomotrice progressive, est le ûls ou le petit fils d'un paralytique général, le ni d'un mélancolique ou d'un hypochondriaque. Il ne s'agit pas moins dans ce dernier cas de l'hérédité, mais de l'hérédité avec modification de la maladie primitive, hérédité indirecte. Directe ou indirecte, l'hérédité domine toute étiolo^ie de l'hystérie. Willis, Pomme, Hoffmann, Tissot, el après eux Cheyne, Louyer-Villerniay, Gaussard et Gintrac se sont attachés à l'établir. Mais c'est à Georget que revient surtout le mérite d'avoir posé la question sur son véritable terrain et essayé une démonstration concluante. D'après cet auteur, les femmes hystériques auraient presque toujours parmi leurs proches parents: des hystériques, des épileptiques, des aliénés, des hypochondriaques, des sourds ou des aveugles de naissance. 11 serait inté-

>ant de rechercher l'importance du rôle que joue dans la genèse de l'hystérie chacune des affections qui précèdent. A la vérité, la chose est difficile, cl le problème ne -aurait être résolu qu'à l'aide de statistiques

dont la valeur et la signification sont toujours plus ou moins discutables. M. Bernutz s'est essayé à cette tâche et nous lui emprunterons plus d'un des détails qui vont suivre.

Les hystériques deviennent fréquemment malades par hérédité directe. D'après Briquet, la moitié des mères atteintes de la névrose la transmettent à leurs filles, et M. Bernutzadmet celte proportion comme vraisemblable. Il est des cas, d'ailleurs, dans lesquels la transmission de la maladie se fait avec une régularité déplorable et une constance fâcheuse. Le dernier des auteurs que nous venons de citer a vu une mère hystérique engendrer six filles hystériques. Briquet conclut des faits qu'il a compulsés ou recueillis personnellement, que, dans la majorité des cas, il n'y a dans la famille d'une mère atteinte de la névrose qu'une seule des filles qui soit hystérique; dans un nombre un peu moindre, il y en a deux; et, dans un plus petit nombre encore, il y en avait trois. — Quelles que puissent être l'exactitude et la précision de ces chiffres, il n'en est pas moins parfaitement établi que les hystériques engendrent fréquemment des hystériques.

La prédisposition tient souvent chez les malades nerveuses à l'existence chez les ascendants d'affections de différentes natures, autres que l'hystérie. — « Les hystériques, dit Briquet, ont 25 pour 100 de parents atteints de maladies nerveuses ou d'affections de l'encéphale, tandis que les sujets non hystériques n'ont que '1 1/8 pour 100 de ces parents. » L'épilepsie chez les ascendants parait être, après l'hystérie, l'affection

LEGRAND du SàULLE. — Le- hystériques. 3

31 (AISES PRÉDISPOSANTES.

qui créé la prédisposition la plus marquée à la névrose chez les enfants, et il résulte des observations personnelles de M. Bernutz que, dans ces cas, la maladie a de la tendance à revêtir, chez ces derniers, une forme particulièrement grave.

L'aliénation mentale prédisposerait moins fréquemment ({lit- le mal comitial les enfants des aliénés à l'hystérie. Il n'en est pas moins bien établi que, dans bon nombre de cas, la névrose est Tune des modalités que revêt, chez les descendants des individus atteints de désordre- psychiques plus ou moins prononcés, l'hérédité nerveuse. On pourrait en citer bien des exemples. Morel, entre autres, en a rapporté un des plus concluants.

OBSERVATION VI1. — Famille dont tous les enfants ont subi des influences héréditaires fatales dues à l'ivrognerie du père. Elles se révèlent, chez les uns, par la prédominance du tempérament nerveux, par l'hystérie, par l'hypochondrie; chez les autres, par la durée limitée de l'intelligence, par la transition à l'idiotisme.

François"* peut passer, aux yeux de ceux qui ne connaîtraient pas .-es antécédents, pour un véritable imbécile de naissance; sa t •** t e est irrégulière, asymétrique ; il la porte penchée sur sa poitrine; sa démarche est lente, ses gestes automatiques; sa (igure exprime l'hébétude la plus complète, et 1 on y chercherait en vain la manifestation d'une idée ou d'un sentiment. Si une impulsion mécanique n'était pas imprimée aux actes de ce malheureux insensé, il resterait à la même place et n'aurait pas même l'instinct d'accomplir ses besoins les plus naturels; mais, lorsqu'on le fait agir, il remplit en véritable automate quelques fonctions infimes dans le quartier des imbéciles où il est relégué.

t. Morel, Traité des maladies mentales, p. 5G3.

François*** appartient à une excellente famille ouvrière, dont le chef s'est adonné de bonue heure aux excès de boisson. La honteuse passion qui le consumait n'était pas connue de la femme qui fût, pour son malheur, associée à ses destinées et dont il profana dès la première nuit la couche nuptiale, en s'y introduisant dans un complet état d'ivresse. Les serments mille fois répétés, que fit cet ivrogne de changer sa conduite, n'amenèrent que des intermittences de peu de durée, et l'alcoolisme chronique devint soii état permanent. II finit par mourir, après avoir passé par tous les degrés de cette honteuse maladie.

Cet individu eut sept enfants, dont voici la triste histoire : Les deux premiers moururent en bas âge par suite de convulsions, à ce qui m'a été assuré. Le troisième devint aliéné à l'âge de vingt-deux ans; il avait montré assez d'intelligence dans l'exercice d'une profession industrielle, et il finit cependant par succomber dans l'état d'idiotisme. Le quatrième est celui dont nous écrivons l'histoire, et qui, après avoir acquis dans son industrie une certaine adresse qu'il ne put jamais dépasser, tomba dans une mélancolie profonde avec tendance au suicide, et passa presque sans transition à l'état où il est aujourd'hui. Un autre frère est bizarre, d'un caractère irritable et misanthropique; il a rompu ses relations avec tous les membres de la famille. Sa jeune sœur souffrit toute sa vie d'un état névropathique avec prédominance de phénomènes hystériques, et sa raison s'est déjà plusieurs fois troublée d'une manière permanente. Elle a été de bonne heure terrifiée par les emportements du père, et le triste spectacle qui Va continuellement entourée a produit sur sa sensibilité morale l'impression la plus fâcheuse. Enfin le dernier des enfants de cette malheureuse famille est un ouvrier d'une intelligence remarquable, mais d'un tempérament très nerveux; dans les accès de tristesse qui sont fréquents chez lui, il émet spontanément sur son avenir intellectuel les pronostics les plus désespérants.

CA1 SES PRÉDISPOSANTES.

OBS1 R> \i!<>\ VII. — Hystérie cheg une jeune personne, fille d'un père mal équilibré, sœur d'une hystérique, et de deux frères criminels.

Je vois depuis plusieurs mois uno malade âgée de vingthuit ans, atteinte de l'hystérie la mieux caractérisée. Celle jeune personne est nerveuse depuis longtemps. Pour parler plus juste, elle l'a toujours été, Bien élevée et très instruite, musicienne de talent, mademoiselle X. a eu une jeunesse assez accidentée. Elle a passé plusieurs années en Angleterre, connue institutrice, puis esl revenue en France, où d'habitude, lorsque l'état de sa santé le lui permet, elle donne des leçons de musique et de français. Douée d'une impressionnabilité excessive, celle malade est remarquable par la mobilité de son caractère et de son humeur. L'intelligence est vive, le raisonnement assez droit, mais mademoiselle X. est incapable de donner suite à un projet à longue portée. Placée dans la nécessité de subvenir elle-même à son existence, elle combine à merveille des plans de conduite assez compliqués, ourdit une intrigue avec habileté, mais change à chaque instant de ligne de vie.

Elle présente des manifestations qui relèvent de l'hystérie grave. Si elle n'a jamais eu (elle l'affirme du moins) d'hémianesthésie, elle ressent de vives douleurs dans le dos, dans les reins. Elle est prise fréquemment de contracture de l'un des membres inférieurs, qui rend la marche souvent difficile et quelquefois impossible. Plusieurs fois par semaine, même plusieurs fois par jours, la malade a des attaques convulsives dans lesquelles elle perd complètement connaissance. Ces attaques la surprennent aussi bien dans la rue que chez elle, et elle a maintes fois été, de ce chef, exposée à des mécomptes

.Mademoiselle X. dont nous avons capté la confiance, s'est

décidée a nous faire, sur sa famille et ses antécédents héréditaires, des révélations du plus haut intérêt.

Le père de notre malade est un musicien de valeur et un compositeur de talent. D'un caractère bizarre et emporté, il a toujours eu une conduite excentrique, et souvent déréglée. Marié à une jeune femme belle, intelligente et instruite, il entretenait des maîtresses, dès les premiers temps de son union, et poussait le dévergondage jusqu'à les introduire sous le toit conjugal. Il fut même surpris un jour en flagrant délit d'infidélité, dans le propre lit nuptial, par un de ses fils, dont je parlerai par la suite, qui chassa ignominieusement hors du domicile de la famille la maîtresse de son père. Monsieur X. allait jusqu'à faire la cour à l'une de ses propres filles, qui repoussa toujours avec indignation ses odieuses avances. Homme du monde, artiste apprécié, il est choyé dans la société à cause de ses manières polies et de son talent, qui dissimulent fort bien les défectuosités de son caractère et le sans-gène de sa morale. J'ajoute, pour compléter le tableau, qu'ayant atteint l'âge de soixante-sept ans et père, à l'heure actuelle, de trois enfants, il vient ces temps derniers (il était veuf depuis longtemps) de contracter un nouveau mariage.

Monsieur X. a eu quatre enfants de sa première épouse; deux filles et deux fils. Les filles d'abord ! L'une, lapins jeune de sa famille, est celle dont nous avons parlé plus haut, c'est notre malade. L'autre, l'aînée de ses frères, morte aujourd'hui, était hystérique comme sa sœur et à peu près au même degré, d'une intelligence très médiocre et d'une excessive irritabilité.

Quant aux deux fils, voilà leur douloureuse et instructive histoire.

Le plus âgé entre à dix-neuf ans, comme caissier, chez un négociant. II vole son patron et va être poursuivi, lorsqu'on réussit à arrêter l'affaire. — Placé de nouveau dans une maison de commerce, il séduit entre temps la maîtresse de

CAl SES PRÉDISPOSANTES.

son Frère, se remet à voler ci est condamné aux galères, où

il se trouve en ce moment.

Le second, d'un caractère irritable et violent, placé à dixsept au- chez un commerçant, marche sur les traces de son frère aîné et commet un vol, sans grande importance, pour lequel il u'est pas poursuivi. Un jour, étant allé rendre visite à sa jeune sœur, il profite du moment où celle-ci le laisse seul dans sa chambre pour la dévaliser et lui prendre son porte-monnaie. 11 l'ait de sa blanchisseuse sa maîtresse, et vit pendant plusieurs années maritalement avec elle; celleci meurt; il lie alors des relations avec une femme de la plus basse extraction, finit par l'épouser et en a plusieurs enfants.

En résumé, dans celte malheureuse famille, le père el les quatre enfants ont été la victime d'une organisation défectueuse du système nerveux : chez le père, l'intelligence est vive, mais il existe une sorle de lare qui en fait un individu moralement vicié. Cette tare se transmet directement aux descendants : chez les lils, elle se traduit par l'absence du sens moral, la propension au vol et au libertinage; chez les filles, elle engendre l'hystérie, et, chez l'une d'elles, l'hystérie grave. On suit ici pas à pas, chez les collatéraux et les ascendants, les conditions génératrices- de la névrose.

Georget, nous l'avons vu, pensait que la cécité congénitale et la surdi-mutité constituaient pour leur part une prédisposition à l'hystérie, chez les descendants des individus atteints de ces infirmités. Le fait est probable, mais aurait besoin d'une plus complète démonstration. 11 en est de même en ce qui concerne

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