INFLUENCES MORALES
Les influences morales jouent certainement un rôle prépondérant dan* la genèse de l'hystérie. Les émotions, les chagrins, les déceptions, toutes les causes susceptibles d'exciter fortement et surtout d'une façon continue le système nerveux, pourraient à elles seules déterminer, à un moment donné, cette rupture de l'équilibre dans les fondions cérébro-spinales, qui constitue la névrose que nous étudions. A plus forte raison, ces causes agiront-elles, si elles sont prise sur un organisme prédisposé déjà à l'éclosion de la maladie par son âge ou les particularités de ses antécédents héréditaires.
Sous ce terme générique, on peut grouper un grand nombre des conditions qui ont été tour-à-tour invoquées pour expliquer l'apparition de l'hystérie. L'éducation, la position sociale, les professions, par exemple, n'ont d'action qu'autant qu'elles surexcitent plus vivement les passions; qu'elles substituent à une vie calme et régulière une existence agitée; qu'elles exposent la femme à ces influences morales fâcheuses qui s'appellent le chagrin, la crainte, l'envie, la jalousie.
i i MJSES PRÉDISPOSANTES.
Education. — Une éducation mal conduite, tant au point de vue physique que moral, prédispose puissamment à l'hystérie. Si nous supposons reniant élevé à huis dos, insuffisamment adonné aux exercices physiques que comporte son âge, gâté ou, ce qui revient au même, maltraité par ses parents, se livrant de bonne heure aux frivoles distractions qui sont de nature à surexciter ses sens, à la lecture des romans, à la culture excessive de la musique, etc., nous aurons la clef de bien des faits. « Si votre tille lil des romans à quinze ans, dit Tissot, elle aura des attaques de nerfs à vin-i an>. i 11 ne faut rien exagérer, mais on doit reconnaître que l'hystérie est plus commune dans les milieux qui réalisent les conditions que nous venons de parler.
Klle est beaucoup plus fréquente dans les villes, par exemple, dans les grandes villes surtout, qu'à la campagne, et on en devine aisément la raison. — Ce qui ne veut pas dire que la névrose soit rare en dehors des grands centres. Briquet, sur trois cent vingt-quatre malades, en acompte cent cinquante-six nées en dehors de Paris, et qui, pour la plupart, avaient pendant l'enfance étéoccupées aux travaux des champs. Mais il ne faut pas oublier que toutes ces hystériques habitaient depuis plus ou ou moins longtemps lagrande ville, et y avaient les mille causes de surexcitation nerveuse propres au milieu parisien : ce qui atténue un peu la valeur des chiffres précédents. D'après Magnus llus, l'hystérie est fréquente en Suède, chez les femmes de la campagne, et Forget a rapporté plusieurs exemples de
INFLUENCES MORALES. il
cette névrose ayant sévi sur des paysannes alsaciennes.
Position sociale. Profession. — « Toutes les femmes, disait Duverney, peuvent devenir hystériques, pauvres et riches, mais elles le deviennent en proportion des peines qu'elles endurent, et bien évidemment les pauvres en endurent plus que les riches. » — Les observations les plus récentes n'ont fait que confirmer la manière de voir de Duverney. D'après Briquet, l'hystérie se rencontre moins fréquemment dans les classes aisées que dans la classe pauvre, et cet auteur pense d'autre part que, dans les classes très élevées, elle est plus commune que dans les classes moyennes. On se l'explique facilement : aux degrés inférieurs de l'échelle sociale, les privations, la misère, les chagrins et les ennuis de diverses natures surexcitent le système nerveux, dont fonctionnement régulier est plus rarement troublé chez le bourgeois paisible et aisé. Dans les hautes couches sociales, l'abus des plaisirs mondains, la vie lascive, les mille incitations qui résultent de la fréquentation des soirées, des bals, des représentations théâtrales, aboutissent au même résultat.
La profession n'a qu'une influence bien minime sur le développement de l'hystérie. 11 n'est cependant pas sans intérêt de rappeler ici que c'est parmi les filles publiques, comme nous l'avons indiqué déjà, qu'on rencontre le plus grand nombre de malades. Les excès de toute nature auxquels se livrent ces malheureuses, l'abus des boissons alcooliques, les veilles, les mauvais traitements qu'elles ont à subir, constituent autant de
il CAUSES PRÉDISPOSANTES.
conditions fâcheuses, susceptibles de préparer cl de faire naître chez elles la névrose.
Lorsqu'on considérait l'hystérie comme le résultat de In continence, on avançait sans preuves suffisantes que la vie religieuse était une puissante cause de prédisposition à la maladie. La fréquence des épidémies d'hystérie et d'hystéro-démonopathie dans les cloîtres semblait donner raison à cette assertion. Mais lorsqu'on regarde au fond des choses, on ne tarde pas à s'apercevoir que c'est moins la vie religieuse que la vie claustrale qui prédispose aux accidents nerveux. Chez les religieuses des hôpitaux, chez celles qui s'occupent d'enseignement, l'hystérie, nous l'avons vu, n'est pas plus fréquente que chez les autres femmes; et si elle sévit avec plus de fréquence et d'intensité dans les couvents fermés aux relations avec le dehors, cela tient surtout aux pratiques abusives de piété, aux méditations prolongées, aux macérations, ajoutons, — à l'exemple et à l'instinct d'imitation, — toutes conditions qui sont singulièrement propres non seulement à faire naître la névrose, mais encore à lui imprimer des formes et des manières d'être spéciales.
§ •"). — INFLUENCE DE LA CONSTITUTION PHYSIQUE ET DES DIVERS ÉTATS MOHDIDES
On a beaucoup parlé d'une constitution hystérique, et jusqu'à une époque qui n'est pas encore très éloignée de nous, tous les auteurs qui se sont occupés de l'hystérie se sont attachés à la décrire. Il est vrai que