HYSTÉRIE ET ÉPILEPSIE
D'une part, en effet, la coexistence des symptômes permanents habituels de l'hystérie n'est pas une raison suffisante pour affirmer la nature hystérique d'une attaque, car l'épilepsie, nous l'avons vu, et ce n'est plus douteux aujourd'hui, peut évoluer parallèlement à l'hystérie. Les deux névroses sont alors combinées et leurs manifestations respectives alternent, chez une même malade, les unes aveec les autres : d'où l'expression d'hystéro-épilepsie à crises distinctes. Tout récemment M. Iluchard a proposé de réserver à ces cas la dénomination d'hystéro-épilepsie, en appliquant celle d'épilepto-hystérie aux crises mixtes qui sont purement hystériques par leur nature et n'ont de l'épilepsie que l'apparence.
D'autre part, l'attaque hystérique ne se présente pas constamment avec le caractère typique que nous avons décrit : plusieurs des phases qui, dans les cas réguliers, la constituent, peuvent manquer, nous l'avons dit. Il arrive même que cette attaque soit réduite à sa phase épileptoïde, et, dans ces conditions, on le conçoit, il devient difficile de la différencier, à la simple vue, de l'accès d'épilepsie.
Pour ces raisons, les procédés de diagnostic différentiel en possession desquels nous sommes, peuvent devenir d'un utile secours. Rappelons-les en quelques mots.
Voici une crise convulsive à caractère épileptiforme qui se développe devant l'observateur. Celui-ci doit renoncer à diagnostiquer la nature épileptique ou hystérique de la crise d'après les seuls phénomènes
objectifs. Les symptômes sont identiques, ou du moins peuvent être identiques dans les deux cas, elles nuances symptomatiqùes, par exemple l'absence du cri lorsqu'il s'agit d'hystérie (Bernutz), qui différencieraient les deux espèces d'attaques, sont inoins réelles qu'on ne l'a dit. Mais c'est ici que l'action de la compression ovarienne, des courants électriques intervertis, de l'excitation des zones hystérogènes acquiert uneimportance capitale. En effet, l'intervention de ces différents moyens est de nulle action si Ton a affaire à un accès de mal comitial, tandis qu'on l'arrête presque instantanément l'attaque, si elle • '-i de nature hystérique, en exerçant une pression plus ou moins forte sur l'une des régions ovariques ou sur les deux, en frottant vivement les points hystérogènes, ou en faisant passer à travers le corps de la malade, comme MM. Regnard et P. Richer l'ont, montré, un courant continu dont on a soin de changer subitement la direction à l'aide du commutateur.
La marche de la température diffère, d'autre part, de tous points dans l'épilepsie et dans l'hystérie. A la suite des crises épileptiques, surtout si elles sont multiples et répétées, la colonne mercurielle s'élève constamment et quelquefois à un chiffre élevé : 40 degrés et plus, comme cela résulte des observations de MM. Charcot et Bourneville. Dans l'hystérie, quel que soit le nombre des attaques successives, on n'observe rien de semblable : la température se maintient au voisinage de la normale.
Enfin, la thérapeutique nous offre une dernière ressource pour préciser la nature hystérique ou épileptique
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des crises. Celte ressource est particulièrement précieuse lorsqu'on est obligé de soigner les malades en quelque sorte à distance et que l'on n'est pas spectateur des accès. Or, c'est un fait d'observation que le bromure de potassium, — si efficace, comme on lésait, contre les manifestations du mal comitial1 — est d'un effet infiniment moins sûr dans le cas de troubles dépendant de l'hystérie.
On a longuement disserté sur les différences symptomatiques ou nosologiques qui existent entre l'hystérie et l'hypochondrie. Dubois (d'Amiens) n'a pas écrit moins d'un gros volume sur le sujet, et la plupart des auteurs (Briquet, Bernutz, etc.) consacrent à la question une large place dans leurs traités ou leurs monographies. L'opinion de Sydenham, que l'hypochondrie est l'hystérie de l'homme, a trouvé des partisans, et après avoir cru pendant longtemps à une identité de nature entre les deux névroses, les médecins en sont venus à admettre des ressemblances symplomatiques qui, à la vérité, n'existent pas.
La fausseté de la manière de voir de l'éminent pathologiste anglais n'est plus à démontrer; l'hystérie existe chez l'homme avec des caractères analogues à ceux qu'elle revêt chez la femme : c'est là un fait qui n'est plus discuté, qu'ignorait Sydenham, et dont la connaissance lui eût évité d'admettre une idée qui ne tient pas devant les faits. D'autre part, lorsqu'on par-
1. Consultez à cet égard le résultat de notre expérience personnelle, mentionné dans la thèse de M. Ferrand. Paris, 1881.
Legrand du Saullc, Pronostic et traitement de Vépilepsie, Paris, 1873, et aussi Martial Hublé, th. de Paris, 1881.
rouit le tableau dressé par Dubois (d'Amiens) des signes diagnostiques ditlV'i entiels entre l'hystérie et l'hypochondrie, on voit que l'auteur n'a pas eu de peine à en
trouver un grand nombre, et qu'il a eu plutôt à s'ingénier pour établir des analogies, qui sont, eu vérité, si lointaines, que c'est à peine si on doit en tenir compte.
Les conditions écologiques des deuxnévroses sont très différentes : si toutes deux peuvent être la conséquence de l'hérédité nerveuse, l'hypochondrie est très fréquemment, contrairement à l'hystérie, occasionnée par une Lésion organique persistante ou passagère, un trouble gastrique, un calcul vésical, etc. Elle se développe plutôt à l'âge moyen de la vie que dans la jeunesse, et affecte beaucoup plus fréquemment les hommes que les femmes.
Les divergences symptomatiques ne sont pas moins nettes. L'hypochondrie se traduit par une préoccupation maladive qui pousse l'individu qui en est atteint à s'étudier, à observer sans relâche le jeu de ses appareils organiques, dans lesquels il soupçonne maints désord res qui n'existent que dans son imagination. Sans doute, l'hystérique peut avoir aussi quelque tendance à accuser des souffrances imaginaires; mais chez elle l'instabilité intellectuelle est le trait dominant, beaucoup plus que la fixité des idées sur le môme sujet sombre, qui est la caractéristique du trouble mental dans l'hypochondrie. D'ailleurs, les accès convulsifs, les troubles objectifs de la sensibililé et les mille autres symptômes que nous avons passés en revue, sont étrangers au tableau symplomatique de la pure névropathie. Il n'est que temps
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de renoncer à établir entre les deux névroses un rapprochement qu'on a fait trop étroit.
Whytt le premier, et après lui M. Bouchut, en France, ont décrit sous le nom d'état néYropathique, de nervosisme, un état nerveux qui, d'après la description de ces auteurs, tiendrait le milieu entre l'hypochondrie et l'hystérie, sans être ni l'une ni l'autre. Les caractères que M. Bouchut1 assigne à cette affection sont les suivants : 1° la névropathie non hystérique affecte aussi souvent les hommes que les femmes; 2° elle est le propre de l'âge adulte et se voit très rarement avant celle époque; 3° les femmes simplement nerveuses et non hystériques n'ont pas été dans leur jeunesse plus impressionnables que d'autres, mais elles ont été toujours plus excitables; A0 la névropathie est rarement le produit des affections morales, elle est au contraire le résultat fréquent de l'impression du froid et de l'excitation d'un point quelconque des cordons nerveux ou des expansions nerveuses. Elle suit souvent la rétrocession d'affections morbides habituelles, d'exanthèmes chroniques, de dartres ou de suppurations prolongées; 5° elle n'offre pas la réunion des caractères de l'hystérie, et les troubles qu'elle provoque ne sont pas les analogues de ceux qui appartiennent à la manifestation des passions; 6° les affections morales les influencent beaucoup moins que l'action des agents physiques; 7° la durée est en quelque sorte illimitée et le soulagement
1. Bouchut, Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXIII et XXIV, Dit nervosisme aigu et chronique et des maladies nerveuses, et 2e édition, Paris, 1877.
DIAGNOSTIC. DE LHYSTÉlilK.
des accidents est très difficile à obtenir; 8° enfin le traitement moral est presque sans influence.
Les caractères distinctifs qui précèdent ne nous paraissent pas établir d'une façon suffisamment solide l'autonomie du groupe nosologique que Whytt et M. Bouchut se sont efïorcés de constituer. On en sait s'il faut rattacher à ce groupe ou en distraire certains états morbides du système nerveux, appartenant assurément à l'ordre des névroses, tels que la névropathie cérébrocardiaque de Krisbaber et la neurasthénie qui a été l'objet de récentes publications1. Le sujet réclamerail peut-être de nouvelles recherches et l'opinion des auteurs précités a besoin à coup sûr de nouveaux et plus démonstratifs arguments. Il est en tout cas assez difficile de définir la limite qui sépare les états névropathiques en question de beaucoup de manifestations hystériques.
Rien n'est plus difficile parfois que de faire le diagnostic de certaines hystéries viscérales ou larvées. Nous avons déjà parlé des surprises que les cas de ce genre réservent aux praticiens les plus expérimentés ; en voici quelques exemples bien frappants.
OBSERVATION X.CVII. — Douleurs pseudo-rhumatismales. — Hystérie larvée; sueurs profuses dés extrémités2.
Une jeune fille de dix-neuf ans fut atteinte, à la suite d'une pneumonie, de sueurs profuses aux pieds et aux mains, et