SYMPT0MAT0L0G1E 1>K LA NYMPHOMANIE
plus libertines: pendant le sommeil, les rêves les plus érotiques obsédaient son esprit. Vaincue parla force de ses penchants, deux ou trois fois elle succombe, mais ne tire tic -es attouchements qu'un soulagement éphémère. Cette dame, chez laquelle letempérament seul entraînait le désordre, ne proferait, mente durant ses aères, aucune parole déplacée; de sorte que sa conversation offrait un contraste parfait avec l'état de ses sens, et par suite de son imagination. Elle était, il est vrai, singulièrement retenue par la présence de deux jeunes demoiselles, qui n'ont jamais connu ni même soupçonné la maladie véritable de leur mère.
Bien différente de la nymphomanie dont il est question dans le fait qui précède, est la nymphomanie grave. Il s'agissait tout à l'heure plutôt d'une passion que d'un délire : nous touchons maintenant à la folie vraie.
Non moins impérieusement dominée par son irrésistible penchant que le kleptomane, elle s'abandonne sans défense au courant qui l'entraîne. L'insatiable appétit qui la possède, annule les sentiments affectifs qui tiennent d'habitude une large et légitime place dans nos déterminations : respect de la famille et de soi-même, souci de la situation sociale, lout cela s'efface pour céder le pas au besoin qui maîtrise la malade. Son attitude, ses gestes, son langage, sa conduite, tout trahit le feu qui la consume, l'impulsion qui la dirige. — Une enfant de quinze ans, dontTrélat rapporte le cas, honnêtement élevée par ses parenls, appelle par la fenêtre tous les soldats qu'elle voit passer, tandis que son père resté veuf fait son état de facteur. — Une autre sort le soir sous prétexte d'aller chez des amis de sa famille et se tient sur les trottoirs pour arrêter et pro-
FOLIK NY.MIMIOMANIAOUE. 593
voquer les passants, comme la plus vile des filles publiques. — Une dame de soixante et dix ans, dont j'ai ailleurs rappelé l'histoire, jusqu'alors honnête et réservée, éprouve tout à coup les ardeurs d'une terrible fureur utérine, se livre à des pratiques obscènes, offre de l'argent aux galants qui veulent la satisfaire.
Chez la véritable nymphomane, il existe souvent une sorte de gêne épigastrique, de sollicitation utérine, des angoisses et des inquiétudes. L'imagination se repaît sans cesse d'images lubriques qui troublent et égarent le cerveau profondément atteint. Ces malades deviennent provocantes, mettent continuellement en œuvre les mille moyens de séduction dont elles disposent pour arriver à leurs fins : regards lascifs, agaceries gracieuses, demandes pressantes, familiarités insolites. Quels que soient l'heure et le lieu, elles étalent avec un véritable cynisme leur fureur vénérienne ; recherchent souvent avec une égale ardeur les femmes et les hommes, et se livrent avec les unes et les autres à toutes les pratiques de l'amour. Quelquefois rassasiées, elles ne sont jamais satisfaites.
Telle est la forme sérieuse, la folie nymphomaniaque. Nous en accentuons un peu les traits, pour mieux en montrer le relief. On devine que dans la nymphomanie grave il y a des degrés nombreux.
C'est ainsi que les périodes d'excitation génitale peuvent faire place à des moments d'accalmie, durant lesquels la malade redevient un instant en possession d'ellemême. On voit alors quelquefois les malades, honteuses, pleurer, demander pardon, s'excuser ou tomber dans
Legrand du Saulle. Les hystériques. 38