MANIFESTATIONS SOMATIQUES
s'accentuent, que la sensation de houle hystérique devienne plus nette et plus vive, que des points douloureux apparaissent en divers endroits du corps, sur le dos, au-dessous ou au-dessus des seins, que la sensibilité générale ou spéciale, sans disparaître complètement, s'émousse dans un côté du corps, on est alors à deux I .i- de l'hystérie.
Telles sont à peu près les seules réflexions qu'aient laites la plupart des auteurs sur l'hystérie non convulsive. C'esi un sujet sur lequel on passe un peu trop légèrement, à ce qu'il nous semble, dans les traités classiques. On s'estcontenté en général de mentionner l'existence de l'hystérie sans attaques en lui reconnaissant une fréquence plus ou moins grande, mais sans insister suffisamment ni sur ses caractères, ni sur les conséquences très remarquables qui en découlent, au point de vue professionnel et juridique.
Des observations nombreuses, mais par malheur éparses dans les recueils périodiques et encore incoordonnées, mettent en lumière les erreurs de diagnostic, de pronostic et de traitement auxquelles peut conduire la méconnaissance de la nature hystérique de beaucoup d'accidents pathologiques.
C'est surtout à l'hystérie sans attaques, bien plutôt encore qu'à l'hystérie convulsive, que conviendrait cette épithète de protée, accolée si invariablement par les pathologistes à lanévrose qui nous occupe. En effet, les accidents convulsifs présentent en somme un ordre assez constant dans leurs manifestations, et pour la grande hystérie particulièrement, depuis les travaux
HYSTÉRIE SANS AI I kQDl S 01
de l'école de la Salpêtrière, on est en possession d'une sorte de loi qui permet d'en tracer une description
réglée.
Par contre, l'hystérie qui se manifeste uniquement par des troubles Fonctionnels des grands appareils organiques, peut-être à chaque moment une source de déboires pourle clinicien, s'il n'est pas sur ses gardes. Si les accidents convulsifs, auxquels on s'est à tort babil ut'1 à reconnaître une part prépondérante dans la symptomatologie de la névrose, ne sont pas là pour marquer d'une estampille grossière les phénomènes morbides accusés par un sujet, ce n'est pas une raison pour qu'il soit permis à un médecin de notre époque de se laisser abuser sur la nature de ceux-ci.
Il faut partir de cette idée que l'hystérie peut prendre le masque des maladies les plus diverses, ou que, si l'on aime mieux, chez un sujet entaché d'hystérie et répondant d'une manière spéciale aux incitations pathologiques, par suite de cette tare diathésique, toutes les maladies sont défigurées dans leur aspect clinique.
En 1878, M. Potain rapportait dans une clinique faite à l'hôpital Necker le cas d'une jeune fille hystérique, chez qui des médecins ont pu croire tour à tour à l'existence d'une tuberculose pulmonaire, d'un ulcère de l'estomac, puis d'une péritonite tuberculeuse. Nous citons d'autant plus volontiers cet exemple que la haute sagacité clinique de M. Potain est un sûr garant de l'exactitude du diagnostic définitif.
M \N!I KSI \TliiNv SOM mOUES.
ÙBSERA \ih»N VIII*. — Hystérie sans attaques ayant simulé la tuberculose pulmonaire, l'ulcère «li* l'estomac et la péritonite. Toux hystérique. — Hémoptysies et hématémèses supplémentaires. — Vomissements, tympanite douloureuse.
Cette jeune fille, ayant dt^s antécédents île phthisie dans sa famille (commémoratif bien fait pour égarer le diagnostic), avait présenté dans son enfance quelques engorgements ganglionnaires, puis des migraines et des vomissements,
surtout pendant les exercices un peu vioienls. Circonstance importante à noter, elle lui élevée dans un ouvroir jusqu'à di\-liuit ans. A cet âge elle fut réglée. Puis elle eut une affection pulmonaire aiguë, accompagnée de crachements de
sang. Il lui resta de cette maladie des hémoptysies auxquelles s'ajoutèrent des hématémèses. En outre, les vomissements, dont elle continuait à souffrir, cessaient lorsque ses règles paraissaient; ils augmentaient et contenaient plus ou moins de sang, lorsque les règles manquaient, l'eu avant son entrée à l'hôpital Necker, elle eut, pendant ces vomissements, des symptômes qui tirent penser à une péritonite. Son état s'est nu peu amélioré, mais les vomissements ont persisté. Depuis qu'elle est dans le service, elle a présenté de nouveaux symptômes de péritonite, avec douleurs violentes dans le ventre, mais sans aucune fièvre. Aujourd'hui les phénomènes se sont bien amendés; il persiste seulement des vomissements. Le ventre est tendu, résistant, surtout dans le fiane gauche, mais rien n'y peut l'aire supposer une tumeur. Dans le poumon, bien qu'il y ait un peu d'affaiblissement du murmure respiratoire à l'un des sommets, il est impossible de rien affirmer pour ou contre une lésion de cet organe; la malade est tourmentée également par une toux fréquente, mais quinteuse et ayant tous les caractères de la toux nerveuse.
I Gaiette de* liâpilatu , 1*7::, n' 36.
HYSTÉRIE sans ATTAQ1 ES. 63
L'interprétation la plus légitime des phénomènes observés ici paraît être la suivante. Leshémoptysiesetleshématémèses alternant entre elles et avec ces accidents abdominaux que l'- Anglais ont appelé la fausse péritonite et qui consistent en lympanites très douloureuses, survenant brusquement avec sensibilité exagérée du ventre et vomissements ; la toux nerveuse semblable à celle du début de la phthisie, ces vomissements eux-mêmes, qui malgré leur fréquence n'amènent pas d'amaigrissement trop considérable, sont autant de phénomènes hystériques qui paraissent bien nets chez cette malade. Elle a de plus Phyperesthésie presque généralisée de la peau; elle a enfin peu de sensibilité del'épiglotte, symptôme signalé chez les hystériques et d'autant plus remarquable chez celte femme, si sujette aux vomissements, qu'on peut impunément lui toucher le pharynx et l'épiglotte sans provoquer de nausées. « Chez elle, la mobilité des symptômes et la substitution des uns aux autres, l'importance des manifestalions fonctionnelles hors de toute proportion avec les lésions qu'on rencontre, doivent être rattachées à l'hystérie à forme torpide, froide, viscérale, qui naît dans les conditions d'ennui, de vie retirée, de tœdium vitœ, dans lesquelles s'est trouvée celte malade, et qu'on observait autrefois si souvent chez les femmes renfermées malgré elles dans les couvents. »
Le mot, liés heureusement employé ici par M. Potain, celui d'hystérie viscérale, nous paraît parfaitement propre à caractériser cette névropathie, capable, ainsi qu'on l'a vu, de simuler les affections viscérales les plus diverses. Récemment, dans un intéressant travail sur les rapports de l'hystérie avec divers étals morbides', un médecin distingué des hôpitaux, que ses