‹ Les hysteriquesChapitre 36 sur 265 · MANIFESTATION SOMATIQUES · texte numérisé non relu

MANIFESTATION SOMATIQUES

dos battements à la tempe, comparés par les malades à de wolents coups de marteau.

L'aura hystérique complète comprend trois ou quatre

phases principales, ovarique, êpigastrique, laryngienne et céphalique. Mais rlle ne parcourt pas constamment ce cycle compliqué. L'aura ovarique peut manquer; d'autre part, tout se borne quelquefois aux phénomènes du côté de la tête, au bruissement auricuculaire, à l'éblouissement de la vue.

Dès que la sensation de strangulation, qui est habituelle, s'est produite, la malade pousse un ou plusieurs cris. Le cri serait ici moins constant qu'au début des accès du mal comitial ; du moins il n'a pas, comme l'a remarqué Bernutz, le caractère sinistre et rauque de celui de l'épileptique.

La chute, qui suit le cri, n'est pas aussi subite que dans l'épilepsie. La malade a le temps de choisir la place où elle va choir; elle se fait rarement mal, et n'est pas exposée, comme l'épileptique, à se brûler en tombant dans le feu. Cela s'explique si l'on songe que, dans l'attaque d'hystérie commune, la perte de connaissance e^l rarement aussi complète que dans le mal comitial et jamais aussi brusque.

Et cependant, dès le moment de la chute, la malade paraît avoir perdu toute relation avec le monde extérieur. Elle ne voit plus, n'entend plus, semble indifférente à ce qui se passe autour d'elle. On peut s'assurer toutefois, dans les cas légers, que la notion du moi n'est pas complètement abolie. En effet, la patiente, à la suite de sa crise, a d'ordinaire conservé le souvenir au

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moins partiel de ce qui s'est passé (nous allons voir qu'il en est autrement dans l'hystéro-épilepsie), et l'on peut assez souvent mettre subitement fin à l'attaque en provoquant une émotion vive, en la menaçant par exemple d'une large ablution d'eau froide. Cependant il est des cas positifs où, dans les attaques d'hystérie commune, la perte de connaissance est aussi complète que dans les crises d'hysteria major.

Le cri et la perle de connaissance, qui marquent, à proprement parler, le début de l'attaque, sont immédiatement suivis d'une courte période durant laquelle la suffocation est à son maximum Le visage devient rouge et vultueux, les veines du cou sont gonflées, le: carotides battent violemment, mais le faciès gardé néammoins quelque chose de son expression habituelle et n'est jamais hideux et repoussant comme celui de l'épileptique. Le spasme laryngé, à cette phase de la crise, domine tellement la scène que quelques auteurs ont considéré les accidents convulsifs ultérieurs, comme en dépendant directement (Marshal-IIall). Mais cette opinion ne tient pas devant les faits. Les trachéotomies qu'on a, dans ces cas, pratiquées très imprudemment, en Angleterre notamment, n'ont pas empêché les convulsions; Briquet a d'ailleurs vu celles-ci évoluer, suivant leurs lois habituelles, chez une malade qui, antérieurement opérée pour un œdème de la glotte, portait une canule à demeure.

Les accidents convulsifs succèdent immédiatement à la courte phase de suffocation. Ils ne ressemblent en rien aux convulsions cloniques de l'épilepsie : les

MANIFESTATIONS SOIATIQDES.

mouvements ont une grande amplitude, se succèdent

sans ordre La malade se jette dan- son lit à droite et à gauche, bouscule ses couvertures; le corps se fléchit, puis s'étend; les membres exécutent des mouvements désordonnés. On peut assez exactement, avec M. Bernutz, considérer ces phénomènes convulsifs, au point de vue symptomatique tout au moins, comme une sorte de lutte de la malade contre la souffrance et l'angoisse profonde qu'elle éprouve au niveau de la gorge. La figure assez souvent ne prend pas part au désordre, elle garde un calme relatif et grimace peu ou point.

Ces phénomènes, on le voit, sont bien différents de ceux qui caractérisent les accès d'épilepsie et d'éclampsie, ou la première phase de la grande attaque, que nous allons étudier bientôt.

Après une période convulsive de quelques minutes de durée, les mouvements deviennent moins nombreux, moins désordonnés ; puis ils cessent tout-à-fait, à moins que de nouveaux cris ne dénotent le début d'une crise nouvelle qui succède immédiatement à la première.

La scène peut se terminer là. La malade recouvre alors connaissance et revient à l'état normal.

D'autres fois on assiste pendant quelques instant- à une sorte de période intermédiaire à l'attaque et à la santé, qui n'est qu'une esquisse plus ou moins atténuée de la dernière phase de la grande attaque que nous allons décrire en détail. La malade se met à rire, d'un rire fou, convulsif, involontaire; d'autres l'ois son visage s'anime, les yeux deviennent expressifs, le faciès respire la

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joie ou la terreur : la patiente est sous le coup d'hallucinations gaies ou tristes, elle fixe dans l'espace un objet imaginaire et semble trouver à son hallucination un charme exquis, ou éprouver une horreur profonde. Si, dans ces cas, on a bien examiné les phénomènes de l'attaque, on a pu y surprendre déjà quelques spasmes toniques, une tendance vers l'incurvation du corps en arc de cercle; nous nous éloignons de l'hystérie commune, nous sommes à deux pas de Yhysteria major, de l'hystérie épilepli forme de Louyer-Yillermay.

BYSTÉRO-ÉPILEPSIE.

Attaques complexe* : llywtcrin major, grande hvstéric.

— L'hystérie épileptiforme, désignée sous tant de noms différents, est le degré le plus avancé, la forme la plus sérieuse des accidents hystériques. Nous disons des accidents hystériques, car il s'agit là, comme aux degrés que nous avons passés précédemment en revue, d'hysérie pure; les travaux de Louyer-Yillermay, de Briquet, de M. Gharcot l'ont définitivement établi, contrairement à ce qu'avaient pensé beaucoup d'auteurs, Georget, Landouzy (etc), qui croyaient à la présence de l'épilepsie dans l'hystérie épileptiforme.

Ici, comme au degré précédent, le tableau clinique est constitué par des symptômes permanents et par des accidents convulsifs passagers, transitoires, intermittents.

L'hystéro-épileptique présente une physionomie bien à part. C'est chez elle qu'on rencontre à leur summum

1i MANIFESTATIONS SOMATIQUES.

les symptômes sensitifs, moteurs el intellectuels que

nous décrirons par la suite; avant d'étudier l'attaque, rappelons en deux mots les traits généraux du tableau clinique habituel, dont elle constitue seulement L'un des épisodes.

Chez L'hystéro-épileptique, il y a abolition complète de la sensibilité dans tout un côté du corps, et la malade est aussi incapable, de ce côté, de juger les couleurs, d'apprécier les odeurs ou d'entendre les sons que de percevoir au contact une sensation de chaleur ou de douleur. Il se peut même que celte aneslhésie se généralise aux deux côtés; mais, dans ce cas, il en est un habituellement au niveau duquel elle est moins prononcée. En même temps que l'aneslhésie, on obsi i ve des points douloureux au niveau de certaines régions du corps : l'une des régions ovariennes, quelquefois les deux, sont le siège de sensations pénibles, qu'exaspère la pression des doigts; au dessus ou au dessous des seins, entre les deux épaules, il existe des zones plus ou moins étendues, dont le simple frôlement détermine une attaque, aussi facilement que la pression forte de ces mêmes zones l'arrête, lorsqu'elle s'est spontanémenl développée ou a été artificiellement produite.

Chez ces malades anesthésiques et hyperesthésiques à la fois, il n'est pas rare de voir apparaître des contractures localisées, partielles, qui s'établissent parfois en permanence, mais le plus souvent s'effacent avec. autant de facilité qu'elles en ont mis à se développer. Très sensibles aux différents procédés d'hypnotisme,

HYSTÊR0-ÊP1LEPS1E. :::

ces hystériques graves ont véritablement une physionomie à part et très caractéristique.

L'attaque n'est pas le phénomène le moins typique de leur histoire symptomatique. Souvent, pendant un temps plus ou moins long, elle est précédée, annoncée en quelque sorte par des prodromes, parmi lesquels les troubles psychiques, dont nous aurons plus loin à parler, les hallucinations, tiennent le premier rang. Puis ce sont des palpitations, de la dyspnée, des nausées, des borborygmes. Tous ces phénomènes peuvent précéder l'attaque de plusieurs jours. La douleur ovarienne remontant vers l'épigastre, pour gagner ensuite le cœur, les battements au niveau des tempes, les sifflements d'oreille, toutes les formes de l'aura hystérique que nous avons précédemment indiquées, annoncent au contraire le début très prochain de la crise.

L'attaque de grande hystérie est aujourd'hui trop bien connue, elle a été trop complètement décrite1 pour que nous croyions devoir nous appesantir longuement sur les détails du tableau clinique qui la constitue. Nous rappellerons brièvement les caractères de chacune de ses phases.

Elles sont au nombre de quatre.

La première qu'on désigne aujourd'hui sous le nom de période ëpileptoïde, reproduit, à peu près de tous points, les phénomènes constitutifs de l'accès de mal comitial : même raideur tétanique, mêmes convulsions

1. Cliarcot, Leçons sur les maladies du système nerveux, et Rielier : Études cliniques sur l'hystéro-épilepsie ou grande hystérie, Paris 188t.

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«Ioniques, mêmes contorsions du visage. Si l'on excepte quelques traits accessoires, comme le cri au début de l'accès, qui fait ici habituellement défaut, l'analogie

symptomatique entre la première période de l'attaque hystérique et l'accès du mal comitial est complète, absolue ; si bien que, pendant longtemps, les auteurs se sont mépris sur la nature des accidents de celte phase, et ont pensé qu'il s'agissait de manifestations épilej'tiques, alors qu'on est en présence de simples phénomènes épileplifortoeé. La confusion n'est plus possible aujourd'hui. Sans doute l'épilepsie peut se surajoutera l'hystérie; mais, dans ce cas, les attaques des deux névroses ne sont pas confondues, elles apparaissent isolément. On a affaire alors à ce qu'on a désigné sous le nom d'hystéro-épilepsie à crises distinctes. Bien qu'évoluant parallèlement chez le même sujet, les deux maladies gardent leurs caractères propres et sont justiciables chacune des mêmes agents thérapeutiques que lorsqu'elles n'ont aucun rapport de coïncidence. Dans l'attaque d'hystéro-épilepsie (hystéro- -'•pilepsieà crises combinées, comme on dit aujourd'hui), tout est au contraire hystérique en dépit des apparences ; l'épilepsie n'est qu'à la surface, non au fond des choses. On verra au chapitre du diagnostic que sur ce point les preuves abondent.

MM. Richer et Regnard' ont eu l'ingénieuse idée d'appliquer les procédés graphiques à l'élude de la phase épileptoïde de la grande attaque, et ils onl pu

1. Rich-.i ei Regnard, Soc. de biologie, 13 juillet 1878, et Revue de médecine et de chirurgie, 1878.

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