TROUBLES M LA SENSIBILITÉ
sibilitéau contact, au pincement, à la piqûre est profondément émoussée et Bouvent même abolie à leur niveau. Mais elles s'éti rapprochent en ce que elles sont quelquefois le siège de douleurs spontanées, et que le frottement en est ordinairement pénible. Ce qui les caractérise au premier chef, c'est qu'une pression plus plus ou moins forte exercée à leur niveau détermine en partie ou en totalité l'apparition des phénomènes qui constituent l'attaque hystérique.
Williiigei Turk avaient déjà indiqué qu'une pression exercée sur les apophyses épineuses peut provoquer des convulsions; Baillif1 rapporte que, chez certains sujets hystériques, on trouve nombre de points assez sensibles pour que, par des frictions assez vives, ils deviennent le point de départ de douleurs réflexes pouvant occasionner l'attaque. » Mais c'est à M. Charcot que revient le mérite d'avoir plus spécialement appelé l'attention sur ces zones hystérogènes et d'en avoir bien décrit le siège habituel et les propriétés2.
Les zones hystérogènes rappellent de très près les zones épileplogènes de M. Brown-Sequard. On sait que cet auteur est arrivé à déterminer des attaques d'épilepsie chez des cobayes, auxquels il avait au préalable sectionné l'un des nerfs sciatiques, en excitant la peau de la région qui s'étend de l'angle de la mâchoire vers l'œil et bipartie latérale du cou. De môme, en frôlant ou
1. li;iillif, Sommeil magnétique dans l'hystérie, Th. de Strasbourg,
2. Charcot, In Iconographie pholog. de lu Salpétriére,t. III, p. 36; et Eludes cliniques sur rhi/sléro-épilepsie, par Hichcr, p. 32 et suiv.
HYPER ESTHÉSIES. 'M
en comprimant légèrement chez une hystérique les points hystérogènes, on produit la crise convulsive. Ces points occupent, en général, la région supérieure du tronc; leur situation varie chez les diftérentes malades; tantôt ils sont situés en arrière, au niveau des apophyses épineuses des vertèbres dorsales, entre les deux omoplates ; tantôt en avant, au-dessous ou au-dessus des seins. Ce sont là leurs sièges les plus habituels; mais on les a vus aussi occuper la ligne médiane de la tête, à partir de la réunion du frontal aux pariétaux, jusqu'au sommet : la partie centrale des flancs, le pli de l'aine, à quelques centimètres au-dessous de la crête iliaque ; entin la région ovarienne. Mais nous reviendrons sur ce dernier point, qui a une importance toute spéciale.
Le< zones hystérogènes ont une étendue très variable. Tantôt il n'en existe qu'une seule, d'autres fois plusieurs chez la même malade, deux très fréquemment, et, dans ce cas, il est habituel qu'elles soient symétriquement placées.
Si la pression légère au niveau de ces zones détermine l'attaque, la pression forte arrête immédiatement les phénomènes convulsifs. Quand la malade possède plusieurs zones, l'attaque occasionnée par l'excitation de l'une peut être arrêtée par l'excitation de l'autre.
Ilvperalarésie musculaire. MyosalgicK. — LllVpei'al-
gésie musculaire est un symptôme fréquentdansle cours de l'hystérie; sur 430 malades attentivement observées, Briquet en a rencontré 20 seulement chez lesquelles elle n'existait pas. La douleur siège dans les masses
rROUBLBS l>K LA SENSIBILITÉ.
musculaires elles-mêmes el au niveau de leurs insertions.
La moindre pression la provoque; les mouvements, l'action de l'électricité galvanique ou faradique l'exaspèrent. Au contraire, le repos l'atténue. La souffrance
provoquée par la compression du muselé est quelquefois assez vive pour déterminer une attaque.
LVhyperalgésie musculaire peut ocuper les régions les plus diverses. Elle intéresse fréquemment les muselés qui s'insèrent sur la colonne vertébrale, le trapèze, le grand dorsal, la masse commune, le sacrolombaire et le long dorsal. La rachialgie est un symptôme à peu près constant de l'hystérie. Elle peut occuper toute la hauteur de la colonne vertébrale, ou seulement l'une de ses régions, particulièrement l'inférieure. La pression au niveau des apophyses épineuses et des gouttières latérales est quelquefois tellement pénible que la douleur a pu en imposer pour une affection profonde des vertèbres. « J'ai vu, dit Brodie, condamner au repos et à la position horizontale pendant des années, des jeunes filles que l'on soumettait encore au traitement par les cautères et lessétons, alors que le grand air, l'exercice et les passe-temps les auraient complètement guéries en quelques mois. »
La céphalalgie est un phénomène très commun, dans le cours de l'hystérie. Briquet l'a observé trois cents fois sur trois cent cinquante six cas. Cet auteur la considère comme produite par l'irritabilité douloureuse des muscles péricraniens. D'autres ailleurs la rapportent à la névralgie, ou la rattachent à ces douleurs de tête profondes comme celles
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qui caractérisent la migraine ou la céphalée fébrile.
Quoi qu'il en soit, la céphalalgie est un symptôme important à bien connaître. Elle précède assez souvent les autres manifestations de l'hystérie, et, chez les petites filles, peut en être un symptôme prémonitoire. Tantôt elle occupe une moitié delà tête et constitue une douleur hémicrânienne; d'autres l'ois, elle se circonscrit davantage, à un point bien limité, situé soit au sommet de la tète, soit à la région temporale, et qu'on a coutume de désigner sous le nom de clou hystérique (clavus hystericus).
Parfois cette douleur est légère et n'a lieu que lorsqu'elle est provoquée par la pression. Mais elle peut être spontanée et assez intense pour arracher des cris aux malades.
La thoracaUjie ou pleuralgie, qui consiste dans l'hyperalgésie des muscles du thorax, la calialgie qui intéresse les muscles de la paroi abdominale, s'observent plus rarement que la céphalalgie. Quant à lamiélosalgie (myosalgie des membres), Briquet ne l'a observée que dans soixante-quatre cas.
Ariiiraiifics. — Moins communes que les douleurs musculaires, les hyperalgésies des articulations tiennent cependant une place importante dans l'histoire de l'hystérie. Elles peuvent, en effet, s'accompagner de contractures et simuler certaines affections graves des jointures. Nons reviendrons plus loin sur cette variété; mais il est des douleurs qui constituent à elles seules toute la manifestation du côté de l'article et que nous devons signaler ici. D'après les observations de Brodie,
'.'» r ROUBLES DE LA SENSIBILITÉ.
<jui les a forl bien décrites, lesarthralgies hystériques s'observeraient asseï fréquemment, à ce poinl qu'an cinquième des femmes qui se plaignenl de douleurs articulaires, ne seraient, d'après cel auteur, que de vulgaires névropathes. Briquet considère au contraire l'arthralgie comme une manifestation rare de la névrose; sur quatre cent trente malades, il ne l'a vu que quinze fois. L'arthralgie hystérique, d'après ee dernier auteur, n'est jamais un symptôme primitif; elle se développe toujours ehez des sujets qui sont depuis longtemps en proie aux diverses manifestations de la névrose. Elle est en général mono-articulaire et siège le plus souvent à la hanche ou au genou; mais elle peut occuper aussi soit les deux épaules, soit les grandes articulations des membres inférieurs. Elle se développe quelquefois d'une façon lenlc et graduelle, mais, dans plus de la moitié des cas, son début est subit et violent. Brodie a tracé de cette variété d'arlhralgïe une description qui est demeurée classique. « Vous rencontrez, dit-il, de la douleur à la hanche et dans le genou, douleur qui est augmentée par la pression et par le mouvement; la malade reste étendue sur son lit ou sur un divan en conservant toujours la même position. Vous vous dites que ce sont là les signes d'une affection de la hanche. Mais poussez plus loin l'observation: la douleur est rarement limitée à un point, elle s'étend à tout le membre. La malade fait des grimaces et pousse quelquefois des cris, si vous exercez une pression sur la hanche; mais elle le fait aussi, si vous pressez sur l'os coxal ou la région lombaire, ou la cuisse ou môme la jambe, jusqu'au
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niveau des malléoles. Partout la sensibilité morbide siège dans l'enveloppe cutanée : si vous pincez la peau jusqu'à la soulever des parties sous-jacentes, la malade se plaint plus que si vous poussez fortement la tête du fémur dans la cavité colyloïde.
i La douleur est plus forle quand la malade voit l'examen auquel on la soumet; si, au contraire, quelque chose vient à la distraire, c'est à peine si elle profère une plainte. 11 n'y a pas d'amaigrissement des muscles fessiers, qui ont conservé leur forme, et l'état général de la malade ne ressemble en rien à celui qu'on trouve dans le cas de suppuration des os et des cartilages. On ne constate pendant la nuit aucun de ces élancements douloureux qui s'accompagnent souvent de cauchemars. La douleur empêche parfois le sommeil; mais, une fois endormie, la malade ne se réveille qu'au bout de plusieurs heures. Cet état de choses peut persister pendant des semaines, des mois, ou même des années, sans amener la formation d'abcès »
Ces accidents disparaissent habituellement d'une façon graduelle. Mais ils peuvent se dissiper brusquement à la suite d'une émotion vive, d'une secousse physique brusque, ou même sans cause appréciable. Brodie en a rapporté des exemples.
Névralgies. — Les névralgies sont à coup sûr moins fréquentes chez les hystériques qu'on ne l'a dit. C'est qu'on a fréquemment confondu avec elles de simples douleurs musculaires. Cependant Briquet parait avoir exagéré en sens contraire, lorsqu'il a donné celte variété de douleurs comme très rare. La névralgie inter-
rROUBLES DE I \ st NS1B1LITE.
laie, Dolamment, s'observe assez communémenl dans le cours de l'hystérie. Vodontalgie a été signalée depuis longtemps par Sydenham et Franck, il est utile de la bien connaître, car elle a quelquefois servi de prétexte à l'avulsion des dents, sans que Les malades, on le conçoit, aient lire le moindre profil de L'opération.
n> peresthéaiea sea/MFieiies. — Les sens acquièrent quelquefois une finesse exceptionnelle. Certains malades peuvent lire tout en ayant les paupières abaissées, d'autres distinguent à une grande distance des sons ou des bruits qu'à L'état normal on serait incapable de percevoir. Ces faits d'hyperesthésie vraie se rencontrent surtout dans certaines formes du sommeil hypnotique, comme nous le verrons.
Nous devons signaler seulement ici l'hyperesthésie fausse ou byperalgésie qui rend la perception non plus délicate, mais pénible et quelquefois même douloureuse.
Dans cet ordre d'idées, le sens de la vue est celui qui est le plus fréquemment affecté. Fœrster a désigné sous le nom de kopiopie l'impressionnabilité douloureuse de la rétine qu'on observe dans ces cas, et dont M. Abadie a tracé une description très exacte. « 11 n'est pas de praticien, dit-il, qui n'ait eu à soigner des femmes se plaignant de ne pouvoir fixer un instant sans éprouver de violentes douleurs de tête, accusant une pbolophobie des plus pénibles, des douleurs frontales et péri-orbitaires, presques constanles, s'exaspérant à la moindre lecture; ces malades sont en outre tourmentées par des sensations pénibles de brûlure, de piqûre, de corps
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étrangers dans la conjonctive et les paupières, et néanmoins, elles ne présentent aucune altération du fond de l'œil, aucune anomalie de la réfraction. »
YîMcéraigic*. — Briquet décrit parmi les viscéralgies certains symptômes : par exemple la toux hystérique, l'asthme, etc, qui nosologiquement peuvent en effet être assez légitimement envisagés comme dépendant de l'hyperexcitabilité douloureuse de certaines muqueuses, mais dont l'étude sera mieux placée à l'article où nous traitons des spasmes et des phénomènes convulsifs locaux auxquels symptomatiquement elle- se rattachent. Nous passerons en revue ici les seules hypéralgésies viscérales dans lesquelles l'élément symptomatique dominant est le phénomène douleur.
La gastralgie, combinée ou non avec Pépigastralgie (hyperalgésie des muscles abdominaux), se traduit par des douleurs vives avec sensation de déchirement. Elle engendre souvent la dépravation du goût et la perte de l'appétit, ou bien elle s'accompagne de vomissements, quelquefois incoercibles, qui peuvent par exception devenir une cause d'émaciation profonde et peut-être même déterminer chez des sujets prédisposés la tuberculose et la mort.
L'enter algie s'accuse par des coliques, des borborygmes, de la diarrhée, alternant avec de la constipation. Elle peut coexister avec une tympanite assez accentuée pour simuler, comme nous le montrerons plus loin, une ascile ou une grossesse (fausse grossesse).
Nous ne ferons que signaler en passant Yhystéralgie, la néphralgie, la ci/st algie qui ne prêtent à aucune con-
Lehraxd dt Saille. Les hystériques. 7
ritOUBLES ni: LA SENSIBILITÉ.
sidération bien spéciale. Mais nous devons tout partieulièremenl insister sur la douleur décrite sous le nom tralgieeX qui tient une grande place dans la symptomatologie de l'hystérie.
Vovarfllgie ou avarie est une douleur qui, chez les hystériques, siège à la limite de la région hypogastrique et du liane, habituellement d'un seul côté, quelquefois des deux.
Cette douleur dite ovarique, plus fréquente à gauche qu'à droite, a donné lieu à des interprétations différentes. Précisons tout d'abord ses caractères cliniques. Tantôt elle est me, très vive même, à ce point que le moindre attouchement ou le poids des couvertures détermine de violentes douleurs chez la malade. Klle s'accompagne alors assez souvent d'un certain gonflement de l'abdomen et reproduit alors le tableau de la fausse péritonite [spurious péritonite des Anglais). Dans ce cas presque toujours les muscles et la peau participent à la souffrance, et la douleur occupe en surface une assez large étendue. D'autres fois elle est moins prononcée et ne s'accuse qu'à l'occasion des pressions. « En pareille circonstance, dit M. Gharcol1, qui en a donné une description très précise, on note les phénomènes suivants : a, la peau est surtout anesthésiée; — b, les muscle*, s'ils sont lâches, peuvent être pinces et soulevés sans douleur; — c, cette première exploration montre que le siège de la douleur n'est pas dans la peau ni dans les muselés. Il est par conséquent indispensable de pousser
1. Charcot, Leçons sur tes maladies du système nerveux, t. I, p. 324,
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l'investigation pins loin, et, en pénétrant en quelque sorte dans l'abdomen, à l'aide des doigts, on arrive sur le véritable foyer de la douleur.
« Cette manœuvre permet de s'assurer que le siège dé la douleur en question est à peu près fixe, qu'il est ionjours à peu près le même; aussi n'est-il pas rare de voir les malades le désigner avec une concordance parfaite. Sur une ligne horizontale passant par les épines iliaques antérieures et supérieures, faites tomber les lignes perpendiculaires qui limitent latéralement l'épigastre, et à (Intersection des lignes verticales avec l'horizontale se trouve le foyer douloureux qu'accusent les malades et que la pression exercée à l'aide du doigt met d'ailleurs en évidence. »
Tels sont les caractères cliniques indiscutables du symptôme. Quant à l'interprétation qu'on en a donnée, elle varie suivant les auteurs : M. Gharcot incline à penser avec Schutzenberger, Piorry, Négrier que la douleur a pour siège l'ovaire lui-même; Briquet ta rapporte aux muscles de la paroi. Il est permis d'avancer que, dans un grand nombre de cas tout au moins, l'ovarie n'a lien de commun avec la myodynie. Ladouleuroccupe sans aucun doute les organes situés dans la cavité abdominale au- dessous des parois de cette cavité. Quanta affirmer que c'est bien l'ovaire lui-même et l'ovaire seul qui en est le siège, on n'y est pas entièrement autorisé; d'autant plus que, dans quelques cas, la compression de la fosse iliaque a déterminé chez les jeunes gens hystériques les mêmes effets que chez la femme. Quoi qu'il en soit, ce qu'il importe de retenir et de