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EXPÉRIMENTATION — PATHOGÉNIE

Expérimentation.

I n'est pas sans intérêt de signaler que les divers types cliniques d’ictères, du moins dans ce qu'ils ont d'essentiel, peuvent être reproduits expérimentalement.

La ligature du cholédoque provoque: un ictère par rétention avec augmentation de la résistance globulaire (Vaquez et Ribierre); il ne se produit pas d'anémie et les hématies granuleuses font défaut (Widal, Abrami et Brulé). L'injection dans les vaisseaux de bile ou de sels biliaires, particulièrement du taurocholate de soude (Rist et Ribadeau-Dumas) accroît aussi la résistance globulaire.

En opposition avec les faits précédents se placent les cas d'ictères hémolvtiques expérimentaux. On les réalise de préférence avec la toluylène diamine. Ce poison a 6L6 particulièrement éssavé par Stadelmann, Afanassiev, Engel et Kiener, Meunier, enfin et surtout par Vast. Ce dernier auteur, dont les travaux sont des plus intéressants el précis, conseille emploi du chlorhydrate de toluylène diamine 1, 2, 4, qui a l'avantage d'être très soluble dans Peau froide. Il se sert d’une solution à 1/50 dans de l'eau salée à 8 p. 1,000 et pralique l'injection parfois dans le péritoine, mais de préférence dans le issu cellulaire sous-cutané. La dose

varie suivant le poids de l'animal; elle est de 2 à 6 cen- Higrammes par kilogramme. Dans ces conditions on voit survenir chez le chien en expérience de la lassitude, de l'abattement, de l'inappétence, de l’ictère et souvent de l'hémoglobinurie. L’hématolyse esl certaine et se traduit par une diminution de la résistance globulaire. Celte fragilité globulaire coïncide toujours d’après Vast avec une méthémoglobinhémie. La destruction globulaire s'effectuerait dans les organes hémalopoiétiques el spécialement dans le foie. Le fer qui en provient s'accumule dans divers organes, surtout dans la glande hépatique. Dans sa thèse, Vast s’est borné à la seule question de lhématolyse; en 1899 on ne connaissait pas l'ictère hémolvtique; aussi de ses expériences ne cherche-t4l pas à ürer parti pour expliquer des faits cliniques.

Plus récemment, et dans ce but, Widal, Abrami et Brulé ont entrepris des recherches sérieuses. C'est également la toluvlène diamine qu'ils ont employée, mais par la voie périlonéale, et ils ont produit des ictères suraigus etrapidement mortels en quarante-huit heures, ou bien des ictères à évolution lorpide. I se dégage de leurs travaux que la toluylène diamine engendre un ictère souvent très accusé, avec fragilité globulaire intense, surtout marquée pour les hématies déplasmatisées: un abaissement prononcé du nombre des globules rouges, une leucocytose très appréciable, Papparition d'hématies granuleuses en grand nombre. Tous ces phénomènes duraient quelques jours, puis rétrocédaient avec la diminution de lictère. Dans un cas (sur trois) l'hémoagglutination à été recherchée, mais 1l

n'existait ni iso ni autoagglutination. Widal, Abrami el Brulé ne semblent pas avoir trouvé comme Vast une méthémoglobinhémie allant de pair avec lhyporésistance des hématies.

Ces auteurs ont également essayé de provoquer l'ictère hémolvtique chez le lapin par l'emploi d'eau distillée. Dans ces conditions, il ne s’est pas produit d'ictère malgré la fragilisation considérable des hémaües, et l'apparition d’une hémoglobinhémie intense avec hémoglobinurie; le nombre des globules rouges dminua très notablement, et quelques heures, à un ou deux jours après l'injection, on notait des hématies granuleuses en une forte proportion. En un cas, cellesci apparurent, bien que la résistance globulaire fût restée normale.

Chautfard et Fiessinger se sont surtout efforcés d'expliquer la genèse des hématies granuleuses. Ils ont établi d'abord que ces dernières n'étaient pas spécialement fragiles. On aurait eu tendance, en effet, à les considérer comme représentant l’un des stades de dégénérescence de l’érythrocyte, et de ce fait vouées à la destruelion; il n'en est rien, et leur présence dans le sang n'explique nullement lhyporésistance de ce dernier. II y à plus. Chez des lapins ayant reçu une injection de sérum d'anguille, on observe aisément une hémolyse lrès prononcée, sans que les hématies granuleuses soient en proportion bien plus forte ; 1l faut souvent attendre un où deux Jours pour les voir atteindre un pourcenlage très élevé, alors que déjà l'hyporésistance des globules rouges diminue : « Il faut qu'un temps suffisant s'écoule pour qu'une réaction organique se produise, » C'est vraisemblablement une réaction médullaire.

J'ai personnellement pratiqué aussi un certain nombre d'expériences, soit sur des lapins, soit sur des chiens; sur des lapins, pour rechercher le lieu de production et la signification des hématies granüleuses; sur des chiens, pour obtenir un ictère hémolvytique, plus ou moins superposable aux faits observés en clinique. Je ne les rapporterai pas dans tous leurs détails. Elles feront ultérieurement, lorsque quelques points auront élé précisés, l’objet d’une publication spéciale. Je signalerai seulement que, chez un chien, une dose de ! gramme de toluvylène diamine introduite dans la cavité périlonéale à provoqué la mort au bout d'une vingtaine d'heures; il v avait eu ici une hémolvse énorme: le sérum élait laqué, de coloration rouge assez intense; la dose était d’ailleurs trop forte pour un animal pesant 12 kil. Dans un autre cas, un chien pesant plus de 20 kil. reçut dans le tissu cellulaire du flanc droit { gramme de toluylène diamine: il se mit rapidement à présenter des phénomènes asthéniques intenses; sa voracité habituelle disparut et fit place à une anorexie très marquée; il restait abattu dans un corn, l'œil morne. La résistance globulaire avait subi chez lui une baisse considérable, à tel point que déjà à 0,70 se manifestait l'hémolyse. Les détails de cette expérience et d'autres semblables ne peuvent prendre place dans ce mémoire, d'autant qu'ils ne sont pas encore susceplibles d'éclairer la pathogénie des ictères hémolvtiques.

Je pourrais citer des cas analogues au précédent, Mais quoi qu'il en soit de ces expériences, pas plus que les auteurs qui m'ont précédé dans celle voie, je n'ai pu tirer encore une conclusion formelle Louchant la nature de l’ictère hémolytique. ÉRT

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