Arguments d'ordre expérimental
Comme on le voit, ce n’est point sur des bases expéri-
mentales très précises que l’on a étayé la toxicité ictéri-
gène de la phénylquinoléine. A-t-on cherché à démontrer qu’elle provoquait chez l'animal une cholémie pigmentaire ? Toutes les observations restent muettes sur ce point.
MM. Chabrol, Charonnat et Maximin, qui étudient depuis plus de trois ans les cholérétiques sur des chiens porteurs de fistules cholédociennes après exclusion de la vésicule, ont bien voulu nous communiquer les conclusions de leurs observations personnelles. Ils ont injecté la phénylquinoléine carboxylée à une vingtaine de chiens qui tous ont répondu à la loi de Brugsch et Horsters en donnant une excrétion abondante de la bile dans les heures consécutives : « le volume de la bile augmente dans des proportions impressionnantes. Il peut quintupler après la piqûre intra-veineuse pratiquée à la dose moyenne de 0 gr. 05 par kilogramme de poids. Lhypersécrétion est immédiate; quelquefois même, elle atteint son apogée dans la première demi-heure qui suit l’injection; mais, généralement, c’est au bout d’une heure ou deux que l’on notre le maximum de l’excrétion biliaire. Celle-ci se poursuit pendant quatre ou cinq heures consécutives, cinq fois plus forte que durant la période témoin. La décroissance se produit ensuite brusquement, le volume de la bile retombant à son chiffre normal en
l’espace d’une heure, sinon d’une demi-heure. »
< La cholerragie déterminée par la phénylquinoléine
n’est pas sans avoir un retentissement sur l’excrétion de la bilirubine, des sels biliaires et de la cholestérine. A l'apogée de la sécrétion, chaque échantillon de bile apparaît beaucoup plus elair que les échantillons témoins recueillis de demi-heure en demi-heure avant l’expérience : toutefois, si l’on tient compte du volume total de la bile excrétée, on est conduit à reconnaître qu’il se produit une élimination quasi normale de la bilirubine, Nôs courbes sont très précises à cet égard.
« L’excrétion des sels biliaires est plus importante, tout au moins au début. Cependant, au fur et à mesure que l’expérience se prolonge, les échantillons recueillis dénotent une tension superficielle de plus en plus élevée, qui traduit leur appauvrissement en taurocholates de soude.
« L’excrétion de la cholestérine obéit aux mêmes lois.. De même que les sels, cette substance tend à tarir en fin d'expérience, chez ces animaux qui ont subit une véritable saignée biliaire. Et nous pouvons trouver dans ces faits une nouvelle démonstration du cycle entéro-hépatique que Schiff a bien mis en lumière. »
Au cours de ces travaux les auteurs ont recherché accessoirement l’apparition de la cholémie pigmentaire. Elle ne se manifeste point durant les cinq ou six heures
« , . LA 2 en moyenne où l’animal est observé.
À la dose de 1 gr. par voie veineuse, on n’observe
ne let
point chez le chien les hémoglobinémies massives qué provoquent les sels biliaires ou d’autres dérivés de la série aromatique (naphtoate ou oxynaphtoate de soude, par exemple), étudiés par M. Chabrol et ses collaborateurs. Il est possible que, dans les intoxications prolongées, cette hémoglobinémie combinée à l’altération du parenchyme hépatique soit un facteur de cholémie. Cependant, si l’on en juge par la cholérèse remarquable de la phénylquinoléine carboxylée, on est loin des phénomènes qui caractérisent l’intoxication ictérigène de la toluvlène diamine.
Ce poison expérimental provoque très rapidement un arrêt de la sécrétion hépatique de la bile. Nous avons pu personnellement le reconnaître récemment en observant à l’hôpital Saint-Antoine avec MM. Chabrol et Busson deux chiens fistulisés. Trois heures après l'injection intraveineuse de quatre centigrammes de toluylène diamine par kilogramme de poids, le volume de la bile augmenta très légèrement; sa coloration brun foncé traduisit une excrétion abondante de pigments. Mais cette cholérèse ne fut qu'éphémère, et relativement minime en regard de celle de la phénylquinoléine. On compléta alors l’expérience en injectant à l’animal ce dernier médicament : sous l'effet de la phénylquinoléine carboxylée, la sécrétion hépatique quintupla, bien que l’ani-
mal ait été déjà intoxiqué par la toluylène diamine.
Nous relatons incidemment cette expérience qui, prise à la lettre, semble justifier l'emploi de la phénylquinoléine dans le traitement des ictères toxiques ou infectieux.
Nous retiendrons de ces travaux que la phénylquinoléine entraîne une cholérèse fort remarquable chez les chiens normaux, et qu’elle est même capable de réveiller l'excrétion des pigments biliaires chez les animaux intoxiqués par la toluylène diamine au stade de la réten-
tion pigmentaire par pléiochromie.