‹ Les ictères de l'acide phénylquinoléine carboxyliqueChapitre 17 sur 29 · ARGUMENTS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

ARGUMENTS CHIMIQUES

a) Rareté des accidents ictériques de la phénylquinoléine

Voici plus de vingt ans que les produits quinoléiques sont entrés dans la thérapeutique de la goutte, où ils ont acquis une place de choix en raison de leur efficacité.

Des milliers et des milliers de malades les ont utilisés, souvent sans la moindre surveillance médicale.

Combien de cas d’ictère a-t-on pu mettre sur le compte de cette médication ? À peine une cinquantaine.

Tous n’ont peut-être pas été publiés. Leur nombre augmenterait-il légèrement, que l’on s’étonnerait encore de cette infime proportion d’accidents. Proportion infime, car nous allons critiquer maintenant un certain nombre d'observations qui ont mis l’ictère bien à tort sur le

compte des dérivés de la phénylquinoléine.

En 9r—

b) La phénylquinoléine n'est pas toujours

l'unique facteur de l'ictère

La théorie toxique explique mal un certain nombre de faits que nous allons maintenant examiner tour à tour.

1° Dans certains ictères quinoléiques il existe une longue période d'incubation.

On conçoit mal avec la théorie toxique l'apparition très tardive de la jaunisse; on s'explique mal les périodes d’incubation absolument silencieuse qui se prolongent plusieurs semaines après la fin du traitement (cas de Lowenthal, de Braun, de Cabot, obs. XXV, XXI. XXXVIIT).

2° L'ictère est apparu parfois au cours de la grossesse.

Faut-il accuser, avec Rabinowitz, la phénylquinoléine d’avoir donné une jaunisse à une femme enceinte qui avait pris dix grammes de ce médicament en une semaine pour calmer des douleurs névralgiques ? Nous connaissons cependant la fréquence de la cholémie gravidique. (Obs. XVIIL.)

3° L'ictère est apparu au cours de la lithiase biliaire.

L'un des dérivés de la phénylquinoléine qui a donné le plus souvent des ictères est la biloptine, combinaison iodée de la phénylquinoléine. Il est responsable de 7 cas de jaunisse. De prime abord où peut trouver ce total assez faible, mais il ne faut pas oublier que la biloptine

a êté peu employée; elle a été utilsée uniquement pour

la cholécystographie, c’est-à-dire chez des malades soupçonnés de lithiase vésiculaire.

Faut-il conclure à un ictère toxique après avoir lu les observations d’Hitzenberger (obs. XXXXIV et IV)? Une femme atteinte de tumeur de l’hypophyse avec diabète insipide présentait des accès fébriles inexpliqués et accusait une gêne dans l’'hypochondre droit. Quelques jours plus tard, un ictère fait son apparition; il s'aggrave, entraînant la mort. Comme entre temps on avait prescrit cinq grammes de biloptine pour faire une radiographie de la vésicule, l’ictère fut mis sur le compte de cette exploration.

Un second malade, auquel on avait administré la même préparation, fit lui aussi un ictère, fort bénin cette fois. Nous notons dans son observation qu’ avait une tumeur de l'hypochondre droit, très probablement vésiculaire.

Le malade de Schwarz (obs. V) avait des antécédents digestifs et se plaignait d’une douleur dans la région hépatique faisant penser à une affection de la vésicule.

Celle de Kingreen (obs. IX) avait depuis deux ans des coliques vésiculaires typiques; on avait porté à son propos le diagnostic clinique de cholélithiase avec cholécystite subaiguë.

Tous ces malades avaient bien des raisons de présen-

ter un ictère sans prendre de biloptine. Tout ce que l’on

AO

peut dire, c’est que cette drogue en fut le prétexte, rien de plus.

4 Une ascite coincidait avec l'ictère.

L’ascite, nous l’avons remarqué, accompagne assez Sourent le syndrome ictérique, et répond à des lésions de cirrhose constatées à l’autopsie.

Rabinowitz rapporte le cas d’une femme de 30 ans traitée pendant six mois par de fortes doses de phénylquinoléine carboxylée, et qui fit un ictère, mortel au bout de quatre mois. L’autopsie montra une atrophie cirrhotique du foie. (Obs. XL.) :

Il est difficile d'établir un rapport entre la phénylquinoléine et une cirrhose atrophique du foie constituée en un aussi bref délai.

Cette remarque peut-être renouvelée à propos de plusieurs observations analogues, cette de Sutton, par exemple, rapportée sous le titre d’atrophie jaune aiguë du foie, mais où le protocole nécopsique mentionne une cirrhose ascitique accompagnant l’ictère grave.

»° L'atrophie jaune aiguë du foie est prédominante.

Enfin, lorsque l’atrophie jaune aiguë du foie vient compliquer l’ictère, peut-on toujours affirmer que c’est l'acide phénylquinoléine carboxylique qui la provoquée ?

Seize observations sur 49 permettent de poser ce point

d'interrogation. Il n’est point douteux que les ictères qui-

noléiques mortels s’accompagnent de lésions très particulières, bien différentes à la vérité de celles que lon observe dans l’intoxication chloroformique ou phospho-

rée.

B. L'ICTÈRE DE LA PHÉNYLQUINOLÉINE N’EST-IL PAS SOUVENT D'ICTÈRE INFECTIEUX ?

Cet ensemble de constations cliniques et expérimentales nous donne à penser que l’ictère de la phénylquinoléine n’est point toujours un ictère toxique et que l’on peut renouveler à son sujet la discussion des ictères syphilo-thérapeutiques soulevée par l'emploi du salvarsan ou de ses dérivés.

1° S'agit-il d'ictères infectieux?

Nous venons de remarquer que les ictères graves pus bliés s’accompagnent 16 fois sur 49 d’atrophie jaune aiguë du foie. Il n’est pas sans intérêt de souligner qu’au moment où l’on rendait la phénylquinoléine responsable de ces ictères graves, une très curieuse épidémie d’ictère avec atrophie jaune aiguë du foie sévissait en Angleterre, au Danemark, et dans l’Europe Centrale. Voici ce que M. Chabrol écrit sur ce sujet dans le récent article qu’il

a consacré aux ictères infectieux (1): « Ehrstrôm a eu l’occasion d’observer, au cours de l’été 1927, une véritable épidémie d’ictère qui frappa simultanément 30 enfants

d’une même école. L’un d’eux succomba à l’atrophie

(1) Voir Bibliographie.

jaune aiguë du foie. » « Un cas mortel par atrophie jaune subaiguë est également relaté au cours d’une épidémie d’ictère infectieux par Erlitz et Norden. Il semble que les pays scandinaves aient payé dans ces dernières années un assez large tribut aux ictères infectieux et que l’on ait observé au cours de ces épidémies un plus grand nombre de cas d’atrophie jaune aiguë du foie que par le passé. Les lésions histologiques de la glande hépatique intéresseraient, d’après Erlitz, la périphérie du lobule. On observerait en ce point une nécrose cellulaire et une infiltration de cellules rondes. Par contre le centre du

lobule serait relativement indemne.

« De même, en Angleterre, dans les comtés de Midland et de l'Est, on a observé plus de 200 cas d’ictères épidé- ‘mique pendant l’hiver 1925. Plusieurs furent mortels. Ils permirent de constater que la dégénérescence graisseuse frappait spécialement la périphérie du lobule

« Des cas analogues ont été signalés en d’autres points d'Europe. La coexistence de formes bénignes et de formes graves est également signalée. Peretz dit avoir observé dans une même maison trois cas hénins et un cas terminé par la mort. L'évolution grave est observée surtout chez les femmes en état de gestation ou chez les jeunes enfants (Blunner). La forme mortelle affecte habituellement l'aspect du syndrome décrit par Frerichs sous

le nom d’ictère grave avec atrophie jaune aiguë du foie,

C’est dire que l’ictère tend à décroître dans la deuxième étape de la maladie, alors que surviennent les hémorragies, les accidents nerveux d'insuffisance hépatique, et l’hypothermie. »

N’est-on' pas frappé, en relisant cette description, des analogies qu’elle présente avec l’exposé que nous avons

donné des ictères graves de la phénylquinoléine ?

2 Ne peut-on rapporter les ictères de la phénylquinoléine à une action biotropique de ce médicament ?

A ce propos, nous rappelons les longues discussions qu’a soulevées la pathogénie des ictères arsénobenzoliques. On sait que, suivant l’ingénieuse théorie de M. Milian, le biotropisme a été invoqué pour expliquer ces ictères dont on a plaidé par ailleurs l’origine toxique ou syphilitique.

M. Sézary s’est fait tout particulièrement le champion de la conception biotropique de l’ictère arsénobenzolique. Il pense que l’apparition souvent tardive de la jaunisse s’accorde mal avec la théorie toxique.

Rien ne prouve non plus, dit-il, que les ictères arsénobenzoliques soient de nature syphilitique, car, comme l’a fait remarquer Fournier, l’ictère syphilitique secondaire n’a pas de symptomatologie qui lui soit propre.

Pour M. Sézary l’ictère du salvarsan ou de ses dérivés « n’est autre chose qu’un ictère catarrhal vulgaire dont l'apparition est favorisée par le traitement arsenical ».

S'il est vrai que l’ictère du salvarsan s'explique dans

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