WipaL, ABRAMI et BRULÉ. Presse médicale, 19 octobre
58 HÉMATIES DÉPLASMATISÉES. TECHNIQUE
globulaire des globules sortis de leur milieu vital, des hématies séparées du plasma.
C'est là d'ailleurs une recherche aussi facile que celle de la résistance globulaire du sang total, et on peut adopter une technique rapide,
Nous exposerons d'abord la technique que nous avons définitivement adoptée et nous verrons ensuite comment une série d'expériences nous permet dela justifier.
Le sang du malade à examiner est obtenu soit par piqûre du doigt, soit plus facilement par ponction de la veine, au pli du coude. Nous employons à cet effet de grosses aiguilles de 2 millimètres environ de diamètre, grâce auxquelles on peut recueillir de fortes quantités de sang, sans que la coagulation vienne obstruer l'aiguille. Si les veines sont petites et difficiles à découvrir il est plus facile d'employer une aiguille plus fine et d’aspirer le sañg dans une seringue en verre, contenant déjà un peu de liquide anticoagulant.
La quantité de sang nécessaire pour cette recherche est d’ailleurs minime : 10 centimètres cubes suffisent amplement.
Le sang est recueilli dans une solution anticoagulante et celle que nous employons généralement est ainsi composée : È
Oxalate de potasse........... 0 gr. 25 | NaGFE LT Re tree 7 0 gr. 80 / À — — 0,62 FO RSC Re ACER 100 gr. J
Il importe en effet, que cette solution soit rigoureusement isotonique au sérum normal, certains des malades étudiés ayant des globules sensibles à la moindre hypotonie.
Une faible quantité de cette solution suffit à empêcher la coagulation et on pourra en mettre dans le tube, environ la cinquième partie de la quantité de sang que l’on veut recueillir.
Les globules sont alors séparés du plasma par une cen-
trifugation prolongée ; ils se rassemblent au fond du tube en un culot plus ou moins volumineux, et c’est là que nous allons les aspirer sans qu'il soit même besoin de décanter le plasma surnageant : On plonge rapidement jusqu’au fond du tube une pipette effilée : si l’on a soin d’en obturer bien exactement l’orifice supérieur avec la pulpe de l'index, la couche de plasma est traversée sans que le liquide monte dans la pipette, et ce n’est que lorsqu'on est arrivé au fond du tube, en plein culot globulaire que l’on commencera à aspirer. On peut ainsi charger les pipeties d’hématies presque complètement séparées du plasma, et il suffit de laisser tomber une goutte de ces hématies dans chacan des petits tubes où les solutions salines ont été préparées.
Cette modification de technique, la recherche de la résistance globulaire non plus avec le sang total, mais avec les hématies isolées, nous a permis de mettre plus facilement en évidence la fragilité globulaire dans les ictères hémolytiques ; il semble que les hématies séparées de leur plasma soient plus sensibles à l’action des solutions . hypotoniques et hémolysent plus rapidement.
Nous avons essayé de pénétrer plus intimement ce phénomène et de rechercher comment la déplasmatisation peut augmenter la fragilité des globules.
Mode d'action de la déplasmatisation
Il nous fallait d'abord nous demander si des globules rouges, quels qu'ils soient, n'étaient pas fragilisés par le contact d’une solution anticoagulante telle que l'oxalate de potasse, si en un mot la diminution de résistance des globules, après déplasmatisation, était bien un phénomène propre aux processus hémolytiques.
Nous avons, avec MM. Widal et Abrami, recherché la résistance globulaire, de nombreux sujets non ictériques, soit d'individus sains, soit de malades divers (tuberculeux, emphysémateux,cardiaques,brightiques,etc.)
et nous avons toujours vu l'hémolyse apparaître au même taux, que nous employions le sang total ou les hématies déplasmatisées. Ainsi, si l’hémolyse initiale apparaissait à 0,46 avec le sang total, elle apparaissait aussi à 0,46 avec les globules déplasmatisés ; l’apparition de la teinte rose H2 se faisait aussi ‘dans des solutions d'égales teneurs, 0,42 par exemple. |
Dans tous les cas où l'ictère n’a pas comme cause un processus hémolytique, il en est de même que chez les sujets normaux la déplasmatisation ne peut faire apparaitre une fragilité globulaire Que la résistance, dans ces ictères hépatiques, soit normale ou augmentée, la courbe d'hémolyse reste toujours la même, soit avec le sang total. soit avec les hématies déplasmatisées.
La fragilité globulaire, après déplasmatisation, est donc bien propre aux ictères hémolytiques, mais quelle est la cause de ce phénomène ?
On peut se demander, tout d’abord, si la déplasmatisation ne permet pas tout simplement de juger plus exactement le début de l'hémolyse et d'apprécier dans les tubes centrifusés une teinte jaune très claire. En effet, lorsqu on effectue, chez un ictérique, la recherche de la résistance globulaire avec le sang total, tous ‘les tubes sont également teintés en jaune, indépendamment de l'hémolyse, par Ie sérum iclérique qui accompagne les globules. Gelte teinte jaune ne peut que devenir plus foncée lorsque l'hémolyse débute.
Au contraire, si on emploie les hématies déplasmatisées et surtout si on a eu soin de les débarrasser de toute trace de sérum, en lés lavant deux ou trois fois à l’eau, cette teinte jaune, liée au sérum ictérique, n'intervient plus et l’on peut plus facilement juger du début de l’hémolyse.
En réalité, la coloration ictérique des sérums, si foncée soit-elle, ne gène nullement pour la notation précise du début de l'hémolyse. Dans les ictères hépatiques, même
très accentuées, l'hémolyse se note toujours dans le même tube avec le sang total ou les hématies déplasmatisées. Il est vrai que chez ces malades, l’hémolyse se complète beaucoup plus rapidement que dans les ictères hémolytiques. En deux ou trois tubes, on passe de l'absence complète d’hémolyse à l'hémolyse intense, tandis que dans les ictères hémolytiques, l’hémolyse est beaucoup plus progressive et les teintes plus délicates.
Mais, même dans ces derniers cas, la coloration jaune due aux pigments n'apporte pas de cause d'erreur dans la notation précise du début de l'hémolyse. Il suffit pour s’en assurer, après avoir cffectué la recherche de la résistance globulaire d'une ictérique hémolytique avec les hématies déplasmatisées, d'ajouter dans chacun des tubes, où les teintes d'hémolyse sont déjà apparues, une ou deux gouttes de sérum ictérique: la coloration jaune, ainsi surajoutée, n'empêche nullement de noter la teinte jaune plus. foncée de l'hémolyse dans le même tube qu'auparavant.
Le liquide anticoagulant dans lequel nous recevons le sang pour séparer le plasma. ne peut-il pas traumatiser les globules rouges, les /ragiliser artificiellement ?
-L’oxalate de potasse que nous avons employé au début de nos recherches, modifie en effet profondément la composition sanguine : il précipite les sels de chaux du plasma et précisément MM. Vincent et Dopter (1) ont démontré ‘l’action antihémolytique du chlorure de calcium.
Nous avons donc vérifié, sien employant d’autres liquides, qui par des réactions variées arrivent au même but : empêcher la coagulation du sang, nous obtenions les mêmes résultats.
Nous avons séparé les globules de leur plasma par les principaux procédés connus, en ayant soin de ramener rigoureusement à l'isotonie du sérum les anticoagulants em-
ployés.