D PATHOGÉNIE. ROLE DU FOIE
D'ailleurs l'existence même d'ictères secondaires à des destructions globulaires n'est plus à démontrer ; depuis longtemps l'expérimentation a prouvé qu'il était facile de reproduire la jaunisse chez l'animal en recourant à des substances hémolysantes variées (inhalations d'hydrogène arsénié. ingestion de morille rouge, injections d’eau distillée, de toluylène-diamine, elc...). Seul le mode d'action de ces poisons hémolytiques et icltérigènes reste discutable.
Rôle du foie dans l’hémolyse Biligénie hémolytique locale
Depuis les expériences classiques de Stadelmann. Minkowski, Afanassiew, Naunyn, on admet que, lorsqu'on produit chez l'animal un ictère par destruction globulaire, Vhémoglobine mise en liberté donne naissance, en se trans: formant dans le foie, àdes quantitésanormales de pigments biliaires ; la bile, devenue pléiochromique, perd sa fluidité normaie et bientôt ne s'écoule plus que difficilement à travers les canaux biliaires intra-hépatiques ; en stagnant elle produit un véritable ictère par rétention relative ; il s'agirait donc là d’un véritable ictère hépatogène, d'un ictère par rélention intra-hépatique secondaire à la pléiochromie biliaire.
Cette explication toute mécanique de la jaunisse (1)ne nous semble pas concorder avecles faits cliniques et expérimentaux. La pléiochromie biliaire, si elle est incontestable, ne semble pas devoir créer un obstacle suffisant, à l’écoule. ment de la bile. Chez nos chiens intoxiqués par des doses massives de toluylène-diamine, la bile observée, immédiatement après la mort, se montrait hypercolorée, mais très fluide. /
r. Wipaz, AprAmr et Bruré. Arch. des maladies du cœur et du sang, avril 1908.
Bien plus, chez une de nos malades atteinte d’ictère hémolytique acquis, nous avons pu observer quotidiennement, les caractères de la bile. Cette malade, atteinte d'un ictere dont l’origine hémolytique avait été méconnue, avait été opérée comme lithiasique et portait à son entrée dans le service de M. Widal une fistule par laquelle s'écoulait chaque jour 5 à 600 grammes de bile. L’écoulement biliaire s’'effectuait de facon absolument normale ; la bile était remarquablement fluide.
Non seulement, d’après la théorie classique, les ictères par déglobulisation seraient dus à une véritable rétention biliaire intra-hépatique, secondaire à la pléiochromie biliaire, mais encore seul le foie pourrait intervenir pour donner cette pléiochromie.biliaire, seule la cellule hépatique serait capable de produire la transformation de l'hémoglobine en bilirubine. Une telle affirmation résulte des expériences de Naunyn, de Minkowski : normalement l'ictère apparait rapidement chez la poule ou le canard après inhalation d'hydrogène arsénié ; mais si on répète la même expérience après ligature de la veine porte, après exlirpalion ou destruction du foie l'ictère n'apparait plus pendant la survie, loujours très courte, de l'animal.
À l'encontre de ces expériences, bien brutales pour permettre de préjuger exactement de ce qui se passe en clinique, il semble démontré actuellement que la transformation de l’hémoglobine en bilirubine peut se faire indépendamment de toute intervention directe de la cellule hépatique.
. Au niveau des ecchymoses, dans les foyers hémorragiques anciens, Langhans et Quincke ont trouvé la bilirubine ; Sabrazès ct Muratet ont noté la présence d’urobiline dans le liquide céphalo-rachidien de l'hémorragie cérébrale ; M. Froin (1) a montré que la transformation de
1. FRoN. — Gaz . des Hôpitaux, 18 janv. 1906: Soc. de Biologe, 6 janv. 1906 ; Gàz. des Hôpitaux, 12 nov. 1907.
l’'hémoglobine en pigments biliaires s'effectue également dans les épanchements hémorragiques des méninges et de la plèvre (1).
Dès lé début de nos recherches sur les ictères hémolytiques nous avons pensé avec MM. Widal et Abrami qu'une telle biligénie extra-hépatique devait s'observer au cours de ces jaunisses si particulières. Cette hypothèse, que nous émettions, nous semblait pouvoir expliquer les caractères si spéciaux de ces ictères d’origine sanguine, caractères qui ne se retrouvent dans aucune variété d’ictère par rétention, Nous avons montré, en effet, que ni au point de vue clinique ni au point de vue hématologique on n’observait dans l’ictère hémolytique aucun symptôme en rapport avec la rétention biliaire, c'est-à-dire la rétention, non pas seulement des pigments, mais des autres matériaux de la bile eten particulier des sels biliaires ; cliniquement et malgré la longue durée de la maladie, on n’observe jamais aucun de ces symptômes d'intoxication qui semblent surtout dus au passage dans le sang de sels biliaires : le prurit, la bradycardie, l'amaigrissement ; on ne trouve jamais d'acides biliaires dans le sang ou dans les urines. L'examen hématologique, d'autre part, ne nous montre aucun de ces caractères que MM. Rist et Riba:lcau- Dumas considèrent comme une accoutumance à l'in!oxication par le taurocholate de soude : augmentation de la résistance globulaire, augmentation du diametre des hémalies.
Tout se passe donc chez ces malades comme si les pigments seuls imprégnaient l'organisme,sans intervention aucune des autres principes de la bile, comme s'il s'agis-
1. Depuis nos premières publications de nombreux cas de biligénie hémolytique locale ont été publiés :
GuizLaiN et Troisier. — Semaine médic.,24 mars 1909 ; Revue de Médecine, 1909, p.467. — WipaLz et JocrrAIN. — Soc. de Biologie, 5 juin 1909.— WipaL et R. BÉNarD.— Soc. de Biologie,12 juin 1909. — CASTAIGNE et WeiLz.— Soc. de Biologie, 19 juin, 1909.
—J. Trorsrer. — Soc. de Biologie, 3 juillet 1909. — GUILLAIN et . Troisier. — Soc. de Biologie, 6 novembre 1909.
138 CAUSES DE LA DESTRUCTION GLOBULAIRE RÉ RNA nm Re eee Sr ee sait chez eux d’une cholémie purement pigmentaire. Ge fait nous paraît très difficile à comprendre si l’on admet que l'ictère est d'origine hépatique el provient d’un reflux de la bile totale au niveau des canaux biliaires ; il s'explique au contraire aisément si l'on pense que l’ictère prend naissance en dehors du foie, par un processus auquel ne participe pasla cellule hépatique. <