ANÉMIE
A l'examen du sang d’un iclère hémolytique il est un premier symptôme qui frappe tout d’abord : la diminution du nombre des hématies, l'anémie. M: Chauffard à insisté sur la présence de cette hypoglobulie au cours de l'ictère congénital ; nous avons, avec MM. Widal et Abrami, montré que cette anémie présentait des caractères très particuliers, surtout facile à mettre en évidence dans les ictères
acquis.
38 HÉMATOLOGIE. ANÉMIE
Cliniquement, il était déjà possible de soupçonner l’hypoglobulie : la décoloration des téguments et des muqueuses, l’essoufflement rapide, les palpitations, les souffles vasculaires et extra-cardiaques, les troubles menstruels, les œdèmes fugaces, sont autant de symptômes qui en découlent et incitent à pratiquer l'examen hématologique.
La numération globulaire permet de préciser exactement le degré de cette anémie.
Son intensité est extrêmement variable et selon les sujets et selon les périodes de la maladie. Mais, qu'elle soit moyenne ou très accentuée, sa consl{ance même au Cours de l'ictère hémolytique est déjà un fait remarquable. Il est rare en effet de voir dans les ictères non hémolytiques le nombre des hématies sensiblement abaissé. Dans l'ictère calarrhal particulièrement il est frappant de voir que, malgré la présence en abondance dans le sang de sels et d’acides biliaires, corps fortement hémolytiques tn vitro, le nombre des globules rouges reste normal. MM. Vaquez et Ribierre, puis MM. Rist et Ribadeau-Dumas, ont insisté depuis longtemps sur des faits qu'ils attribuent à une réacton de défense de l’organisme : nous-même, dans la majorité des ictères que nous avons pu examiner, avons trouvé le. chiffre des hématies normal ou même supérieur à la moyenne.
Ce nest pas à dire cependant que tout ictère accompagné d’anémie doive être considéré comme un ictère hémolytique. C’est ainsi qu'au cours des ictères survenant chez des malades déjà profondément débilités, au cours, par exemple, des ictères chroniques qui accompagnent les cirrhoses du foie, nous avons pu souvent observer une anémie accentuée : cependant l'absence de fragilité globulaire montrait bien que ces malades n'étaient pas atteints d'ictère d’origine sanguine.
L'anémie observée au cours des ictères hémolytiques, anémie constante quoique d'intensité variable, différencie donc déjà cette affection d’un grand nombre d’ictères hépa-
À VARIATIONS DE L’ANÉMIE 39 RC ARR ER RE TER Ro ARR RER tiques. Mais ce qui, bien plus encore que l'intensité de l’hypoglobulie, permet d'en soupçonner l'importance pathogénique c'est son évolution parallèle à celle de la jaunisse. C'est au cours des ictères acquis qu’il est le plus facile de mettre en évidence les rapports étroits qui relient l'anémie aux autres symptômes morbides : l'augmentation brusque de l’hypoglobulie lors des périodes d’aggravation de la maladie, sa diminution qui coïncide avec l’amélioration clinique, sa disparition graduelle lors de la guérison, montrent bien l'importance de la lésion sanguine au cours de cas sévères.
Crises de déglobulisation
Nous avons déjà signalé cliniquement la fréquence au Cours des ictères hémolytiques acquis de brusques périodes d’aggravations pendant lesquelles tous les symptômes s’exagéraient en quelques heures : c’est en étudiant les variations de la formule sanguine pendant ces crises que l’on peut surtout mettre en évidence l’évolution parallèle de l’anémie et de l'ictère.
Chez V..., par exemple, unc des malades que nous avons pu observer avec MM. Widal et Abrami et qui était atteinte d’ictère hémolytique acquis, la numération globulaire pratiquée le 19 mai accusait 2.600.000 globules rouges ; Pictère était alors d'intensité moyenne, la rate peu douloureuse était percutable sur 18 centimètres de hauteur. Bruüusquement, le 30 mai, sans raison appréciable l'état de la malade s’aggrava : Pictère a considérablement augmenté, la rate est très douloureuse et percutable sur 21 centimètres, la malade se sent très faible, se plaint d’essoufflement, de céphalée ; l'examen du sang, pratiqué à nouveau, montre que le chiffre des hématies s’est abaissé en quelques jours à 850.000, véritable chiffre d’anémie pernicieuse. Peu de jours après l’ictère diminuait de nouveau, la splénomégalie rétrocédait, l’état général devenait meilleur eten même temps la formule hématique accusait une rénovation sanguine manifeste : le 8 juin, le nombre des globules était de 1.360.000.
40 VABIATIONS DE L'ANÉMIE FAP ed SA ON UT SEE EP ER nee UP
L'amélioration clinique s’accusa peu à peu tandis que le chiffre des hématies suivait une courbe ascendante : le 14 juin il atteint 2.640.000, le 3 juillet 3.189.000 et s’immobilise pendant de longs mois autour de ce nombre. Mais l'équilibre hématique est encore bien instable : il suffit de la moindre fatigue pour que, en quelques heures, on voie l’ictère augmenter, le nombre des globules rouges diminuer brusquement,tomber par exemple de 3.210.000 (3 août), à 2.670.000 (19 août). Ce n’est que très lentement que le taux des hématies revient à la normale, atteignant 3.900.000 le 13 novembre, 5.260.000 Le 16 janvier, tandis que l’ictère ne persiste plus que très léger.
Chez G... nous voyons aussi avec netteté lictère évoluer parallèlement à l’anémie.
Entrée le 21 juin dans le service de M. Widal avec 1.800.000 globules rouges, nous la voyons lentement s’améliorer ; l’ictère diminue d'intensité tandis que le chiffre des héma- Fe augmente progressivement pour atteindre 2.800.000 le 16 juillet, 3.600.000 le 29 août. Mais malgré le repos absolu qu’elle garde à l'hôpital cette lente amélioration est entrecoupée de brusques crises de déglobulisation ; ainsi le nombre des globules rouges tombe de 2.410.000 (7 juillet) à 4.950.000 (8 juillet), tandis que l’ictère et la splénomégalie augmentent. Bien plus intense se montre encore la déglobulisation lorsque, à plusieurs reprises, la malade veut quitter l'hôpital pour reprendre une vie fatigante : elle sort, par exemple, de Cochin le 29 août très améliorée : l’ictère, autrefois intense, n’est plus que du subictère, la rate, qui débordait largement les fausses côtes, n’est plus Hétéutable que sur quatre travers de doigts, le chiffre des globules rouges atteint 3.600.000.
À la suite de fatigues et de privations la malade est ramenée à l'hôpital le 6 novembre dans un état grave: l’ictère est de nouveau intense, la rate volumineuse, le nombre des globules rouges n’est plus que de 1.800.000. Le chiffre globulaire va d’ailleurs remonter encore une fois lentement, lorsque la malade est remise au repos ; parallèlement l'ictère et la splénomégalie rétrocéderont.
Ces deux exemples démontrent à l'évidence les rapports étroits qui, au cours des ictères hémolytiques, unissent la