‹ Les Idées Coloniales des PhysiocratesChapitre 19 sur 34 · IL -- L'ACTION · texte numérisé non relu

IL -- L'ACTION

DANS LE ROYAUME 1) Turgot

Furgot ‘fut nonuné secrétaire diBtat à la :marine le 20 ‘juillet 1774. Son passage au ministère ful:de ecurte durée : ‘il :y resta cinq semaines.

Néanméins, pendant ee ‘temps, il me fut pas inactif.

«:L'espérance publique put remarquer iles ilumières, iles grandes vues, tlesiimportatits iprojets:d’anélioralion ét:de réformes qui étaientile résultat:de son esprit juste, de sestpréfondes recherches sur touitesilesibranches du gouvernement ete son amour aetif pourtla;patrie »:(66).

I:prétendaitquil ne savait:paæs la:nrarine,/néan- Hnoins on sapercevaitde:scsivasles Connaissances sur ‘histoire et les théorieside:la navigation :}le public d'élite fut très heureuxde:l'arrivée:de lurgot:au ministère dela marine, çar on connaissait sa répula- {tion d’€ honnête:homme ».

Voici ce que disait l'abbé Raudeau dans son

rjournal :

«J'ai sappristhier:soir:ume exeellente; nouvelle.

(66) Dupont de Nemours (Turgot) .1808,, in-8°.,p.;11.

Le Boynes est chassé de la marine, il a pour successeur le bon Turgot. Turgot est plein de probité. Ses principes sont excellents, et sa droiture inflexible. I fera sûrement beaucoup de bien. » Il ajoute cependant : « il est un peu musard et aurait besoin de subalternes très expéditifs. » |

L'arrivée de Turgot à la marine fut peut-être un désappointement pour Baudeau.

Le public instruit et bien intentionné murmure de voir le « bon » Turgot à la marine, on espérait le voir aux finances : la crainte que l'abbé n’y reste fait trembler tout le monde. Condorcet se réjouit sans réserves : [l'écrit à Voltaire : Vous savez sans doute la nomination de M. Turgot, « il ne pouvait rien arriver de plus heureux à la France et à la raison humaine ; jamais il n'est entré dans un conseil de monarque d'homme qui réunit à ce point la

vertu, le courage et le désintéressement. »

M. de Bory, parlant de Turgot ministre de la marine, le nomme un ministre d'une probité rigide.

Condorcet disait de lui qu'il savait très bien la géographie, comme marin, comme négociant, comme politique, comme naturaliste. Il avait étudié les théories de la manœuvre.

Les ouvriers de Brest, qui travaillaient au port, ne touchaient pas leur paie. Turgot leur fit obtenir ce qu'ils demandaient.

La construction navale était plus chère en France qu'en Angleterre, Turgot avait l'intention de faire construire des vaisseaux en Suède « d’après des directives françaises ».

« [l ne voulait ordonner de constructions dans nos ports que ce qu'il en faudrait pour en conserver la science et l'habitude, pour ne jamais manquer d'ouvriers capables et expérimentés. Il croyait utile de faire construire les autres sur les chantiers suédois, »

Turgot souhaitait que les colonies puissent arriver à la plus grande prospérité posisble et cette prospérité exigeait qu'elles jouissent de la liberté du commerce. « Il était convaincu que l’augmentation des cultures et des richesses qui résulteraient pour elles d’un tel régime procurait plus d'emplois aux capitaux, aux services et à la navigation des négociants de nos ports, pour la part qu'ils prendraient toujours nécessairement et naturellement au commerce de nos colonies, que ne peut leur en donner aujourd'hui le privilège exclusif de ce commerce restreint par l’état de langueur où ces colonies sont maintenues. »

Il redoutait une guerre maritime avec l’Angleterre. La question de l’Inde était pour lui « le nœud de la question coloniale ». Aussi avait-il tout un plan pour l’aménagement des isles de France et de Bourbon qui seraient devenues des ports francs ouverts à toutes les nations ; on y aurait attiré des colonies indiennes et chinoises.

Dupont de Nemours nous dit que Turgot avait désigné celui qui devait diriger dans cette isle les établissements et les institutions qu'il y crovait nécessaires. On a tout lieu de croire que c'était Bernardin de Saint-Pierre qui devait être désigné : il avait

publié en 19573 « ün voyage à l’isle de France » et il élait devenu l’aimi de Condorcet. La réponse aux amis du naturaliste se trouve dans un fragnrent de lettre dalée de Compiègne. « Je ne crois pas trop possible ce qué me propose M. de Saint-Pierre, dit Furgol, mais je songerai sûrement à l'employer »

Turgot fut nommé contrôler général et ne put noninrier céfti qu'il avait désigné pour ce poste important.

Düpont regrette que Turgot ne soit pas resté plus longfénips au ministère de là marine ; « car cé posté foins ofageux, imoins sujet que celui des finañcés aux influences de Paris et de la éour, ne l'éx posait pas attt mênies revers. »

Les atteintes &u pacte

L'intention de Turgot était d'émanciper simullänériient nos ports et nos colonies : Îl permet aux ñégociatits de Rochefort de faire directernent par le port de cette ville le commerce des îles et colonies frahiçaises de l'Aitiérique. Il accorda la même liberté à Saint-Brieuc, ét Portérieux.

Par l'arrêt en Conseil d'Etat du 14 mars 1976, leS Cottihierçants des ports de mer de Saint-Brieuc et Portérieux purent faire directement lé commerce des îles ét tolonies fratitaisés de l'Amérique.

« Vu la requête des négociants dés dits ports dé Saint-Brieuc et Portérieux, les lettres patentes du inmois d'avril, et les observations des fermiers géhéraux, sur lé rapport du sieur Turgot, le roi étant en sh Conseil,

(A permis ét permet aux négociants des ports

— ITQ, —

de, St-Brieuc et, Portérieux de faire directement, par les dits ports le commerce des toiles dites de Bretagne.el, celui des îles et colonies françaises de l’An.érique, veut en conséquence Sa Majesté qu'ils jouissent du, privilège de l’entrepôt et des autres privilèges et exemptions portées par les lettres patentes du mois d'avril 1717 ainsi qu'en jouissent ou doiveni jouir les négociants des ports admis à ce commerce aux conditions de se conformer aux autres dispositions des dites lettres patentes et règlements depuis intervenus. »

Depuis longtemps les habitants de Saint- Brieuc demandaient la permission de pouvoir commercer directement avec-les colonies : Ils invoquaient comme argument en leur faveur que le port élait vaste et que dans les environs on trouvait du blé 4 bonne qualité.

« l'impuissance de faire dans Les dits ports le commerce des colonies empêche les négociants de se procurer de nouveaux débouchés, de faciliter la a d'accroître la production du pays, el d'augmenter le nombre des gens de mer forcés pour faire le commerce de s adresser aux ports qui ont le privilège de l entrepôt.

Un arrêt du Conseil d'Etat 22 décembre 1775 permet aux négociants de Rochefort de faire le commere ayec es iles à l'Amérique : On faisait valoir la situation privilégiée de Rochefort : l'Ancien Régime ne conCeyail [a liberté que sous forme de privilèges. Tous les ports n'étaient pas libres de trafiquer avec les colonies.

Rochefort, par sa siluation à l'embouchure de la Charente, au débouché naturel de toutes les denrées de la Saintonge et de l’Angoumois, et à la tête de la seule route susceptible d'ouvrir à plusieurs points du Périgord et du Poitou une communication avec la mer et avec l'étranger, se trouvait être apte à ce commerce exotique. La Charente, avec ses eauxde-vie, ses fers, pouvait offrir une exportation nombreuse. C’est ce moment que lon entreprenait des travaux pour rendre la Charente navigable jusqu'à Civray : Le port marchand ne pouvait que développer le port militaire. Toutes ces raisons faisaient que Turgot s'était rallié à la cause des habitants de Rochefort, malgré les protestations de ceux de La Rochelle.

« La liberté de commercer directement avec les colonies par le port de Rochefort, en donnant au commerce extérieur plus d'étendue et d'activité, sera d'autant plus utile à l'Etat qu'elle développera davantage les richesses naturelles de cette partie considérable du royaume.

Sa majesté ayant ainsi reconnu que la permission demandée, dont l'objet si intéressant pour les habitants de Rochefort et de toutes les provinces situées sur le cours de la Charente, ne peut être qu'avantageuse au service de la marine royale, elle a jugé qu'il était de sa justice d’avoir égard à ces représentations. »

Turgot était depuis longtemps favorable à l’extension de la liberté du commerce des colonies ; étant intendant à Limoges il envisageait déjà les avanta-

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