‹ Les Idées Coloniales des PhysiocratesChapitre 20 sur 34 · A PS · texte numérisé non relu

A PS

ges que procurerait la liberté du commerce des colonies à la province qui lui était confiée : Il s’efforçait d'améliorer la navigation de la. Charente. audessous d'Angoulême, et de rendre cette rivière navigable.

Voici ce qu'il écrivait au maire de Rochefort : « Avant de quitter Paris, j'ai eu l'honneur de parler à M. de Boynes. Il m'avait paru aussi disposé qu’on pourrait le désirer et persuadé ainsi que moi que cette demande ne pouvait souffrir aucune difficulté. Je vois par votre lettre qu'on vous oppose l'intérêt prétendu de la ville de La Rochelle et des fermiers généraux. » (67)

Dans une lettre adressée à M. le contrôleur général, Turgot expose lumineusement son avis sur la liberté du commerce avec les colonies « les vrais principes du commerce auraient dû sans doute a&ssurer à tous les ports et à toutes les provinces, à tous les lieux et à tous les particuliers du royaume la libre jouissance des avantages que la nature leur a donnés. Car la liberté, la concurrence universelle, l’activité qui en résultent peuvent seules établir entre toutes les parties et tous les membres d’un Etat la proportion la plus juste et l’équilibre.le plus favorable à la plus grande richesse du tout. » (68)

(67) « Je crois cet intérêt ‘très léger s'il est réel. mais quand il serait beaucoup plus grand ce ne serait pas assurément une raison pour priver toutes les provinces à portée de la Charente dé leur débouché naturel. » (lettre au maire de Rochefort). Limoges 17 j. 1772.

(68) Quant à l'intérêt prétendu des habitants de la Ro- - chelle il mérite peu de considération®: qu'importe à l'Etat que le Commerce soit fait par telle ou telle ville ? Ce qui lui im-

— 12% — La Compagnie. des Indes.

Lorsque Turgot devint contrôleur général, il trouva les actionnaires de lancienne Compagnie inscrits pour une somme de 5.500.000 ; il respecta les engagements pris par l'Etat au moment de la liquidation ; Néanmoins. il y avait encore en France des partisans, des Compagnies à monopole.

Turgot montra au roi un état de comparaison de plusieurs vaisseaux qui venaient de Chine, expédiés par des particuliers, avec une même quantité envoyée par notre ancienne Compagnie des Indes : De l'exposé de Turgot, il ressort que la vente faite par les particuliers est bien plus avantageuse que celle que pourrait faire une compagnie. Les retours sont plus prompts, les marchandises vendues à un prix plus modéré.

Turgot demandait au roi que le commerce soit libre aux particuliers, qu'il ne soit accordé aucun privilège.

À celle époque, le ministre de la marine était Sartines, peu favorable aux idées nouvelles. Une partie de l'opinion soutenait Turgot. En janvier 1775 les directeurs de la province de Guienne demandaient à Turgot que les bateaux partant de Bordeaux pour le commerce de l'inde ne fussent pas contraints de faire retour à Lorient.

porte c'est qu'il soil fait aux moindres frais possibes, que les sujets de PEltat aient le débit le plus avantageux de leurs denrées et qu'ils aient le plus grand choix entre les acheteurs, qu'ils se procurent les objets de leur jouissance au meilleur

marché qu'il est possible (lettre au Contrôleur Général). 7 j. 1792; |

On réclamait aussi la swppression des entrepôts des cafés qui venaient des colonies.

Néammoins l'action libérale de Turgot était violemment combattue. Le maïre de Lorient « montrait que le commerce de linde ne doit pas être assimilé

aux autres, que les principes sont différent et que:

l'on me peut pas mettre en parallèle les opérations suivies el combinées d'une compagnie, qui avait le privilège exelusif pour Fe dit commerce, avec celui des divers armateurs ne pouvant avoir entre eux aucun accord sur leurs expéditions, que Fexpérience confirme tous les jours l'erreur où lon est tombé en détruisant Fa Compagnie ».

On parlaït, en 1775, de Hibérer les nègres. Turgot devait avoir une part très grande dans ce mouvement antiesclavagiste. C'est son ami Condorcet qui devait plus tard fonder la société en faveur de Fabolition de l'esclavage.

Emus par le mouvement que soulevait Turgot, connaissant les idées arriérées de Sartines, les directeurs du Commerce de Guinée s’adressèrent à Jui.

Sartines avait assuré que l’on attribuerait une gralification de quinze livres par tête de noir importé d'Afrique.

Politique de Turgot vis-à-vis des Colonies américaines

Dans son mémoire au roi sur l'indépendance des colonies américaines, Turgot envisage l'attitude que doit prendre la France dans ce conflit.

Il préconise la politique d'expectative,

Il conseillait d'observer avec attention les préparalifs de l'Angleterre, tout en respectant la neutralité et en évitant ce qui laisserait supposer que nous y eussions un représentant.

« Nul doute que les intérêts étant communs entre la France et l'Espagne, la confiance ne doive être entière, disait-il, et les mesures prises, de concert avec les Espagnols contre les Anglais ». (68 bis)

Mais il faut craindre que l'Angleterre n'ait dans les bureaux des ministres espagnols des intelligences donnant des secrets importants.

Le projet hostile concerté en 1766 entre les deux ministres de France et d'Espagne fut dévoilé : Une entreprise contre Minorque ou Gibraltar ne devrait être confiée qu'au roi d'Espagne et M. de Grimaldi.

Turgot fait judicieusement remarquer qu'il y a une saison pendant laquelle nous devons redoubler d'attention : l'Angleterre sait qu'à ce moment-là nos matelots sont occupés à la pêche, que nos vaisseaux sont utilisés par le Commerce d'Amérique. L'Angleterre pourrait nous attaquer à l'improviste.

Ensuite c'est pour l'Angleterre que la situation devient inquiétante. Ses matelots vont porter leurs cargaisons en [talie, en Espagne, au Portugal « si l'Angleterre se proposait de surprendre nos colonies elle différerait assez l'exécution de son dessein pour que nous n'en fussions avertis qu'après le départ de nos vaisseaux pêcheurs pour Terre-Neuve.

M. Turgot manifeste son opinion contre la

guerre el à celte époque, le roi, les ministres avaient

(68 bis) Turgot (mémoire au roi) p. 573.

tentes

l'intention de la faire. L’exposé de nos finances, qu’il avait fait, montrait que le moment était critique : Il fallait éviter les occasions susceptibles d'amener la guerre.

La politique conseillée par Turgot était celle de l’expectative.

I fallait rejeter toute idée d'agression, comme ruineuse pour nos finances, d’autre part, la guerre amènerait une réconciliation de l'Angleterre et de ses colonies.

Que fallait-il faire ?-

1) Faciliter aux insurgés les moyens de se procurer, par la voie du commerce, des munitions, de l’argent sans rompre la neutralité.

2) Observer ce qui peut nous avertir des approches du danger.

3) Rétablir nos forces maritimes, réparer nos vaisseaux, nous mettre en état d’armer promplement s’il le fallait. Dans le cas où tout se disposerait pour une guerre, il faudrait rassembler des troupes sur les côtes de l'océan et ainsi l'Angleterre serait obligée de concentrer ses forces.

Dans ce mémoire un des meilleurs exposés sur la question coloniale de cette époque, nous pouvons apprécier la clairvoyance, la perspicacité, la profondeur des connaissances coloniales de Turgot.

Après la lecture de ce mémoire au conseil, le -roi se rallia à son opinion.

2. La lutte contre le pacte colonial Le gouvernement prit une énergique décision, il rompt avec une tradition, datant de plus d’un

siècle et demi, et le privilège de la (Compagmie ‘des Indes fut suspendu : ainsi tous les sujéts pouvaient faire de ‘Commerce des Indes : En 1770, le privilège de la Compagnie fut aboli.

Les idées des Physiocrates itriornrphaient. Cette liberté commerciale était demandée ‘depwis bien Jongtemps. 41 y avait encore des emtraves : les impôts, les proliibitions.

L'arrêt du 30 août 1784 futrun pas plus:en-avant dans la voie des réformes libérales.

D'après la conception mercañitile de la ‘colonisation, les ‘colonies tlevaient donner à la métropole leur travail ‘et leurs denrées Mais ‘les ‘colonies vont devenir fortes et:plus puissantes.

‘Deux ‘entrepôts vont être ouverts aux denrées étrangères au môle Saint-Nicolas (Saint: Domingue) et à Sainte-Lucie ; Louis XVI par:l'arrêt-du 80 août ‘1784, vaspermettre aux étrangers de commercer avec nos colontes. Cette mesure fut'inspirée rpar'les doctrines ‘éconorhiques libérales :des :Physiocrates :

D'ailleurs le :eommeree de a :métrépele rne va pas souffrir de cette nouvelle;pelilique-commrerciale.

«Les Etats de:l'Europe saceroissent la srichesse territoriale de nos colonies par: la consomunation des denrées des îles. »

Le lrailé de Commerce de 1786

avec l'Angleterre

Le traité de Comnreérce.avec l'Angleterre est en grande partie Fœuvre de Dupont de Nemours. En 752, Vergennes pensait ‘à :mos intérêts commer-

Le 127 LEE

‘cia'ûX : Düpont lui envoya ün pamphlet ‘dans Iéquel doyen ‘de ‘Glôcester, Jôsis Tucker, éméttait l’opi- BIO ‘qu'un pays ‘le peut pas ‘vardér longterps ‘ses DossessiOhs d'ôutrémér S'il ‘lés ‘oblige à ‘h'accepter dahs ‘Téürs orts tie les vaïsséaux de Fa métropôle : Josas Tucker prenait comme exemple ce qui ‘s'était passé aux Etats-Unis. Düpôünt $e Sérvit de ‘ce pamphlét tpôtir ‘Môntrer qu'il $eraît ihtéressdht d'ouvrir ‘les tpôrts de nos ‘éclonies'à l’Anglétérre.

Le ministre 'lüi répondit «'qu'üh ne pouvait he d'agtiér'à la Hiberté'coriplète » 'Hidis tant ‘qu'il Y ‘aufait ‘üh ‘niünôüpole, ée Sérait $e ‘rendre ‘fribütaire Ues autres que de Se ‘passér de 'ce ‘qu'on à.

Quelques mois plus tard, Dupont sollicitait à nouveau Vergennes, le priant d'étudier de très près Ja question.

« Je veux parler de la liberté du commerce de nos îles du Vent et sous le Vent peut-être aussi de Cayenne : en l’accordant aux Anglais, nous donne- ‘rons à leur ministère une arme contre les clabauda- ‘dés Ue l'épposilion, ‘puisqu'il préséntéra que s’il perd ‘une partie du coihrérce de l'Amérique Séptentrionale, ‘'conipénse célte'pérte par un éornihéfée nouvéau.

“« Lés iurmurés de nos’ négociants séraienit le séul

obstacle, mais les ‘niurmures Séraient ‘sâns fonde- ‘inent ‘dans le ‘momént où vous leur assuréréz, en ‘cotnpénéätion, ‘une part immense âu commerce le J'Amérique $épténtrionale et vraisémblablemént !la ‘rénaissance du'commiéree’ de la Môfrue pâr Un nouveau partage de Terre-Neuve et par la restitution de

Louisbourg et de l’île royale en tout ou en partie : la liberté est encore un moyen de nous assurer pour jamais la propriété de ces colonies car si les Anglais y jouissaient du commerce, ils n'auraient aucune raison de les attaquer ni d’en désirer la souverainelé. »

Voici la réponse de Vergennes :

« Votre prévoyance s'arrête à donner aux Anylais la liberté du commerce dans nos colonies ; je ne prétends point décider de cette question si souvent débattue : toute concession exigeant la réciprocité, vous pouvez être assuré que l'Anglais accepterait [a faveur et ne l’attendrait point » (69).

La correspondance entre Vergennes et Dupont de Nemours amena une modification dans notre système douanier : I semble que Dupont ait exercé une action très vive sur le ministre : en effet des ouvertures vont être faites au cabinet de Londres, d'sj;rès les indications de l'Economiste.

Si l'on ne donne pas la liberté du commerce avec les colonies, les droits sur les vins furent abaissés, en échange on leva des prohibitions qui s’opposaient en France à l'entrée des quincailleries et merceries anglaises. En 17978, la guerre existait entre la France et l'Angleterre, l'admission des neutres dans les colonies était nécessaire, car les colonies étaient ‘ncapabies de se ravitailler : Quinze jours après avoir pris la décision d'admettre les étrangers, les ports des colonies furent refermés aux neutres : Nos flot-

(69) Lettre de Vergennes à Dupont, 18 j. 1782.

tes tombèrent au pouvoir des ennemis ; la situation des colonies fut très misérable : Aussi le ministre changea ses plans de campagne : On décida de se servir de vaisseaux neutres. À ce moment-là, les prix de tous les objets baissèrent, les trésors de l'Etat furent soulagés.

Lorsque la paix fut signée en 1783, le ministère ordonna de ne plus recevoir de vaisseaux étrangers dans les colonies et d'exercer toute la sévérité des lois prohibitives.

Voici les résultats produits par la prohibition à Saint-Domingue :

Le prix de la morue qui était de 24 à 30 livres le quintal monta jusqu’à 132. Le riz et les bois furent également portés à des prix excessifs.

C'est à ce moment que parut l'arrêt du 30 août 1784. On devait pourvoir à la subsistance et à la conservation des esclaves.

Il était temps, la famine s'était déjà fait sentir au milieu des premiers beaux jours de la paix ; quelques articles de cet arrêt ont semblé se ressentir encore de l'esprit des anciennes lois prohibitives, puisqu'il ne permet point l'introduction de la farine, ni celle des esclaves.

Voici l’opinion de Dupont de Nemours sur l’arrêt du 30 octobre 1784.

__ « Après la paix de 1783, le gouvernement prit une nouvelle mesure en faveur des colonies, il la prit trop faible en un sens, trop forte dans un autre, il la combina mal ; elle éprouva la plus grande résistance de la part du commerce français ; elle n’eut point

d'effets funestes ; cette mesure était l'établissement de ports francs, ordonné par l'arrêt du 30 août 1784; arrêt vicieux en ce qu'il ouvrait les ports francs à toutes les nations, arrêt illusoire en ce qu'il prétendait régler la nature des importations et des exportations dans ces ports francs, arrêt inutile en ce qu'il augmentait les moyens de subsistance des colonies ». (70).

Dans les conseils du roi, on a hésité longtemps entre les idées de Montesquieu et celles de Quesnay. Ce sont celles de ce dernier qui l'ont emporté. On créa des ports francs à Sainte-Lucie, au Carénage ; la Guyane bénéficia d'un régime plus libéral : comme le commerce n'y était pas trop florissant, en 1768, le port de Cayenne fut ouvert à tous les pavillons et à toutes les marchandises.

Des mesures destinées à rapprocher les colonies de la mère-patrie vont être prises et en juillet 1763 on créa une ligne de bateaux entre Rochefort et les colonies d'Amérique.

Ces réformes vont servir de transition entre l’esclusivisme et le libre échange : elles ne firent qu'accroitre la prospérité des colonies.

C'est à cette époque que l'excellente politique physiocratique ‘de Poivre stimulait la prospérité de l'île de France : Peut-être Choiseul songeait-il à donner la liberté complète des colonies avec tous les ports de France : Sa disgrâce ne lui permit pas de réaliser ses projets :

Si les étrangers ne pouvaient encore commer-

(70) Dupont (lettres et mémoires). p. 12.

cer librement avec les colonies, la création de ports francs, la liberté du commerce des Indes étaient une atteinte aux principes du pacte colonial ; Montesquieu Îui-même ne disait-il pas : « C’est la concurrence qui met un juste prix aux marchandises et qui établit les vrais rapports entre elles. »

Les Physiocrates contribuèrent beaucoup à ré- ‘pandre ces idées libérales. (51).

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