IL. — AUX COLONIES
ele bailli de Mirabeau
Mirabeau, alors qu'il ne portait encore que le titre de chevalier, s'installa à la Guadeloupe en décembre 1753. C'était le frère du marquis et le père du tribun.
La désolation et la famine qui persistaient n’influaient aucunement sur les affaires des propriétaires de sucreries ; car ces derniers vendaient leurs denrées au dehors et pratiquaient la contrebande.
Ils achetaient tous des esclaves. En 1743, pour 8.000 blancs libres, ïl y avait 33.775 esclaves ; en 1760 le commerce de la traite va s’intensifier, de nombreux nègres vont arriver et les négriers feront fortune.
Il y a un gouverneur général des isies du Vent, néanmoins les occupations du gouverneur sont très importantes : « Je suis ici, disait le baïlli, Michel Morin, non seulement commandant, mais demi-évêéque, à demi intendant, à demi président, et même entièrement ». [l savait combien était délicate la fonction qu'il occupait, quelles étaient ses responsabilités.
Voici ce qu’il écrit à son frère :
ee 142 2e
« Le jour de ma réception, j'étais instruit par le travail assidu que j'avais vu faire un mois durant au gouvernement général ; lorsque je vis cette bizarre foule d'hommes de toutes couleurs, attirée par la curiosité, me suivre à la porte de l'Eglise, où le préfel apostolique m'arrêla pour me haranguer et me dési gner par dés louanges, j'avoue que je fus consterné. Ma prière fut de me préserver de l'injustice et de me donner la fermeté de la réprimer: Dieu veuille Favois exaucée ».,
Le baiïlli de Mirabeau est au nombre de ceux qui condamnaient le système de colonisation de l’ancien régime.
« il ne semble, dit le baïlli, que je vais comme Copernic quand il commença à dire que le soleil se tenait tranquille et que c'était la terre qui tournait. » (80)
Ïl critiquait l'esprit de domination de l'Europe vis-à-vis des Antilles « je crois encore que’l’on a toujours négligé les bons moyens, même selon le système que l’on s’est formé : je crois encore axe le fond du système est mauvais. »
Le baïlli se plaint dans les lettres qu'il adresse à son frère des actes d'arbitraire conimis par certaines sociétés qui abusaient des esclaves, et, durant les travaux, leur faisaient subir des privalions et les décimaient.
La métropole au lieu d'envoyer des travailleurs
(8o) Lettre inédite 11 j. 176.
NE
labcrieux faisait à la Guadeloupe de la « colonisation pénale ».
« On à eu le tort d'amener ici tous les malfaiteurs du royaume » 81).
Îl souhaitait ardemment le développement de la colonie dont il avait l'administration.
«Je pense volontiers que les colonies sont faites pour le royaume et non le royaume pour les colonies ; mais Cest comme ton château de Perthuis qui est fait pour toi et non toi pour ton château. Si sur ce beau principe tu n'y faisais aucune réparation, que tu en voulusses toujours tirer et n'y rien mettre, le château en pâtirait le premier mais le contre-coup porterait sur toi si Je ne me trompe » (82).
Le gouverneur trace un tableau plus attrayant de l’état des colonies à cette époque.
« Les causes du mal sont ici dans le physique et dans le moral : la grande chaleur rend les blancs paresseux et leur donne les vices annexés à l'oisiveté, le monde est ici dans son enfance quant à l’art et à l’agriculture (83) ».
Il s’indigne des meurtres et de l'impunité dont jouissent les criminels.
« Que dirais-tu d’un pays où il passe pour constant que toute affaire au serment est perdue aussi la friponnerie et la mauvaise foi ont si souvent dominé que la plus belle des îles du Vent est la plus misérable ; celle-ci pourrait rapporter trente mil-
(81) lettre 24 j. 1794.
(82) Lettre 12 juin 1755.
(83) 14 déc. 1754. ù
lions elle n’en rapporte pas le quart (84).
Le bailli essaie de mettre un peu d'ordre dans la colonie qu'il administre :
« J'ai la satisfaction d'entendre dire que l'on est content de ma manutention et que l’on rend justice à la bonne envie que j'ai de bien faire ».
Son grand désir était que l’on envoyât des hommes offrant toutes les garanties désirables au point de vue du caractère et de la compétence.
« On ne saurait être trop attentif à choisir pour gouverneur général un homme juste mais on ne peut être trop persuadé que, quelles que soient les entraves que l’on mettra à son autorité, il lui en restera toujours assez pour faire du mal. On ne l’empèêchera de faire que du bien. »
Les pouvoirs étaient répartis entre un gouverneur et un intendant. En réalité toutes les décisions étaient prises par le ministre. « Versailles, Versailles, voilà d’où nous vient tout le mal » (85).
Le baïlli a échangé avec son frère de nombreuses lettres sur l'esclavage. D'ailleurs le marquis s’est beaucoup inspiré des lettres de la Guadeloupe et nous retrouverons les idées du gouverneur dans 1” « Ami des hommes ».
« L'on n'a pas encore pensé que l'esclavage des
(84) Mémoire inédit sur la marine.
(85) Mémoire sur la marine,
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nègres est plus fort que celui des blancs. Le nègre est non seulement esclave, mais sa peau y ajoute une espèce de droit (86 ».
Le travail des noirs n’est pas d’un rendement bien important « trente-cinq mille bras destinés au travail de la terre ne font pas ce que deux mille feraient ailleurs » (89).
Dans une autre lettre il revient encore sur ce sujet : « l’esclave, dit-il, tout esclave qu'il est, doit être considéré comme un homme et moi je crois devoir aussi le considérer comme un frère. »
Quant aux remèdes susceptibles de supprimer l'esclavage, les deux frères ont une politique absolument différente ; le marquis fraisonnait un peu dans le domaine spéculatif : d’après lui des moyens pacifiques suffirarent pour faire disparaître l’esclavage. Pourtant les lettres du bailli auraient dû lui faire comprendre que l'esclavage présentait de nombreux obstacles au travail libre : c’est le zouverneur qui avait raison : l'avenir devait venir confirmer ses théories ; la suppression d’une institution qui lèse des catégories de particuliers ne peut céder qu’à la force ; la loi est là pour atténuer dans la mesure possible les dommages par des mesures
transitoires.
Que pensait le marquis ? On ne peut concilier l'esclavage avec le christianisme. « Je sais bien que
(86) Lettre inédite 25 j. s. 1704.
(87) Lettre 12 j. 1 754.
RO Le
si j'étais ministre de la marine, je ferais passer un édit qui déclarerait tout homme libre en recevant le baptème » (88).
Mirabeau entretint une correspondance assez suivie avec le roi. fl le tenait au coufant des affaires de J’isle qu'il gouvérnait ; des améliorations susceplibles d'amener une plus grande prospérité, Dans une lettre datée du 30 juillet 1754, on peut voir le grand souci qu'il avait de ses administrés.
« Les nègres sont absolument nécessaires dans l'isle, il y a une disette de nègres... il me semble que cette isle pourrait être portée à une valeur triple de ce qu’elle en à et je suis convaincu, tant qu'elle ne commercera pas directement avec la France, elle ira en diminuant et tombera enfin de faiblesse entre les mains de nos ennemis...
« Tant que notre commerce ne produira aucun débouché, il sera absolument impossible d'éviter le commerce prohibé des denrées. J'ai donné les ordres les plus précis...le commerce est le vice essentiel des habitants... »
L'Etat de santé du baïlli l'obligea à demander son rappel ; il revint à Paris èn septembre 1755 Son intention élait de relourner aux Antilles ; il était mèême désigné pour succéder à M. de Bompar dans les fonctions de gouverneur général : l’insistance de ses amis, les circonstances le décidèrent à rester en Europe.
(88) Lettre avril 1755.
ne — Lemercier de Larivière
Il fut nommé en 1754 intendant des îles du Vent en Amérique. Le rapport officiel de sa nomination atleste qu'il possédait des connaissances en matière commerciale. Lorsqu'il prit possession de son poste, l'île élail sans vivres, sans armes, sans munitions, ce n'élail pas le moment de tenter lexpérience d'un système d'économie politique : l’'embarras était extrème ; pas de crédits : Lemercier réussit à emprunter en son nom plusieurs millions : c'est à lui que l’on est redevable du relèvement financier de l’île (89). Bientôt la œucrre reprit : on revit les Anglais devant la Martinique. Le 5 janvier 1562 la colo-
; nie dut Capituler devant un ennemi supérieur en nombre ; pendant celte période difficile, Lemercier ne va songer qu'à lui-même.
Voici la réponse de Lemercier au duc de Choi-
seul le 7 septembre 1762 : (90)
(Sg) Arrivé à la Martinique en mars 1759, au bout de irois inois, par son travail il avait relevé le pays de ses ruines ; en 1502 il dut cepiluler dévant les forces anglaise: supérieures en nombre. Lemercier fit son possible pour que les pertes susportées par les colons me soient. pas trop fortes ; revenani en france il recevait les félicitations de Choiseul. On comptait à Paris l'utiliser à nouveau ; quelques mois plus tard on le nomma intendant général de l'expédition que l'on crganisait et qui devait êlre commandée par d'Estaing, pour tenter une expédition contre le Brésil. Comme on signa la paix trop lôt, il fut nommé à nouveau gouverneur de la Martinique.
(go) « J'étais au lit Ja jambe ouverte par les suiles d'une fièvre maligne lorsqu'en 1768 je reçus l'ondre de m'embarœucr. Je re vis que les crdres du roi et je partis, je suis encore au lit la jambe ouverte par un nouvel accident. Au moment où je reçois votre lettre pour une opération semblable je ne verrai que les ordres du roi et je paritirai. Quant à mes affaires ‘domestiques elles ne me feront certainement pas balancer. »
L'étude de l’action de Lemercier aux Antilles est très intéressante ; elle marque l’apparition du régime de la liberté du commerce.
Il va mettre en application ses principes d’économie politique. Si le champ d'application de »es doctrines économiques est restreint, néanmoins son expérience basée sur la science, aura un grand retentissement (91).
Lemercier reprenait les fonctions qu'il avait abandonnées à l’occasion de la guerre ; il y avait en France toute une campagne pour calomnier l'Economiste. Si on l’attaquait ainsi c'était surtout par haine des doctrines nouvelles qui tentaient d’amener l'émancipation du travail et la liberté du commerce.
Lemercier avait contre lui le premier commis Accaron qui annonçait au collaborateur de l’économiste M. de Fénelon qu'il possédait une lettre foudroyante prête à opérer, dès que le gouverneur se plaindrait de son collaborateur.
Les réformes de Lemercier, vont faire naître un concert de malédictions, aussi fut-il rappelé par le roi.
Quel était l’état des Antilles ?
L'Economiste se heurtait aux Antilles à des difficultés innombrables « la Martinique est à l’agonie
(gr) Après la capitulation on lui avait accordé un vaisseau pour qu'il pût retourner en Europe’; il ne s'occupe point de lui et essaie de sauver quelques-uns des capitaines corsaires qui avaient rendu tant de services au pays : il laissait dans la colonie ses nègres, ses chevaux, ses meubles.
écrasée par l'imposition anglaise, dépeuplée de nègres, de bestiaux, dévastée dans tous les quartiers où la guerre avait exercé ses fureurs » (92)
Une grande partie des terrains de l’île était encore en friche. « Elle fait avec la France un commerce actif et passif de 8o millions de livres tournois : elle contient 80 mille noirs de tout âge et de tout sexe; elle est la clef du golfe et par sa position menace les possessions espagnoles, les îles anglaises, hollandaises, danoises » (93).
La base de la doctrine de l'Ecole physiocratique c'est la liberté du commerce. La célèbre définition de Vincent de Gournay : « Laissez faire, laissez passer » voilà le substratum des théories des Economistes : les commerçants vont se plaindre des décisions prises par l’intendant.
Quels étaient les griefs des ennemis des Physiocrates ?
1) des vaisseaux anglais avaient été admis dans les ports.
2) les denrées de France de ce fait avaient baïis- Sédetprix-
3) des marchandises sèches anglaises avaient pu pénétrer dans la colonie.
‘était tout le problème de la liberté commerciale qui se posait. Les idées des Physiocrates n'étaient pas assez répandues pour qu'il pût exposer avec succès ses théories sur la liberté du commerce.
(92) Mémoire de M. de Fénelon à M. de Choïseul (Ar-
chives).
(93) Mémoire de Lemercier au Roi.
Dans son mémoire justificatif, il essayera de montrer au roi les bienfaits de sa politique coloniale.
La Martinique était ruinée ; la famine faisait mourir les esclaves ; la liberté seule pouvait sauver
le pays, car la liberté amenait la concurrence.
Les marchandises étaient chères dans la colonie car les bateaux devaient revenir sur lest : Lemercter leur permit de quitter les Antilles en exportant les tafias et des sirops. En agissant ainsi, l’intendant avait la ferme conviction qu'il suivait les principes de l'ordre naturel et qu'il activait le commerce des étrangers el des colonies.
Mais les commerçants français protestaient.
D'après eux la colonie était ruinée. Le langage des prohibitionnistes n'était pas celui de la vérité. Seulement le commerce métropolitain n'avait pas diminué, il n'avait fait qu'augmenter. Les colonies, quelques mois après, achetaient beaucoup plus de denrées qu'auparavant. L’essai de liberté commerciale avait été une victoire pour Lemercier de Larivière.
Voici le raisonnement qu'il tenait :
€ Les commerçants français se plaignent d’être ruinés par le commerce de la Martinique parce qu'el-
in à | sn RG 1 x ne s ï le tire des services des colonies anglaises. or, en 1764, les envois des commerçants de France sont doublés. Ce doublement prouve évidemment que , 4 f , . r re .
l'année 1763 n’a pas occasionné de préjudices ; le
doublement est nécessaire pour faire cesser dans la colonie la nécessité de recourir aux Anglais (94).
La liberté était nécessaire à ce moment-là parce que autrement la colonie aurait été réduite à la famine, d’ailleurs c’est le seul système capable d’amener la prospérité générale ;
« On confond sans cesse, disait Lemercier, les véritables intérêts du commerce qui sont ceux de l'Etat avec les intérêts particuliers et momentanés de quelques marchands. »
Si sur le point de vue qu’on examine les opérations qui ont empêché trois où quatre marchands de Saint-Malo de gagner 3.000 livres de plus qu'ils n'ont fait dans fa province de la Martinique, on trouvera que pour les intérêts du commerce ces 30.000 livres dont le déplacement n’est pas par lui-même une richesse sont mieux dans la main des habitants que dans celles de trois ou quatre marchands. Les intérêts particuliers sont destructifs du commerce et diamétralement opposés aux véritables intérêts de la nation.
Grâce à Lemercier de Larivière cette question de la liberté commerciale, uniquement traitée par les Economistes d'une façon théorique, passait dans le domaine de la pratique.
(94) Grimm fait l'éloge de Lemercier de Larivière. « L'état d'épuisement et de détresse me Jui avait laissé d’autre choix que eelui d'admeltre les Anglais pour approvisionner la colonie ou bien Ja laisser mourir de faim il] semble que l’on soit persuadé que M. de Larivière a eu des vues très justes et que les mesures prises élaient indispensables. » Correspondance.
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Lcmercier est à la fois théoricien et gouverneur; en tant que représentant de la France aux Antilles, il veut que les ordres de la métropole soient exécutés. Partisan de la liberté du commerce, ses théories ne condamnaient pas « l'interlope ». Néanmoins, soucieux de faire exécuter les règlements dans la province dont il avait l’intendance, il prit l'initiative de faire nommer un commis de plus au bureau du domaine de Port-Royal et de Saint-Pierre.
Lemercier fut remercié, mais malade, il avait dû quitter auparavant la colonie : le mémoire qu'il envoya au roi est un plaidoyer en faveur de la liberté commerciale aux colonies.
Quel avait été le plan du Gouverneur ?
1) Amener aux Antilles plus de six mille noirs, sans qu'il en coûtât pour le pays ni argent ni aucune denrée de la colonie propre au commerce de France.
2) S'arranger pour que le prix des noirs soit le plus bas possible de façon à concurrencer n'importe quelle maison de commerce.
3) Assurer à la Martinique le commerce presque exclusif des cafés des îles anglaises.
h) Ouvrir un débouché à la côte d'Espagne, faire entrer en retour à la Martinique des denrées ; exporter de la Nouvelle Angleterre au prix le plus avantageux les marchandises nécessaires à la colonie.
L'Economiste prit la décision de s'adresser à une compagnie anglaise pour le ravitaillement de l'île. Un crédit abondant était nécessaire aux colons pour payer les nègres : seule une compagnie était capa-
ble de le donner ; car un négociant de passage dans une colonie est fatalement obligé de vendre au comptant.
Quels sont les avantages d’une Compagnie riche ? Elle peut mettre sur le marché des produits à un prix modéré, elle transporte des nègres directement.
Le projet de Lemercier favorisait les intérêts de la métropole ; les vins, eaux-de-vie, huiles, savons avaient ainsi un débouché tout trouvé. Il n'y avait aucun dommage pour le commerce français ; il trouvait au contraire à la Martinique plus de marchandises de Ia côte espagnole, qui lui procuraient des retours plus riches ;
La permission accordée à une compagnie n'avait pas pour conséquence l'exclusion des autres, cette compagnie était uniquement aux yeux de Lemercier un fournisseur dé plus, assuré pour les besoins de la colonie.
« Une chose singulière, dit Lemercier, c'est que les Anglais avec la connaissance qu'ils ont eue de mes opérations et de ce projet de commerce, ont armé quatorze ou seize garde-côtes, pour couper toute communication entre la Martinique et les possessions anglaises, leurs colonies les y ont forcés. Je ne conçois pas comment j'ai pu mécontenter à la fois deux nations qui croient avoir des intérêts opposés ».
La réparation fut ausi complète qu’elle pouvait l'être. Lemercier entra au comité de législation des
colonies où il méritait après huit mois cet honorable témoignage « qu'il était celui des membres qui consacrait le plus de temps au travail ». Successivement promu aux fonctions d'ordonnateur au Cap à Saint-Domingue et au poste de Commissaire général des ports et arsenaux de marine, il fit partout admirer sa grande capacité, et son talent.
La mise en. valeur de la Martinique
L'intendant voulait mettre en valeur les terres encore en friche ; « améliorer les cultures actuelles comme le font les Anglais dans les îles voisines par le secours des engrais que donnent les troupeaux et les bestiaux »,
La colonie devait avoir un cominerce ouvert à la Nouvelle Angleterre et aux possessions espagnoles. Ainsi on pourrait faire venir les mulets dont on a si grand besoin.
Le problème de la population préoecupait l'intendant : son intention était de doubler le troupeau des nègres et de doubler celui des blancs. L'économiste souhaitait que l’on s'assurât la conservation des sucreries déjà existantes et que l'on donnât de la réalité aux droits et portions héréditaires,
« On demande que les bœufs de Cork ne soient plus entreposés en France, mais portés directement de Cork à la Martinique. On demande aussi que cette colonie puisse tirer de l'Angleterre les chevaux “et les bois dont elle à besoin ».
Une cause de décadence était le partage égal des terres. Les héritiers lorsqu'ils étaient nombreux étaient ruinés. Lemercier conseillait d'adopter un
système où l’on ne partagerait pas en nature : un seul héritier garderait toutes les terres. Les terres semblent favorables à la culture du café, du coton et du cacao. I faut mettre ces terres en culture ; la population augmentera car elle dépend des cultures. Il faut que le produit net augmente et il ne peut doubler que si l’on met en valeur des terres incultes.
Lemercier recommande de faire cesser la disproportion qui existe entre les dépenses de la Martinique et les produits des cultures. é
Supposons que les frais soient 4 et le produit 8, ils seront bien plus onéreux s'ils valaient 10 et que le produit fût 40.
Plusieurs moyens étaient envisagés pour améliorer la situation : (on peut diminuer les frais, ou augnrenter le produit, soit prendre un plan qui tienne un peu des deux premiers).
C'est le prix élevé des nègres qui occasionne les frais élevés des cultures.
Lemercier cite le cas des « Barbades et Saint- Christophe » qui sont, dit-il, florissantes. La Martinique peul arriver à la même prospérité
« Pour que la culture soit étendue, il faut confirmer dans le cultivateur le droit de propriété sur ses possessions. »
C'est le commerce libre qui seul peut enrichir la colonie. Les cultures s’accroîtront, la population deviendra nombreuse, l’île aura des débouchés non:breux, la capitation personnelle doit être remplacée par la capitation réelle, car avec la capitation personnelle les mauvaises terres sont plus imposées que
les bonnes. C'était la théorie fiscale des Physiocrates qui voulaient que les impôts indirects fussent remplacés par l'impôt foncier unique.
La Martinique, point stratégique important peut jouer un rôle important dans la guerre contre les Anglais ; il faut faire des sacrifices aux colonies, les avantages que cette colonie procurera à la France s’augmeénteront en proportion de l° accroissement que l’on pourra procurer aux colonies,