CONCLUSION
M. Daubigny écrit dans son livre « la France d'outre-mer après le traité de Paris » :
« Les Economistes du xvrr° siècle, au contraire de ceux du siècle précédent ne s’enquièrent plus des résultats ; alors semble née la fameuse utopie érigée en axiome’« périssent les colonies plutôt qu'un principe ». Ils veulent créer une science nouvelle et cherchent à formuler les données de l'expérience, mais souvent ils tombent dans l’erreur et prennent les faits pour des lois. »
Nous avons montré comment était née cette utopie érigée en axiome : Dupont affirmait simplement qu'il valait mieux laisser les colonies livrées à leur propre sort, si elles refusaient d’obéir aux lois - françaises ; Robespierre, au contraire, se dévoilait absolutiste et tyran:
Les Physiocrates ont eu une politique coloniale réaliste et opportune+«
Quesnay a lumineusement réfuté l'apologie du pacte colonial faite par Montesquieu. D'ailleurs les Physiocrates sont unanimes à blâmer les théories mercantiles de Bodin et de Montchrétien. C’est chez eux que nous trouvons pour la première fois, une histoire philosophique de la colonisation : ils en ont
analysé les phases principales, en opposant la conceplion grecque et romaine :
Alors que Condillac développait d’une façon complète tous les inconvénients du monopole en général, Morellet exposait le point de vue physiocratique sur la question du privilège de la Compagnie des Indes. Si les économistes n'ont pas la même façon de comprendre le commerce des Indes, ils sont tous d'accord pour critiquer le monopole et affirmer « que l’ordre naturel et la justice » doivent présider aux relations entre les puissances européennes et les pays exotiques.
Alors que Dupont de Nemours veut le Commerce des colonies entièrement libre pour toutes les nations, l'abbé Baudeau est partisan du maintien des compagnies sans privilèges et Adam Smith admet que pour les entreprises qui débutent, surtout pour celles des petits pays, le régime des compagnies est acceptable. |
Comment accuser les Physiocrates d'être des doctrinaires ! on les rend même en partie responsables des révoltes qui eurent lieu aux Antilles.
Nous avons vu comment Dupont de Nemours se plaignait de la façon dont l'hôtel de Marsiac renseignail les assemblées sur la situation véritable des Antilles,
Dupont ne voulait pas que l'on donnât l'enlière liberté du commerce aux colonies. « Nous disons que tous les ports soient libres aux Espagnols d'Amérique et aux navigateurs des Etats-Unis, nous ne disons pas qu'il faille les ouvrir tous ».
De même, au point de vue de l'esclavage, Dupont désirait que les esclaves puissent peu à peu racheter leur liberté complète.
Partisans en principe de la liberté complète ou de Faffranchissement intégral, ls ont su faire plier Jeurs doctrines aux circonstances. Lemercier. Poivre, le bailli de Mirabeau avaient longtemps adrainistré nos colonies ; les nécessités de leur adminisration les obligèrent à faire quelques concessions à leurs principes libéraux : Ouesnay, le marquis de Mirabeau, Vabbé Baudeau ont raisonné d’une facon plus théorique, sais ils étaient néanmoins renseignés par leurs amis sur la situation exacte des colonies,
De l'étude de M. Sbone (102) sûr les idées colohiales de Ja France au xvi siècle, il ressort que les Physiocrates étaient les ennemis de Ja colonisation : c'est une idée qui depuis s'est répandue.
Comment peut-on accuser une école qui comprend des hommes comme Poivre, Lemercier, d’être hostile à l'expansion coloniale : ce serait mal connaître Vœuvre adisirable que ces gouverneurs ont accornplie dans leurs colonies : Les Physiocrates voulaient d'abord favoriser l’agriculture de Jeur
pays. Is ne conscillaient de coloniser que lorsqiil
n'y aurait plus eu en France de terres en friche. Ce sont des paroles de sagesse, que répètent beaucoup de Français à Fheure actuelle.
Lorsquè la France aurait été entièrement culti-
{102) Revue Coloniale, 1906.
vée : c’est alors qu'il faut aller peupler et défricher les colonies « car la colonisation doit être un défrichement ». Les Economistes ont toujours protesté contre l’usage que l’on faisait des noirs, qui n'avaient pas, comme les Français, plusieurs siècles de civilisation derrière eux:
Les théories des Economistes sur l'attitude que devaient prendre les colonies vis-à-vis de la mèrepatrie se sont trouvées confirmées par l’histoire : fes prévisions de Turgot ont été réalisées par l’indépendance des colonies américaines. Quesnay souhaitait que les colonies fussent des provinces françaises. N'est-ce pas la situation des Antilles françaises et de l’île de la Réunion à l’heure actuelle ?
Ce que nous devons aux Physiocrates, c'est d’avoir contribué à discréditer le régime du pacte colonial, qui amenait la ruine des colonies : car les ouvrages des Economistes exerçaient une grande action sur le public lettré de l’époque.
Les mesures libérales prises aux colonies, la réaction contre les rigueurs du pacte, sont dues en grande partie à l'influence de Turgot et de Dupont.
Aux colonies, Poivre, Mirabeau, Lemercier prouvaient que seule une politique libérale était capable d'amener la prospérité.
Par leur doctrine profondément libérale, par leur action qui savait tenir compte des contingences économiques, les Physiocrates ont rendu de grands services à la cause coloniale. : |