PAR LEMERCIER DE LARIVIÈRE
Réflexions tant sur le commerce en général que sur celui des colonies en particulier
Le Commerce particulier des colonies n’est qu'une branche de notre commerce général. C’est donc dans le plan général du commerce qu'il faut voir le plan particulier aux colonies. L'intérêt de ce plan particulier est subordonné à celui du plan général du Commerce, comme une partie l’est au tout, auquel elle est unie.
Le commerce peut exister sans les colonies ; mais les colonies ne peuvent exister sans le commerce. Dans l’ordre des choses les colonies doivent leur existence au commerce auquel elles payent ce bienfait et le commerce donne aux colonies l'existence et la force, la richesse pour y repomper le prix de ses peines, de ses risques et de ses avances. C'est le commerce qui sème et qui plante aux colonies, plus il leur donnera plus il recevra d'elles. C’est donc au commerce à enrichir les colonies. C’est donc dans les avantages du commerce qu'on doit chercher ceux qu'on se propose de leur procurer.
Bien des gens ne voient que colonies, que plan-
tations, que produits, que colons. Enrichir une colonie est à leurs yeux le point de perfection où doit tendre tout système, toute réforme, tout établissement nouveau. C’est dans cet esprit qu'ils travailent sans cesse à imaginer des prérogalives, des privilèges dont ils regardent la découverte comme un effort de génie bien méritoire, mais il n’en faudrait pas tant ; un seul suffirait : Qu'on affranchisse de tous droits l’entrée et la sortie des marchandises propres à une colonie, qu'on joigne à cet affranchissement une pleine liberté de commercer avec toutes les nalions, voilà une colonie devenue riche tout d'un” coup par les suites nécessaires d’un privilège unique qui lui donne pour le commerce, un avantage décidé sur toutes les colonies de la terre.
Tel est pourtant l'objet ultérieur qu'en envisage mais pour lequel on n'ose former ouvertement des vœux. J'ai vu qu'on se proposait de demander une pleine et entière liberté de commerce pendant 5 ou 6 années ;
On ne sent pas que dans l'ordre politique Les choses 11 faut qu'une colenie ait un maître, qu'il Y ail entre eux un pacte tacite d'utilité DÉCIPrOque, Gi ce pacle exige des mesures et des dépenses pour : assurer la propriété du avañme et de la colonie : que ces dépenses doivent être communes parce qu'elles ont pour objet un intérêt commun ; que cet ordre aujourd'hui nécessaire est exclusif d'un affranchissement complet de tous droits et d'une «entière liberté de commence avec toutes les nations. -
Pour moi qui vois ou crois voir l'enchaînement de.toutes ces choses, je raisonnerai ainsi : Les char-
ges publiques existent nécessairement, aussi il faut des droits pour les acquitter. Mais pourquoi la liberté de commercer avec toutes les nations blesseraitelle les intérêts de celle à laquelle serait unie la co- Ionie qui jouirait de cette liberté ? C'est parce que les autres peuples enlèveraient à celui-ci le commerce, de cette colonie ; ils le lui enlèveraient parce ‘qu'ils y porteraient des marchandises utiles que celui-cy ne peut lui fournir, ou parce qu'ils lui porteraient à meilleur compte les mêmes qu'il lui fournil.
À peine ai-je aperçu celte vérité que je découvre sans effort que la source des maux qui peuvent affliger une de nos colonies et lui font désirer de commercer avec les étrangers plutôt qu'avec nous, west point dans la colonie même mais qu'elle doit se trouver dans le système général de notre comnierce moins avantageux à cette colonie que celui des étrangers.
En e=<t si nous donnions à la Martinique toutes les marchandises dont elle a besoin à meilleur marché que les Anglais et les Hollandais, il serait superflu de leur défendre*d’y venir traiter ; on le leur permettrait qu'ils n'y viendraient pas, tant que nous continuerions d'y aller : Si même les prix étaient égaux entre eux el nous ; la loy qui les en excluerait
- serait facile à faire exécuter car de la part de ces acheteurs il n’y aurait aucun intérêt contraire à cetle loy et les vendeurs étrangers dont la concurrence serait alors préjudiciable à eux comme à nous ne seraient pas tentés de s’exposer aux peines que ceite loi porterait contre eux. Mais nous vendons plus
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cher qu'eux et nous les excluons. C'est alors un plan qui, s’il est bien rempli, doit non seulement ne remédier à rien, mais même faire beaucoup de mal.
Cependant le système politique de toutes les nations commerçantes ne permettant pas qu'on fasse jouir les étrangers de la liberté de commercer dans nos colonies, c’est donc dans la réforme de notre propre système économique qu’il faut chercher de quoi indemniser nos colonies du prix de cette liberté qu'on ne peut accorder.
Ainsi dès qu'on a reconnu que nos marchandises sont trop chères aux colonies, il faut tâcher de découvrir les germes de cette cherté et faire tous ses efforts pour les déraciner. De même si l'on voit qu'elles ne peuvent extraire des étrangers des marchandises quenous ne pouvons ni fournir ni suppléer et dont cependant elles ont essentiellement besoin, il faut sans balancer leur permettre cette extraction el-penser qu'un avantage direct pour nos colonies est toujours et nécessairement un avantage indirect pour notre commerce. C’est alors qu'un homme d'Etat doit ne point s'arrêter aux petites po-. lices et aux petites contrebandes qu'une telle permission pourrait par elle-même occasionner. C’est aux autorités du second ordre qu'il doit d’abandonner entièrement le soin de cette partie ; qu'il jes charge d'y veiller et c’est assez. Les petites polices et les intérêts particuliers vus séparément et détachés de l'intérêt général du tout n'ont jamais présenté qu'un point de vue trompeur.
C'est par les suites d'uné pareille illusion que
nous avons défendu l'entrée en France du castor ou du veau retourné de l’Angleterre qui nous en fournissait pour 5 à 600 m. L. par an, mais qui pour se dédommager de cette défense, a interdit à son tour l’entrée de nos quincailleries dont la fourniture montait à 7 ou 800 millions chaque année. C'est encore à cette habitude de ne point combiner l'intérêt d'une partie dans l'intérêt du tout que nous devons la privation de l'avantage de porter librement en Angleterre nos blés, nos vins, nos eaux-de-vie, nos étoffes. Plus l'Angleterre augimentait ses richesses et sa population et plus nous aurions intérêt d'établir entre elles et nous la liberté du commerce : il n'y aurait eu que de l'avantage pour nous à lui permettre d’'échanger des marchandises et son argent contre les productions de nos arts et de notre sol. Vouloir faire avec les autres peuples un commerce toujours actif et jamais passif c'est un système faux et pernicieux qui, tôt ou tard, force les autres à se passer de nous...
Une fois que l’on s’est écarté de la bonne route, plus l’on marche plus l’on s’égare. Ces fausses idées nous ont conduit à prendre le parti de ne plus rien tirer de l’Angleterre ; de conséquences en conséquences, nous avons couru faire à 6 mille lieues ile nous de nouveaux établissements ; nous n'avons pas vu que la moitié de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Grenade de Saint-Domingue étaient en friche, que la Louisiane presque inculte nous offrait des avantages immenses, que Québec,Louisbourg étaient dans le même cas, que notre propre sol perdait peu à peu ses colons et ses cultures, que cependant à l’ai-
de de ses productions jointes à celles de nos isles et à la liberté d’un commerce respectif entre FAngleterre el nous, c'eüt été pour nous comme pour elle qu’elle eût été chercher dans l'Inde les marchandises qu'on en rapporte. Si notre plan général eût été élevé sur une telle base sur l'abondance de productions de nos isles et de notre propre sol et sur la liberté du commerce avec l'Angleterre, nous verrions aujourd hui nos colonies riches en hommes et en productions, nos campagnes couvertes de colons, nos manufactures multipliées dans Ia même proporlion, notre commerce cent fois plus riche et plus étendu ; il serait solide parce qu'il serait propre à notre sol et cimenté par les intérêts communs à nous et à nos rivaux. C'est dans nos isles et en France que nous aurions Cueilli les marchandises des Indes.
Mais malheureusement ce qui pouvait être un commerce naturel n'a plus été qu'un commerce faclice, qu'un commeree artificiel, Sans songer à élargir la base on à continué d'élever les hauteurs : il en a résulté la perte de presque toutes nos colonies ; celle du Canada, celle de nos établissements dans Finde où 200 millions ne pourront les rétablir dans Pélat où ils élaient si le système général eût permis de faire de telles avances pour notre agriculture et pour celle de nos colônies. Combien de fois n’auraient-elles pas déjà payé ces mêmes avances et avee quelle usure ne continueraient-elles pas de les payer encore aujourd'hui.
Telles sont les réflexions simples et peu méditées qui m'ont conduit à toucher les points de vue que
j'ai indiqués et non développés. Ce n’est donc point par un écart d'imagination que pour présenter les moyens de procurer des avantages réels à nos colonies j'ai été les chercher dans le plan général de l'administralion économique de l'Etat. C'est là que j'ai puisé comie dans sa source naturelle, tout ce qui pouvait concourir le plus efficacement à remplir les vues que je me proposais.
J'ai pensé que cette manière de voir nos colonics élait celle qui convenait le mieux el à ‘a vérité et à M: le Duc de Choiseul ; son génie est fait pour que les choses Iui soient présentées dans le grand et non dans le médicere. D'ailleurs son âge nous permettant d'espérer qu'il aura le temps de faire exécuter les plans qu'il adoptera, quoique de longue exéculicn, c’eût été ne pas connaître le prix de Ja circonstance, mal servir le ministre et l'Etat que de lui dérober la connaissance de la véritable cause du mal et de ne lui indiquer que des remèdes palliatifs qui quelquefois soulagent un peu mais re guérissent jamais.
Je ne sais pas sien ce mGment je suis plus philoscphe qu'honime d'État en fait de ecommerce. Peut-être ne suis-je ni l’un ni Fautre. Quoiqu'il en soit, dès que M. le duc de Choïiseul me fait l'honneur de me demander mes idées je dois les Jui donner telles qu'elles sont. Quiconque lui proposera des règlements pour contraindre le commerce à faire des opérations qu'il ne fail pas, quoiqu'il en ait la liberté, est un homme qui n’a pas vu pourquoi ces opérations ne sont pas faites, ni ce qu'il faut faire pour
les rendre praticables. Quiconque enfin s’élèvera coutre des pratiques dangereuses qui ne sont pas d'obligation pour ceux qui s’en plaignent et demandera une police à cet égard est un homme qui n'a pas connu le germe de ces pratiques libres, celui de leurs inconvénients ni ce qu'il faudrait faire pour les en dépouiller et les rendre utiles.
Etre colon, être négociant tout cela revient au même, tous s'occupent à vendre et à acheter : tout est donc commerce. Mais le commerce est un genre d'occupation où chacun ne travaille et n'est obligé de travailler que pour son intérêt personnel. Si l'on prétend diriger le travail de manière à favoriser l'intérêt de l’un au préjudice de l'intérêt de l’autre, celui qui sera lésé cessera de travailler et si ce préjudice affecte toute une classe de ces travailleurs. cette classe entière cessera ses opérations et sa retraite entraînera la chute des autres. Tout plan qui n'embrasse pas les intérêts de tous est un plan défectueux et préjudiciable à tous, parce qu'il devient incompatible avec un genre d'opération qui n'a lieu que pour l'intérêt de tous ceux qui y concourent.
J'ai oui les habitants de la Martinique crier beaucoup contre leurs Commissionnaires établis dans cette isle, pour la raison, disaient-ils, que le Commissionnaire ruine l'habitant ; en conséquence on demande aujourd'hui qu'ils soient détruits ou soumis à des polices qui ne rendent pas leurs opérations onéreuses à l'habitant. |
Pour moi je ne conçois pas qu'il faille une loi pour détruire les Commissionnaires, puisqu'ils ne .
sont pas établis en vertu d’une loi. Il n’en est point en effet qui assujettisse les habitants à se servir d’un Commissionnaire;
Ce coup d'œil annonce un mystère à approfondir.
En second lieu pour laisser subsister les Commissionnaires, on demande qu'ils soient assujettis à des règles qui ne soient pas onéreuses à l'habitant. Mais est-ce que leur procédé en fait d’affaires est injuste et tyrannique ? N'y en a-t-il pas parmi eux qui soient d'honnêtes gens, qui fassent leur commerce avec honneur et intégrité? I n'est pas possible qu'il ne s’en trouve quelques-uns. S'il n’y en a point pourquoi un négociant honnête homme ne peut-il pas être Commissionnaire, S'il y en a pourquoi tous les habitants ne se servent-ils pas d'eux ? Voilà un second mystère. Essayons de les développer tous deux.
Pierre habitant paresseux et indolent et aimant la dépense ne veut se donner la peine ni de vendre ses sucres ou ses cafés, ni d'acheter le choses dont il a besoin quand il le voudrait. Cela lui serait difficile du moins pour les achats pour la raison que ses besoins sont très fréquents et les moyens pour payer très rares ; il n’est riche qu’en mauvaise volonté pour ses créanciers. :
Pierre qui sait qu’on ne le fera payer que quand il le voudra ne règle pas la dépense sur son revenu, mais sur le crédit qu’il peut trouver ; il en cherche donc un et dès qu’il a commencé d’en user il en
abuse parce qu'il a aequis le droit d'en abuser, Voici comment :
Sitôt que le Commisionnaire à fait des avances aux habitants, il dépend de leur volonté pour être payé ; il n’a de sûreté que la promesse qu'ils lui ont faite de lui adresser leurs denrées, car la voie de contrainte est presque impraticable ; ainsi tout Commissionnaire créancier est un homme qui ne peul plus refuser d'autres avances si on les lui demande pour la raison que son refus conduirait les habitants à chercher un autre crédit et par conséquent à ?nyoyer à d’autres leurs denrées. Malheur donc à tout Commissionnaire qui a commencé de faire des avances aux habitants ; il est obligé de continuer malgré lui.
= Ilest aisé de concevoir comment, sans le vouloir, el peu peu, il parvient au point d'avoir fait des crédits immenses qui ne servent qu'à le rendre encore plus dépendant. Il n’est point rare de voir à la Martinique des Commissionnaires dont la succession doit 6 ou 800 m., tandis qu'il lui en est dû 7, 8 ou 900 m.
Le commissionnaire ne ferait pas crédit aux habitants s'il n'était pas dans l'habitude de l'exiger de lui ; point de doute assurément qu'il ne leur fasse payer ce crédit car il le paye lui même d’un autre côté. Mais si le prix de ce crédit est ruineux pour les habitants, pourquoi y ont-ils recours. Si c’est mauvaise conduite de leur part on leur rendra service de couper le fil de ce crédit, en ordonnant que le Commissionnaire à l'avenir ne pourra exiger des
habitants le paiement d'aucune fourniture qui aura plus de trois ans de date. Mais il arrivera de là qu’on dénaturera la dette et qu’on trouvera mille tournures pour éluder la rigueur de la loï. Les habitants sy prêteront pour jouir d’un long crédit. Le Commissionnaire s'y prêtera pareillement pour les raisons d’un ménagement forcé pour les habitants. Une loi facile à éluder est une loi inutile.
IL est donc bien plus simple de couper le mal par la racine. Les habitants ne sont curieux du crédit qu'à raison des difficultés horribles qu'on a pour les contraindre à payer. Faisons disparaître ces difficultés ; les habitants alors craindront l'effet du crédit qu'ils aiment tant aujourd'hui, et le Commissionnaire ne sera plus dans leur dépendance. Alors le crédit n'aura lieu entre eux qu’autant qu'il conviendra véritablement à toutes les parties intéressées. On me fait toujours trembler quand on me propose de traiter les hommes comme des pupilles et qu’on voudrait que l'Etat fût exactement leur tuteur pour régler leurs dépenses.
Contentons-nous de voir que si nous diminuons les dépenses et que nous augmentons les revenus à la Martinique les habitants y auront moins besoin de crédit. Si nous faisons disparaître les inconvénients affreux qui résultent du partage égal des terres, joint à l'évaluation chimérique qu'on en fait, on tarira encore une des principales sources du besoin que les habitants ont du crédit. Mais si on diminue le besoin qu'ils en ont, maïs si en même temps on leur rend le crédit redoutable par les facilités
d'être contraints à payer, mais si l’on fait cesser Ja dépendance de ceux qui peuvent leur faire crédit, alors je vois s’'évanouir tous les sujets de plainte contre les Commissionnaires : Des négociants honnêtes gens deviendront Commissionnaires parcequ'ils pourront l'être sans risquer pour leur fortune. L'habitant qui payera bien aura le choix parmi eux, tous auront donc intérêt de bien servir l'habitant ; il ne sera plus lié par ses/propres dettes à se servir d'un homme dont il croit devoir se plaindre. S'il est trompé passagèrement, qu’il le fasse voir ; on lui rendra justice. Mais enfin il n’existera plus d’un côté l’obligation de faire un crédit monstrueux qui énerve et ruine souvent la fortune du créancier, d’un autre côté la nécessité de continuer à acheter cher le crédit faute de pouvoir le trouver chez les gens qui ne voudraient pas le faire payer cher, mais qui aussi refusent de le donner par une suite du défaut de sûretés dans les engagements.
J'ai entendu souvent parler de transporter des familles allemandes dans nos colonies et surtout à la Martinique. Cela sera très bien si on leur avance pour plusieurs années de quoi fournir aux dépenses du logement, du vêtement, de la subsistance et de la culture. Mais sans cela que voudrait-on qu'elles fissent à la Martinique ? Quelle peine d’ailleurs ces familles n'auront-elles pas à subsister avec des avances médiocres dans un pays où tout ce qui se consomme est si cher. Le premier point me paraît donc être encore de faire diminuer le taux des dépenses nécessaires avant de songer à ajouter à ce moyen
général les moyens particuliers propres à augmenter les colons et la culture.
C'est par suite d'idées encore moins réfléchies que plusieurs habitants de la Martinique voudraient qu'on obligeàt les bâtiments de France à venir traiter directement dans les différents quartiers de l’isle ; les gens qui ne sont habitants et point du tout commerçants, demandent cette police pour leur propre intérêt seulement et non pour cet intérêt réciproque qui est le germe et le lien de toutes les opérations qui se font entre le vendeur et l'acheteur. Cette façon de traiter est fort permise à qui veut la tenter. Pourquoi donc le commerce prend-il une autre route ? C'est ce pourquoi que les habitants auraient dû chercher à connaître afin de le faire cesser ; ils y auraient vu que forcés par l’enchaînement de leurs dettes avec leurs commissionnaires, ils sont tous dans l'usage de leur adresser leurs denrées, que conséquemment chaque quartier de l’île est trop dépourvu de choses à vendre et trop bien garni de celles qu'il consomine pour qu'un vaisseau puisse y faire les opérations de son commerce.
[ls auraient vu que leur mauvaise foi dans l’exécution de leurs engagements les a jetés dans un si orand discrédit qu'aucun marchand français n'ose plus traiter avec eux directement. [ls auraient vu enfin que l'espèce de tyrannie qu'ils exercent sur tout bâtiment qui vient traiter chez eux met le négociant dans la nécessité d'y vendre à plus bas prix, d'y acheter plus cher les denrées de retour, d'y rester beaucoup plus longtemps pour attendre ses paie-
ments ; d'y laisser beaucoup plus de créances à recouvrer, d'y faire enfin de plus mauvaises affaires que s’il fut venu traiter à Saint-Pierre dans un temps désavantageux.
C’est donc de la réforme que j'ai proposée sur ce qui touche aux engagements contractés par les habitants de la Martinique que doivent naître, de conséquence en conséquence, les moyens d'engager le commerce à changer dé conduite et à se prêter aux vues des habitants. |
N.B. — La maladie qui vient de me survenir à Paris m'empêche de pousser plus loin mes réflexions. Je termine donc icy ce mémoire pour me conformer aux intentions de M. le Duc de Choiseul qui m'a paru désirer qu'il fut fait promptement
Archives nationales C$ À 64. 1564.