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lande ce qui coûte très cher ; là on en fait de l’eau ds vie très appréciée dans les régions du Nord de l'Europe. Peut-être doit-on voir dans cette politique le souci de protéger les vignerons français : Ainsi ces derniers peuvent-ils distiller une eau de vie qui se vend à très bon prix.
Letrosne s'exprime ainsi sur cette politique Commerciale : « Dès que l’on s’écarte de la règle invariable de l’ordre tout devient incertitude, exception, varialion, contradiction : on veut et on ne veut plus, on ordonne, on défend, on favorise, on empêche sans principes fixes (31).
Les colonies doivent prendre leurs travailleurs où il leur plaît
Les colonies pour être défrichées et entretenues ont besoin de travailleurs : Les Physiocrates ont hblâmé l'esclavage ; Nous raisonnons ici sur la question des travailleurs coloniaux, abstraction faite du problème de l'esclavage.
Les eolons français étaient obligés d'acheter leurs esclaves uniquement aux Français : l'absence de concurrence rendait l'achat de ces travailleurs très onéreux. Malgré l’interlope (vente en contrebande des nègres) il n’y avait pas assez d'esclaves aux Colonies. Dans son mémoire au roi sur l’administration de la Martinique, Lemercier de Larivière se plaint du trop petit nombre d'esclaves et il essaie de justifier les mesures qu'il a prises pour aug-
(31) Letrosne. « Intérêt social » (Daire). p. 1021.
CGT
- menter la main-d'œuvre de l’île dont il avait l'administration.
Letrosne fait remarquer que le renchérissement des travailleurs augmente les frais de culture et diminue le produit net et la part qui est échue à PEtat. Ainsi il est donc contraire aux intérêts de la métropole et, à ceux des colonies : il produit le même effet que si, par le moyen d'une exclusion, les laboureurs voyaient les chevaux renchérir de 50 à 100 livres. :
Ainsi il n’y a aucun intérêt à utiliser les agents régnicoles ; non seulement les colons sont lésés, mais encore les colonies ont leur développement ar- TOLe
Se plaçant uniquement au point de vue de l’achat des nègres, les Physiocrates demandent instamment la permission pour les colons de s’'approvisionner en esclaves où bon leur semble.
La liberté du Commerce colonial-est liée au système général de notre Commerce
La politique mercantile donnait dans toutes les branches du commerce extérieur des résultats déplorables :
Alors qu'en réalité les intérêts de tous les Etats sont les mêmes, partout nous ne Voyons que manœuvres hostiles et que prohibitions :
les antagonisnies nalionaux sont en lutte :
Les Physiocrates souhailaient que les Etats prissent l'initiative d’ou-
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vrir leur commerce aux étrangers : l'abondance reviendrait immédiatement dans l'Etat qui le premier réagirait contre les principes de l’école mercantiliste.
Voici l'opinion de Lemercier de Larivière :
« Le Commerce particulier des colonies n’est -qu'une branche de notre commerce général, c’est donc dans le plan général du commerce qu'il faut voir le plan particulier aux colonies : L'intérêt de ce plan particulier est subordonné à celui du plan général du commerce, comme une partie l’est au tout, auquel elle est unie (32).
De même Letrosne disait : « La France peut donner sans aucun désavantage pour elle Ja liberté des achats à ses colonies dès qu'elle se sera accordé à elle-même l'avantage inestimable de la liberté et. de l’inmmunité du commerce extérieur. Je ne dirai donc pas : la France doit accorder la liberté aux colonies lorsque les autres nations l’auront donnée aux leurs. Mais je dirai : la France doit la leur donner dès qu'elle se sera donné à elle-même la liberté de son commerce extérieur, ce qui lui est libre de faire quand elle voudra et ce qu'elle ne fera jamais assez {Ôt pour son avantage. » (33)
Les opinions de Letrosne et de Lemercier de Larivière concordent sur ce point : Il ne faut pas attendre que les nations nous donnent l'exemple pour ouvrir nos colonies au commerce libre. Nous
(32) Lemercier. « Mémoire au roi, sur l'administration de la Martinique ». ; (33) Letrosne « Intérêt social » (Daire). p .1018.
LABée
devons organiser la liberté de notre commerce extérieur dont le commerce colonial n’est qu'une branche. La question du Commerce Colonial se ramène à la grande question du Commerce extérieur.
La liberté du commerce est-elle utile ou nuisible à la métropole ?
C'est sur ce point que les idées physiocratiques s'opposent netlement aux théories mercantiles.
Ces derniers faisaient une distinction entre l'Etat et les particuliers : et ils n'avaient qu'un but l'enrichissement de l'Etat.
Les Physiocrates eux ne voient dans l'Etat qu'une agrégation de particuliers et estiment que particuliers et Etat ont des intérêts identiques. Les barrières douanières, d’après les Economistes, devaient tomber. « L'étranger souffre moins dés mesures mercantiles que la nation elle-même qui les établit (34) ».
Une nation ne doit pas suivre l'exemple qui lui est donné par les pays rivaux : peu importe si, figés dans leurs vieux principes, ils laissent leur commerce végéter. Le pays qui donnera l'exemple de la liberté commerciale sera imité par les autres peuples:
« Les mots prohibitions, privilèges, représailles seront ignorés, ce sera le triomphe de l’ordre naturel. »
(34) Lemencier « Mémoire au roi ».
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Mieux qu'aucun législateur humain, dit Mirabeau, « l'intérêt calcule et le profit particulier est le meilleur des guides ».
Pourquoi l'Etat interviendrait-il pour limiter les débouchés des particuliers ? l'intérêt individuel ‘et l'intérêt social se confondent. Les particuliers recherchent surtout ce qui leur rapportera le plus et de ce fait les affaires de l'Etat prospéreront toujours.
Turgot prétend que « l'intérêt des particuliers est le même que l'intérêt général, ce que l’on peut faire de mieux c'est de laisser chaque homme libre de faire ce qu'il veut ». (35)
Dans le domaine intérieur, conime dans le domaine extérieur, la pleine liberté, la concurrence sont les seuls procédés capables d'assurer la prospérité. Le mercantilisme occasionnait un trafic onéreux : on chbligeait les navires qui avaient débarqué des marchandises à l'étranger à faire le voyage de retour sur lest : Il eût été plus logique de permettre aux bateaux de s’approvisionner de denrées à l’étranuer, car le transport n'aurait pas coûlé davantage.
Avec un syslème général prohibilif, on est obligé de se réserver le marché des colonies
Les intérêts de la métropole et des colonies sont inséparables ; or le propre du régimé mercantile est
de dissocier les intérêts solidaires.
(35) Turgot. « Eloge de Gournay », Edit. Daire, 1644.
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On n'observe pas les règles de l'ordre naturel, la métropole plus puissante que la colonie ne recherche que son intérêt immédiat aux dépens de “ceux de la colonie. |
« Elle érige en maxime ce qui lui est le plus utile dans la circonstance, sans s'inquiéter si elle fait son bien au préjudice de l’autre, sans considérer même s'il ne serait pas un moyen légitin.e de procurer le bien commun. »
: Si l’on envisage notre commerce extérieur sous l'Ancien régime, paralysé par les impôts, et les privilèges, on se demande où pourrait bien aller le sur- ‘plus de notre production nationale si nous n'avions pas eu ce débouché tout trouvé : les colonies.
Voici l'opinion de Letrosne sur cette question : ‘« La métropole en grevant son propre commerce, en se l’interdisant dans les parties essentielles, en renonçant aux avantages du débouché libre et universel, s’est mise dans la nécessité de se réserver du moins quelque branche particulière. » (36).
La France doit accorder cette liberté à ses colonies, non pas lorsque les autres nations l’auront donnée aux leurs, mais quand elle se sera donné à elle-même la liberté de son commerce extérieur.
La liberlé du commerce fera-t-elle perdre le marché des colonies
Une colonie affranchie de tous droits, ayant la possibilité de faire du commerce avec tout l'univers serait en mesure de devenir très prospère.
(36) Letrosne « Intérêt social ». Daire, p. 1018
Beaucoup de gens reconnaissaient les effets bienheureux de la liberté commerciale, mais estimaient qu'il n’était pas opportun de modifier la politique de la métropole vis-à-vis des colonies.
Il est nécessaire qu'il y ait union étroite entre les colonies et la mère-patrie, car il y a des dépenses communes à accomplir. Il faut qu'une colonie ait un maître or, avec le système de la liberté, les étrangers exporteraient des denrées dans la colonie et la métropole serait évincée.
Il faut que la métropole s'arrange pour vendre aux colonies moins cher que les étrangers : on essayera de trouver les raisons pour lesquelles certaines denrées sont chères et on tâchera de comprimer les prix. « C’est dans la réforme de notre système économique qu'il faut chercher de quoi indemniser nos colonies du prix de cette liberté que l’on ne peut accorder ». (37)
Le commerce colonial ne se conçoit qu'avec un système de liberté générale du commerce. « C'est dans le plan général de l'administration économique de l'Etat qu’il faut trouver la base de notre commerce avec les colonies et le secret de son succès. En ne permettant pas aux étrangers de corumercer dans nos colonies, elles ont été condaïimnées à végéter. »
, Avec la liberté de nos relations commerciaies avec l'Angleterre, nos colonies seraient immédiatement riches, car le trafic avec les possessions an-
(37) Lemercier « Mémoire au roi).
glaises de l'Inde sérait important. A l'époque où écrivaient les Physiocrates, cette liberté comrierciale n'existait pas, il y avait un commerce artificie! qui amenait fatalement la ruine des colonies.
c) Régime foncier
L'Ancien Régime émettait cet « axiome », que les colonies avaient été acquises pour les commerçants.
Les Physiocrates soutenaient que c'était surtout pour les colons que les colonies avaient été conquises Aussi désiraient-ils Ha mise en valeur intensiv2 du sol des terres exotiques.
Adam Smith vante la prospérité des colonies américaines; « l'abondance des terres fertiles et la liberté de diriger leurs affaires, voilà à ce qu'il me semble, les deux grandes sources de prospérité des colonies nouvelles ».
Chez Smith nous trouvons une apologie de la politique coloniale anglaise : Les institutions étaient très favorables à la culture et à l'amélioration des bonnes terres.
« La loi coloniale qui impose à chaque propriétaire l'obligation de mettre en valeur et de cultiver dans un temps fixé une portion déterminée des terres el qui en cas de défaut de sa part, déclare que ces terres négligées pourront être adjugées à un propriélaire, est une loi qui, sans avoir été peut-être très rigoureusement exécutée, à néanmoins produit quelque effet, » |
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La modicité des impôts est recommandée par Smith comme un moyen de stimuler l’agriculture et d'augmenter la richesse générale de la colonie « car si les impôts sont peu élevés, les agriculteurs sont en possession d’une partie importante du produit net, ils peuvent employer leurs capitaux à l’extension de leurs cultures. Le gouvernement anglais a pris à sa charge la plus grande partie des frais que nécessitent la marine et le gouvernement civil.
Le morcellement des terres est une cause de prospérité. La quantité et le bon marché des terres amènent fatalement l’abondance.
L'auteur de la « Richesse des nations » consacre -une assez longue partie de son chapitre sur les colonies, à l’agriculture : on peut remarquer qu'il est complètement rallié à la thèse qui admet que la colonisation est un « défrichement ». (38)
L'agriculture, l’art de cultiver la terre, de faire produire, comme l'indique la racine du mot « colonie » est le travail par excellence de la colonisation.
Dans une colonie nouvelle, où les terres sont inexploitées, le sol s'offre comme la richesse la plus sûre, la plus facile à posséder. L'agriculture dans une colonie doit être le travail essentiel, car elle assure la tranquillité et parce que par la culture le climat se modifie.
Il est rationnel de poser en principe que tout
(38) Adam Smith « Richesse des Nations ». J. Garnier, 1843. p. 182.
homme arrivant pour coopérer à la colonisation doit s’'adonner à l’agriculture.
L'erreur du mercantilisme colonial de Mélon et de Forbonnais était de vouloir faire des colonies uniquement un entrepôt commercial. C'était là une politique qui devait porter lourdement atteinte aux intérêts des colonies et les conduire à leur perte.
Comme le dit M. Chaïlley Bert dans son livre « l'Age de l'Agriculture », on doit distinguer divers stades dans la colonisation et nécessairement le premier doit être celui de l’agriculture. Seule l’agriculture peut attirer les colons, car elle les nourrit ; lorsque les terres exotiques sont mises en valeur, alors un commerce actif peut s'établir entre la métropole et les terres d'outre-mer. Dans une colonie naissante, le nombre des colons est illimité, celui des commerçants est limité.
Le raisonnement et l'expérience concordent pour nous amener à penser que le premier stade de la colonisation doit être agricole.
Dans l'histoire de l'humanité primitive, la période commerciale n'est venue qu'après la période pastorale puis ensuite agricole.
Voilà les idées qu'avaient adoptées les Physiocrates. À l’intérieur de la métropole, ils « admettaient que toute richesse vient de l’agriculture... » Se plaçant au point de vue colonial, ils voulaient que la colonisation commençât par un défrichement.
Le gouverneur, dans « les Voyages d’un Philosophe », se préoccupe beaucoup de l’agriculture aux colonies,
Mirabeau proteste contre le droit que s'arrcge la métropole d'interdire aux colonies de semer et de cultiver les denrées de l'Europe.
Il fait la réflexion suivante: « Si la Sicile naturellement fertile en grains, en vins et en huiles, devenait une colonie de la France, faudrait-il ordonner aux habitants de cette isle d’arracher leurs vignes et leurs oliviers, leur défendre de semer du blé afin de les forcer à acheter nos grains, les empêcher pareiliement d'en recevoir de l'étranger afin de leur vendre les nôtres plus cher que nous ne les vendions à nos voisins par un commerce extérieur libre ». Quelle est l’origine des richesses ? « Elles n’ont d'autre origine, ni d'autre existence parmi les hommes que la production, l'échange et la jouissance. » (39).
« Toute colonisation est un défrichement » mais le défrichement demande des capitaux d’avanc”, autrement les exploitations agricoles nouvelles «eraient condamnées à végéler. Aussi les Physiocrates ne conseillent-ils qu'aux nations riches de s’aventurer dans les exploitations coloniales ‘lointaines.
Les physiocrates élaient partisans de l'impôt foncier unique : car ils craignaient que l'Etat ne mangeât son blé en herbe : Comme la prospérité des colonies dépend de l'état de la culture, il faudra ménager les colons lorsqu'ils commenceront à défricher, autrement on étoufferait la colonie. D'ail!leurs la période pendant laquelle l'Etat ne pourra percevoir sa part de produit net sera très courte :
(39) Mirabeau « Philosophie rurale ». 1763, in-4°, p. 382.