ACTE II
SIDONIE, interrompant.
Où est-il?
RICHARD, continuant.
Je vais vous le dire. M. de Trésignan est un homme trop bien placé, trop bien doué sous tous les rapports pour passer toute sa vie dans l'oisiveté. Depuis quelque temps, d'accord avec lui, je m'occupais de le faire entrer dans la diplomatie; et nous allions ensemble travailler au ministère.
SIDONIE
Il ne m'en avait rien dit.
RICHARD
Le premier devoir d'un apprenti diplomate, c'est la discrétion. Ce soir, j"ai reçu une lettre du ministre qui lui confie une mission importante et pressée.
SIDONIE
Pour quel pays?
RICHARD
Pour le Paraguay.
SIDONIE
Le Paraguay ! Où est-ce ça?
Dans l'Amérique du Sud, à deux mille cinq cents lieues d'ici. Le début est honorable, parce que la mission est difiîcile. Il y a là de nombreux intérêts à concilier, des questions délicates à résoudre, des ambitions rivales à surveiller. D'un côté le Brésil, la Banda orientale, les Provinces unies de la Plata; de l'autre...
SIDONIE
Tout cela m'est bien égal. Je ne veux pas qu'il parte.
RICHARD
Il est parti.
SIDONIE
Parti I
RICHARD
L'ordre était formel et le paquebot n'attend personne.
SIDONIE
Parti si brusquement, au milieu de la nuit, sans préparatifs, sans adieux!
RICHARD
C'est moi qui l'ai voulu, madame ; le sachant trèssensible, comme moi, j'ai tenu à lui éviter les angoisses d'une séparation à la fois douloureuse et nécessaire.
Monsieur de Villepreneuse, vous êtes un monstre!
RICHARD
On me l'a souvent dit, madame, mais je ne l'ai jamais cru.
SIDONIE
Et vous avez raison ; car vous n'êtes qu'un mauvais plaisant !
RICHARD
Ah ! ceci est plus dur.
SIDONIE
Il n'y a pas un mot de vrai dans toute cette histoire.
RICHARD
Tout s'accepte d'une jolie femme, même un démenti. Mais, pour vous prouver que je ne mérite pas le vôtre, un mot suffit. Lionel ne sachant pas quand il reviendrait, ne sachant pas mémo s'il reviendra jamais, car le