‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 107 sur 338 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

climat est dangereux, m'a chargé de vous remettre vos lettres.

SIDONIE

Où sont-elles?

RICHARD

Sous enveloppe, dans son secrétaire, dont voici la clef.

(il montre à Sidonie la petite clef que lui a remise Lionel.)

Quelle est ma rivale?

RICHARD

Je ne vous en connais pas d'autre que la diplomatie, pour le moment.

SIDONIE

Je comprends tout. Une conspiration! M. Froment, vous aussi, Lionel lui-même ; trois hommes contre une femme ! C'est lâche, c'est indigne, c'est affreux l

RICHARD

Calmez-vous, Madame.

SIDONIE

Me calmer, quand je suis victime d'une abominable trahison ! Me calmer 1 Vous en parlez bien à votre aise.

RICHARD

Comme vous tout à l'heure, lorsque je vous racontais mes infortunes.

SIDONIE

Est-ce que j'y crois ?

RICHARD

On ne croit qu'à ses chagrins.

SIDONIE

Abandonnée! Abandonnée parle seul homme que j'ai

aimé, que j'aimerai jamais, par un homme à qui j'ai tout sacrifié !...

EICHARD

11 y a un peu d'exagération. Vous ne lui avez sacrifié que M. Landurel.

SIDONIE, se couvrant la figure de son mouchoir. Mon Dieu! mon Dieu ! que je suis à plaindre ! (Elle se jette sur un canapé.) BICHARD

Les femmes sont heureuses de pouvoir pleurer... les larmes soulagent.

SIDONIE, se levant brusquement.

Eh bien ! non ! je ne veux pas pleurer! j'aime mieux mourir.

RICHARD

Comme moi. Je vous comprends donc très-bien; mais il y a les difficultés d'exécution, plus grandes que vous ne le croyez. Le pistolet et le poignard ne sont pas des armes féminines. Le poison est ignoble et contracte horriblement la figure ; le charbon, c'est l'affaire des grisettes. Je ne vois de convenable, pour une femme comme il faut, qu'une belle noyade poétique, à la manière d'Ophélie. Si vous voulez vous jeter dans la rivière...

SIDONIE

Eh bien?...

RICHARD

Ayez la bonté de m'indiquer l'endroit et l'heure.

SIDONIE

Pour vous noyer avec moi ?

Non, madame. Entre autres prétentions, j'ai celle de nager mieux que feu lord Byron. J'ai traversé l'Helles-

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