ACTE IV
OCTAVE
Contre vous deux, madame.
EE COMTE
Fi donc! monsieur Landurel. Ce ne sont point là façons de gontilliomme.
OCTAVE
Est-ce que je suis gentilhomme, moi? Je suis un bon bourgeois qui ne veut pas être... dandiné. La loi m'autorisait il décacheteir les lettres de ma femme, puisque nous étions censés ne faire qu'un; et j'ai eu raison d'exercer mon droit, puisque maintenant nous faisons deux. Car, il ne faut pas vous y tromper, madame, c'est la séparation de corps et de biens, de biens! entendezvous? que je demande et que je vais obtenir certainement, à mon profit, contre vous ; et je vous laisserai là, sur la paille, avec vos douze mille livres de rente.
SIDONIE
C'est indigne î
LE COMTE
C'est insensé. La lettre que je viens de parcourir, et que je vous rends sans inquiétude (il lui remet la lettre), exprime seulement le désir que nous avions tous de revoir madame Landurel. Cher monsieur, croyez-en mon expérience et mon amitié : il faut terminer au plus tôt la scène que je vous conseillais de ne pas commencer; elle pourrait tourner au scandale, si elle avait pour témoins des personnes moins bienveillantes et moins discrètes. Le rôle de Dandin a ses côtés fâcheux, sans doute; mais il vaut encore mieux que celui de Sganarelle. Le pire de tous les ridicules, c'est d'aller sur les toits proclamer un déshonneur imaginaire. Demandez pardon à votre femme de vos soupçons injurieux...
SIDONIE
Et si injustes !
LE COMTE, à Siclonie.
En latin, c'est la même chose. (A Landurel.) Dormez une heure, pour vous rafraîchir le sang, et venez ensuite vous mettre à table. Nous déjeunons à midi.
SIDONTE
Latin ou non, je ne veux pas de ses excuses. Soupçonner une honnête femme, qui n'a rien à se reprocher, que son mari ! C'est moi, ouil c'est maintenant moi qui demande la séparation de corps pour injure grave; et je gagnerai le procès.
LE COMTE, se rasseyant.
Autre folie !
OCTAVE, à Sidonie, les bras croisés.
Oui-dà! Et le rendez-vous?
SIDONIE, croisant aussi les bras, et regardant Octave en face. Quel rendez-vous? avec qui? où? quoi? comment?
Cette nuit, à onze heures, ici môme.
LE COMTE
Ici!
OCTAVE
Quant aux circonstances...
PAULINE, se levant brusquement.
Il est inutile, monsieur, de continuer cet absurde roman. Par respect pour vos hôtes, si ce n'est pour vousmême, je vous prie de vous taire.
LE COMTE, se levant.
' Pardon, ma chère Pauline. Je regrette de ne pas, cette fois, partager votre avis. Mais la situation est devenue trop grave; et je suis obligé de me rappeler, de rappeler à tout le monde, que je suis chef de famille. Il n'est pas d'affections, il n'est pas d'égards personnels, qui me fas-