‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 138 sur 338 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

sent tolérer un scandale clans ma maison, habitée par ma femme et ma fille. Je prie donc, et je somme au besoin, M.Landurel de s'expliquer nettement et complètement.

SIDONIE

Je le demande pour mon honneur.

PIERRE

Pour ma dignité, je Fexige.

OCTAVE

Soyez tranquilles : chacun aura son compte. En recevant cette lettre, je partis par l'express, net, sans consulter personne.

Pas même votre somnambule?

OCTAVE

Tiens! vous le saviez?

SIDONIE

J'en sais bien d'autres. Continuez.

OCTAVE

A Nancy, comme il faisait encore jour et que je n'avais, pour ainsi dire, pas mangé de la journée; je pris le temps de dîner à mon aise; après quoi, je fumai quelques cigares avec beaucoup d'impatience, pour attendre le moment favorable. J'avais mon projet.

SIDONIE

Lequel?

OCTAVE

Celui que j'ai si heureusement exécuté, madame, de vous surprendre quelque part, n'importe où, avec votre complice, en flagrant délit.

LE COMTE

Achevez donc, monsieur.

OCTAVE

Quand la nuit fut bien noire, je partis à pied, comme un homme qui n'aurait pas le moyen de prendre une voiture. Je marchais sans crainte au milieu des ténèbres, ayant eu la précaution de mettre dans ma poche un revolver, à cinq coups! En arrivant au bout du parc, j'aperçus un homme qui se promenait tout doucement sur le côté le plus obscur du chemin, à l'ombre des grands arbres.

SIDONIE

Comment pouviez-vous y voir clair, dans l'ombre? puisqu'il faisait noir partout !

OCTAVE

Je n'en sais rien. Mais il faisait noir, il y avait de l'ombre; et pourtant j'y voyais comme un lynx, éclairé. sans doute, par ma juste jalousie : car j'avais, du premier coup, deviné toute l'affaire et reconnu mon rival.

PIERRE

Nommez le donc, monsieur, puisque vous l'avez reconnu.

OCTAVE

Qui pouvait-ce être, sinon vous ?

PIERRE

Puisqu'il ne s'agit que de suppositions, supposez que je vous donne un démenti, et passons.

OCTAVE

Allez-vous maintenant me faire soupçonner mon ami Lionel ? car, si ce n'est pas vous, ce ne pourrait être que lui.

LE COMTE

Monsieur, ne mêlez pas légèrement à votre histoire le nom de M. le marquis de Trésignan : il doit épouser ma fille.

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