‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 164 sur 338 · LI-: DUC · texte numérisé non relu

LI-: DUC

Je ris de tout ce qui est risible.

U 11 li A I N .

Mais ceci ne l'est pas; car, si ma mère le savait, elle en mourrait de chagrin. Il faut donc que ce ne soit i)lus.

ll: duc.

C'est aisé à dire.

URUAIX.

Et à faire. Voici la quittance de tout ce que vous deviez. 11 iK' faut p'.s qu'un homme de votre esprit soit forcé de tant admirer son valet de chambre. Vous ne devez plus rien et il NOUS reste douze mille livres de rente, (niai donne la quittance.)

LE DUC

Urbain !

Eh bien?

Lt: DUC.

Vous avez payé mes dettes?

URBAIN

Oui, puisque vous ne pouviez pas les pa\cr.

LE DUC

Mais notre mère les avait déjà payées une fois!

URBAIN

N'ayant plus rien, elle ne pouvait pas les [)ayer une seconde.

LE DUC

Alors, je vous ai ruiné aussi?

Pas complètement. Ce qui me reste appartient à la marquise, à elle seule! Nous pouvons avoir le bonheur de la conserver longtemps, et elle ne doit rien savoir de ce qui sera après elle.

LE DUC

Et vous avez cru que j'accepterais cette mortification de vous devoir...

URBAIN

Pourquoi laissez-vous votre orgueil parler avant votre cœur? Ce n'est pas son droit, il n'est que le cadet.

LE DUC

N'importe! je refuse! Nous ne sommes pas les enfants du môme père, nous ne portons pas le môme nom, vous ne me devez rien.

URBAIN

Nous avons la même mère, et cela suffit. 11 est d'ailleurs trop tard pour refuser. Vos créanciers sont peu disposés à rendre ce qu'ils ont reçu; vous n'en avez plus qu'un, c'est moi, et celui-là a le temps d'attendre.

LE DUC, passant à droite.

Misérable que je suis! Pourquoi?...

URBAIN

Pourquoi n'avoir pas cédé à la tentation de vous brûler la cervelle?

LE DUC

Eli bien, oui! j'aurais dû le faire.

Ajouter un crime irréparable à de réi)arables folies? Si vous n'aimez personne, il y a encore des gens qui vous aiment.

LE D UG.

Il y a ma pauvre mère, c'est vrai !

URBAIN

Et puis?...

ACTi-: iMii'.Mii-n. ?:

Li: llLC.

Et piiiïî qui?

L un A IX.

Votre valet de chnmhro... et moi.

LE DUC, se jetnnt dans ses bras.

Ail ! mon frère !...

URBAIN

Allons, mon ami, ne parlons plus de cela. J'ai fait pour vous ce que vous eussiez fait pour moi.

LE DUC

Non, je n'aurais pas su, je n'aurais pas pu le faire; ma destinée est de n-uire! .\h ! mon frère... mon frère! sais-tu que je t'ai toujours mal aimé ?

URBAIN

Je le sais. Je me l'explique par la différence de nos organisalions ; mais le moment est peut-être venu de s'aimer mieux.

LE DUC

Oh! oui ! pardonne-moi, je t'estime, je t'admire, je te vénère ; tu es simple, bon et grand ! et moi. je suis un imbécile, un ingrat, un animal ! tu es mon meilleur ami, et je ne m'en suis jamais aperçu, et j'ai donné mon temps, mon cœur et mon argent... et celui de mon père, et celui de ma mère, et le tien, à des coquins et à des... Qu'est-ce que je peux faire pour toi? Aimos-tu une femme? faut-il lenlever ? faut-il tuer son m'ari ? Veux-tu que j'aille en Chine, en Sibérie, en enfer? Dis!

U RB AIN.

Si tu m'aimais, nous serions déjà quittes.

LE DUC

Mais je t'aime! je t'aime de toute mon âme! Seulement, jo voudrais trouver tout de suite un moyen de te le prouver.

URBAIN

11 y en aurait un dont tu ne t'avises pa?.

LE DUC

Si fait! me corriger 1 Eh bien, je me corrigerai. Pourquoi pas? Je suis encore jeime, que diable! à quaninte ans, on n'est pas fini, on n'est qu'un peu abîmé. .le me rangerai, c'est dit! d'autant plus qu'il le faut. Je ne suis pas à plaindre, après tout! Je me referai une santé, une jeunesse, et puis tu disposeras de moi. J'irai passer l'été avec ma mère et toi à la campagne. Je vous raconterai des histoires, je vous ferai rii-c. Voyons, consolemoi, aide-moi à faire des projets; car je ne sais plus où j'en suis quand je vois tout le mal que j'ai fait, et combien je suis malheureux ! (Il pleure.)

URBAIN, aUant à lui.

Courage, mon grand enfant! la mauvaise fortune est finie, la bonne commence peut-être !

LE DUC

Oui, tu m'apprendras ton secret pour être heureux; quel est-il ?

URBAIN

Le courage.

LE DUC

En as-tu donc besoin ?

URBA IX.

J'en ai plus besoin que toi.

LE DUC

Tu as un chagrin?

URBAIN

Pis que cela, j'ai une faute, presque un crime dans ma viv-^. Ce n'est donc pas à moi de t'accuser.

LE DUC

Qu'est-ce que c'est? peux-tu me le dire?

URBAIN

Je veux te le dire, pour te montrer que tu peux encore faire du bien, ne fût-ce qu'à moi qui vis sans ami, le cœur trop plein et trop formé.

ACTI- l'Ur-MII-îî. 20

LE nrc.

Ah! Urbain, va, dis! mon cœur à moi o>t épiin» depuis un insliint et peut recevoir les douleurs. Quel malheur t'a frappé?

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