‹ Les idées de Mme Aubray, comédie en 4 actes, en proseChapitre 41 sur 338 · MADAME AUBRAY. TELLIER · texte numérisé non relu

MADAME AUBRAY. TELLIER

MADAME AUBRAY

Est-ce que vous êtes ici avec madame Tellier?

TELLIER

Non, madame; elle est allée passer quelques jours chez son père, mais elle viendra probablement me rejoindre avec lui. Elle est d'ailleurs toujours un peu souffrante. Dès que j'ai su que vous étiez dans ce pays, je me suis permis de venir vous présenter mes hommages.

MADAME AUBRAY

Je vous en suis toute reconnaissante.

TELLIER

M. Camille?

MADAME AU B RAI

M. Camille se porte à merveille.

TELLIER. aprî-s un temps .

Pardon, madame, voulez-vous m'autoriser à vous faire une • {uestion?

MADAME AUBRAY

Faites, monsieur.

TELLIER

Quelle est celte dame avec qui je viens (lavoir Thonneur de me rencontrer?

MAI^AME AUBRAY

C'est une de mes amies.

(iN LES IDÉES DE MADAME AUBRAY.

De vos amies? Elle n'en eit [)as depuis longtemps, car je no l'ai jam.iis vue chez vous.

MADAME AUBRAY

Pas depuis longtemps, en effet.

TEL LIER

Elle est mariée?

MADAME AUBRAY

Non.

Elle est veuve, alors?

31 A D A ai E A U B R A Y.

Ptirdon à mon tour, cher monsieur, mais voulez-vous me permettre de vous demander pourquoi toutes ces questions?

TELLIER

Mon Dieu, madame, c'est que je crains que votre bonne foi n'ait été surprise, et que vous ne donniez un peu facilement ce titre d'amie.

MADAME AUBRAY

Cela m'étonnerait; je suis très-avare de ce titre, et, quand je le donne, ce n'est qu'à bon escient. Les personnes qui me sont indifférentes, je les appelle « chère madame », ou « cher monsieur ».

TELLIER

Comme moi, par exemple... Je n'ai pas, madame, le droit de faire commerce d'amitié avec une personne de votre mérite, et cependant je considère comme un devoir de faire acte d'ami, et, en tout cas, de galant homme, dans la circonstance qui se présente. Si cette dame ne vous eût fait qu'une visite de hasard, qu'une rencontre aux biins de mer pourrait motiver, je me serais abstenu de toute réflexion; mais les termes dont vous vous servez à son éoard m'obligent, bien malgré moi, à vous renseigner sur son compte. J'ai tout lieu de croire que, pour devenir votre amie, cette dame vous a... abusée.

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