ACTE PREIMIER
PIERRE
Au contraire, M. le duc affirme et démontre, par ses rélicences, le sentiment qu'il a de l'honneur. RICHARD, à Piorre.
Merci, monsieur. Cette jeune fille était parfaite, sauf un point, malheureusement capital.
LIONEL
Tu n'en as donc pas été amoureux?
RICHARD
Follement.
LIONEL
Et tu lui reconnaissais- un défaut!
RICHARD
Il fallait bien se rendre à l'évidence.
LIONEL
Sotte ?
OCTAVE
Ou bossue 1
RICHARD
Même sotte , on l'eût aimée , tant elle était belle ! Même laide, on l'aimerait, tant elle a d'esprit.
Je m'y perds.
RICHARD
Elle était pauvre.
OCTAVE
Comment diable n'ai-je pas deviné?
LIONEL
Halte-là, Richard ! Je ne permets pas à mon cousin de calomnier notre famille dans la personne de son chef. De toutes les choses que nous méprisons, celle que nous méprisons le phis, c'est l'argent.
OCTAVE
Parce que vcus en avez.
EICHARD
Pardon, mon cousin. Il y a quelque chose que nous méprisons plus que l'argent, c'est l'estime qu'on en fait.
OCTAVE
Vous m'étonncz.
mCHARD
Ali! si j'avais pu prévoir une telle rencontre; une si étrange réunion , un si violent contraste de magnificences personnelles et de misères sociales : cette reine de nature condamnée au travail de la domesticité.
Elle était domestique?
EICHARD
Institutrice, dans la maison de je ne sais quels parvenus , avec douze ou quinze cents francs d'appointements.
OCTAVE
On en trouve tant qu'on veut à ce prix-là, nourries et blanchies, par exemple !
EICHARD
Averti à temps, j'aurais pris les précautions nécessaires contre l'inégalité de nos conditions ; un pseudonyme, un déguisement do circonstance, et peut-être la jeune fille eût-elle agréé de bon cœur et de bonne foi les vœux sincères du faux étudiant,
LIONEL
Tu l'aurais épousée?
EICHAED
D'enthousiasme, certain d'être aimé pour moi-même
ACTK PllEMIKU :U
et non convoité pour ce qui n'était pas moi. .Mais il était trop tard pour chanter sous les fenêtres de ma belle la romance d'Almaviva. Dès l'abord, elle connaissait mon nom, ma fortune, ma position. Et, lorsqu'elle parut ressentir le contre-coup de la passion qui m'entraînait, un doute terrible avait déjà traversé mon esprit et paralysé mon élan. Était-ce bien Richard qu'elle aimait? ou voulait-elle épouser le duc de Yillepreneuse? Ne pouvant plus avoir la preuve de sa sincérité, je voulus du moins être sûr de sa vertu. Il fallait savoir comment elle porterait le nom que je lui aurais donné. Oui ou non : ma maîtresse ou ma femme ! Si elle me résistait, pardonnez-moi cette fatuité, messieurs, elle pouvait bien résister à d'autres. Si, au contraire, elle cédait, pourquoi pas la suite au prochain numéro?
LIONEL
Elle céda ?
Parbleu !
Sans conditions?
RICHARD
En certains cas, monsieur, la suprême habileté c'est la confiance. Aux généreux, on ne demande rien, pour obtenir davantage.
OCTAVE
Ce quil vous plaira, mon bourgeois ! Et vous payez double.
PIERRE
Qu'a-t-elle obtenu pour prix de sa confiance?
RICHARD
Ce que méritait son habileté.
OCTAVE
PIERRE
PIERRE
L'abandon ?
Mitigé par le savoir-vivre. Envoyé, sur ma demande, à un poste éloigné...
LIONEL
Elle commençait donc à t'ennuyer ?
RICHARD
Au contraire, je craignais de l'aimer trop et de faire une sottise.
LIONEL
C'est fort.
OCTAVE
Moi, je n'aurais pas même eu peur.
RICHARD
Je lui écrivis, la veille de mon départ, une lettre convenable, en mettant à sa disposition une année de mon revenu.
OCTAVE
Trois cent mille francs ? Diable!
LIONEL
Richard n'a fait que son devoir de gentilhomme.
OCTAVE
Mais quinze mille livres de rente ! c'est une fortune pour une ex-institutrice. Elle a dû être bien contente.
PIERRE
En effet. Trois cent mille francs pour l'honneur, c'est bien payé.
Au-dessus du cours.
PIERRE
Eh! si cela pouvait se coter à la Bourse?