SCÈNE PREMIÈRE PAULINE, SIDONIE
SIDONIEj amenant Pauline.
Tiens , Pauline , viens causer. Il est impossible d'échanger quatre mots de suite au milieu de cette cohue. Ici, nous serons libres pour quelques instants, jusqu'à la fin de la contredanse.
PAULINE
Mais Blanche ?
SIDONIE
N'est-elle pas sous la protection de son chevalier, M. Pierre?...
PAULINE
M. Froment est sans doute un homme des plus honorables ; mais...
SIDONIE
Mais?
PAULINE
C'est un jeune homme.
SIDONIE
Le fils du domestique n'oserait, je suppose, lever les yeux sur la fille du maître.
44 LES SCEl TIQUES
PAULINE
Ma chère Sidonie, il n'y a ici ni maître, ni domestique ; il y a un propriétaire et un fermier qui se connaissent, s'estiment et s'aiment depuis longues années. Quant au fils du fermier, M. Pierre Froment, le comte d'Apremont en fait le plus grand cas et professe pour lui une affection paternelle.
SIDONIE
N'en parlons plus. Parlons de toi, de nous, à cœur ouvert, comme au couvent et quelquefois depuis. Asseyons-nous. (Elles s'asseoient sur un canapé.) Là grande question, es-tu heureuse?
PAULINE
Le comte est toujours parfait pour moi.
SIDONIE
Et tu l'aimes ?
PAULINE
De toute ma reconnaissance et de tout mon dévouement.
SIDONIE
Mais l'amour?
PAULINE
J'y ai renoncé depuis longtemps et pour jamais.
SIDONIE
Et l'autre ?
PAULINE
Qui?
SIDONIE
Tu ne m'as pas dit son nom, mais tu m'as raconté votre histoire. Ce beau jeune grand seigneur rencontré dans une ville étrangère, tu ne l'as jamais revu?
PAULINE
Jamais,