ACTE II
SIDONIE
Sois donc tranquille; si on ne se soutenait pas entre femmes!...
PAULINE
Tu avais raison. Il y a dans la vie des hasards malheureux. Qui m'eût dit que j'allais le rencontrer ici, là... (montrant le salon de jeu), là, n'est-ce pas? (Sur un signe affirraatif de Sidonie, elle recule épouvant/'O.) Séparée de lui par l'épaisseur d'une porte! C'est à faire frémir. Je t'en prie, ma voiture, tout de suite !
SIDONTE, appelant un domestique du geste.
Les gens et la voiture de madame la comtesse d'Apremont. (Le domestique sort par le fond, à gauche.) Mais il te retrouvera toujours quelque part.
PAULINE
Nulle part. Jamais! Je retourne dans ma retraite, au fond de la Lorraine, et je n'en sortirai plus. Comment pourrait-il m'y découvrir? Il n'y a que toi qui saches mon secret.
SIDONIE
Remets-toi, ma chère. Te voilà toute défaite. (Elle mène Pauline devant une glace.)
PAULINE, s'écartant brusquement de la glace.
Ah ! mon Dieu!
SIDONIE
Quoi donc?
PAULINE
Il m'a semblé voir remuer cette porte. (Elle montre la porte de droite qui conduit au salon de jeu.) S'il entrait!
SIDONIE
Tourne le dos.
PAULINE
Et la glace! Prête-moi quelque chose pour m'envelopper en attendant que je parte.
SlDONIE Tiens! (Elle prend sur le canapé une mantille de dentelle et la remet à Pauline, qui s'enveloppe brusquement la tête et les bras.)
Merci! Maintenant, va prévenir Blanche.
SIDONIE
Que lui dirais-je?
PAULINE
Ce que tu voudras.
SIDONIE
J'y vais.
PAULINE
Non. Je n'ose pas rester seule. Ne me quitte pas.
SIDONIE
Je ne puis cependant pas lui envoyer un domestique au milieu du bal.
PAULINE
Certainement non. Ce serait remarqué.
SIDONIE
Que faire alors?
PAULINE
Est-ce que je sais? J'ai la tête perdue, et les minutes me paraissent des siècles.
SIDONIE
Rassure-toi. La contredanse est unie, et voici mademoiselle Blanche avec son escorte.