‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 103 sur 307 · Voir Gargantua, liv. I", chap · texte numérisé non relu

Voir Gargantua, liv. I", chap

X!v. XV. XXI, xxiti, XXIV. et Panta- {/ruel, !iv. II, chap. v, vi, vit, viii. boas ce titre : Rabdais et Montaigne

pédagogues, ce livre renferme tous les chapitres où nos deux auteur?, de près ou de loin, ont traité la questioa de l'institution des erifants.

plir la journée et ce n'est qu'un délassement, un repos de l'esprit. On croirait assister aux chevauchées, aux joutes et nasses d'armes du roi Henri II racontées avec tant de com-

/'I)laisance par Brantôme. Montaigne est loin de proscrire ces "" exercices, mais sachant qu'ils sont au premier plan dans l'éducation de tout vrai gentilhomme, il passe en courant et par acquit de conscience, soit parce qu'il ne les a jamais beaucoup pratiqués, et qu'il a en horreur tout travail excessif et fatigant, soit qu'il juge cette partie de l'éducation

^^ indigne d'arrêteFiin philosophe et un moraliste. Peut-être

\ bien aussi garde-t-il rancune à l'équilation, se souvenant de — eei'taine chute qui faillit lui coûter la vie. Le programme de Rabelais est trop toulfu, trop « estoffé, » dirait Montaigne, mais, en un sens, bien plus pratique. Il faudra prendre en pitié le pauvre cerveau qui éclaterait à tout emmagasiner, il faudra émonder, tailler largement en pleine étoffe, faire la part du possible et de l'utopie, mais quelle abondante et luxuriante encyclopédie, étalée avec la complaisante présomption et l'enivrement de la jeunesse, réjouissante à voir comme la table plantureuse du géant et ses exploits gastronomiques !,A^ôlé,jcelle de Montaigne paraît maigre et famélique. Sans~7Iôîîte l'abondance amène la satiété, sans doute un programme trop chargé n'est pjjua qu'une énumération, un catalogue, et devient inapplicable dans la pratique. Mais reconnaissons que Montaigne se

^ méfie trop de la science, des lettres elles-môjnes ; il les regarde d'un esprit chagrin et dans la crainte que son jeune gentilhomme ne devienne trop savant , il le réduit trop à la portion congrue. Il a été lui-même l'homme de deux

"'' livres, et n'a su que philosopher sur son Plularque et son Sénèque dans les loisirs de sa librairie et les commenter admirablement d'un style qui est l'unique originalité de Montaigne; mais nous pouvons l'en croire quand il nous fait la confession de ce qu'il appelle son ignorance ; « En somme, je sçay qu'il y a une médecine, une jurisprudence, quatre parties en la mathématique, et grossièrement ce à quoy elles visent ; et à l'adventure encores sçayje la prétention des sciences en gênerai au service de nostre

vie : mais d'y enfoncer plus avant, de m'estre rongé les ongles à l'estude d'Aristote, monarque de la science moderne ou opiniastré aprez quelque science, je ne l'ay jamais faict; n'y n'est art dequoy je sceusse peindre seulement les premiers lineamens, et n'est enfant des classes moyennes qui ne se puisse dire plus sçavant que moy qui n'ay seulement pas dequoy l'examiner sur sa première leçon ; et, si l'on m'y force, je suis contrainct assez ineptement d'en tirer quelque matière de propos universel, sur quoy j'examine son jugement naturel : leçon qui leur est autant incongnue, comme à moy la leur. » Confession sincère et précieuse : Montaigne u a mesuré la dose d'instruction d'un gentilhomme à la portée de son esprit, à ses goûts, à ses connaissances qui, de son propre aveu^ sont vraiment trop bornées. 11 se détourne, et pour cause, sur un propos îmz'rerse/, c'est-à-dire sur un lieu commun de morale générale. Est-ce suffisant pour le jeune comte qui, avant dix-huit ans, devra embrasser la carrière des armes? Montaigne, nous le savons, ne se propose aucune préparation spéciale^ mais nous nous demandons où son écolier prendra le temps, dans le commerce du monde, au milieu des voyages recommandés, d'acquérir ces connaissances plus précises, cette instruction théorique élémentaire qui fait défaut à Montaigne lui-même et dont ne saurait se passer un jeune homme qui, du droit de sa naissance, doit commander avant d'avoir appris à obéir? En haine du pé-( dantisme, Montaigne bannit non pas seulement l'érudition, mais cette culture délicate qui peut tenter les natures d'élite et les révèle. 11 préfère l'éducation incomplète, parfoi:; -^ grossière de Sparte à l'instruction plus raffinée d'Athènes. Il ^___^ y a plus, Montaigne ne s'est pas trop mal trouvé d'une ^ ignorance presque absolue des sciences, des notions positives, et d'une instruction élémentaire indispensable, il les bannit de son programme. En un mot, si Rabelais risque dci mal ctreindre pour trop embrasser, Montaigne nous semble! se contenter vraiment à trop peu de frais. Le^iLsen3j,Rr"~==*^ raison, ces qualités maîtresses, que Montaigne s'atlache si ? judicieusement à développer, seront-enes îiiises en^pérîT i paxçe ju'on fourniraone pâture plus substantielle à l'esprit, (

parce qu'on consacrera les premières années de la jeunesse àjine culture qui n'a pas d'autre place, parce qu'on ne prétendra pas remplacer tant de notions précises indispensables par une science prématurée et un peu artificielle delà vie qui ne saurait être que le fruit de l'âge et de l'expérience ?

Page 1