CHAPITRE XXIV
DU PEDANTISME
Je me suis souvent despilé, eu mou eufuQce, de veoir ez comédies italiennes lousjours un Pedaule' pour badin-, elle surnom de Magi^ler n'avoir gueres plus lionorable signiticalion parmy nous : car, leur estant donné en gouvernement^, que pouvois je moins faire que d'eslre jaloux de leur réputation? Je cherclioy bien de les excuser par la disconvenauce* naturelle qu'il y a entre le vulgaire et les personnes rares et excellentes en jugement et en sçavoir, d'autant qu'ils vont un train entièrement contraire les uns des aultres; mais en cecy perdois je mon latin, que les plus galants hommes c'esloient ceuix qui les avoyent le {•lus à mespris, Icsmoing uoslre bon du Bellay ^ :
Mais je hay par sur tout un sçavoir pedantesque;
et est cette coustume ancienne; car Plularque dict que Grec et Escholier estoient mots de reproche entre les Romains, et de mespris®. Depuis, avec l'aage, j'ay trouvé qu'on avoit une grandissime raison, et que magis magnos clericos non sunt niagis magnos sapientcs"^. Mais d'où il puisse advenir qu'une ame riche
1. Pédante. C"est le mol italien luimême, usité au seizième siècle avant le mot pédant. Il ne tarda guère k être employé dans une acception défavorable que ne lui assigne pas sou sens étymologique {T.a.:Svji:-), instruii-e).
2. Badin désigne un personnage ridicule de l'ancien théâtre français.
3. C'est-à-dire coniié à leur direction. •i. Disconvenance, désaccord, différence.
3. C'est le dernier vers du sonnet des Regrets qui débute ainsi :
Je liais du Florentin l'usm-ière avarice et se termine par le vci-s que cite Mon-
taigne. Joachim du Bellay (1324-1560),un des membres de la pléiade don( Ronsard était le chef. 11 est l'auteur de la Deffence et illustration de la langue fra'tçoyse (15i9) qui fut le manifeste de la nouvelle école poétique.