‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 160 sur 307 · C"opt-à-dire en lire la preuve de la colère de Dieu · texte numérisé non relu

C"opt-à-dire en lire la preuve de la colère de Dieu

10. La pépie, maladie consistant en une pellicule qui vient sur la langue des animaux et les empêche de boire.

Montaigne dit donc plaisamment que les sauvages eux-mêmes en cessent de boire.

1 1 . Galler le bon temps, c'est en ce sens de se réjouir, que Villon a dit :

Je plains le temps de ma jeunesse Aiuiuel ay plus qu'en autre temps gale. Noire mot gala fréjouissance), vient

'exemplaire corrigé de sa main. ' sans doute de ce verbe.

le Siivûïard, que « Si ce sot de roy de France eust sceu liien conduire sa fortune, il estoit homme pour devenir maistro d'hostcl de son duc : » son imagination ne concevoit aultre plus eslevee grandeur que celle de son maistre^. Nous sommes insensiblement touts en cette erreur : erreur de grande suitte et préjudice. Mais qui se présente comme dans un tableau cette granile image de nostre mère nature en son entière majesté; qui lit en son visage une si générale et constante variété; qui se remarque là dedans, et non soy, mais tout un royaume, comme un traict d'une poincte tresdelicate, celuy là seul estime les choses selon leur juste grandeur*.

Ce grand monde, que les uns multiplient encores comme espèces soubs un genre*, c'est le mirouer oii il nous fault regarder, pour nous cognoistre de bon biais. Somme *, je veulx que ce soit le livre de mon escholier. Tant d'humeurs, de sectes, de jugements, d'opinions, de loix et de coustumes, nous apprennent à juger sainement des nostres, et apprennent nostre jugement à recognoistre son imperfection et sa naturelle fûi])lesse ; qui n'est pas un legier apprentissage : tant de remuements d'estat et changements de fortune publicque nous instruisent à ne faire pas grand miracle de la nostre : tant do noms, tant de victoires et conquestes ensepvelies soubs l'oubliance, rendent ridicule l'espérance d'éterniser nostre nom par la prinse de dix argoulets et d'un pouiller^ qui n'est cogneu que de sa cheute : l'orgueil et la fierté de tant de pompes estrangieres, la majesté si enflée de tant de courts et de grandeurs, nous" fermit et asseure la veue à soustenir l'esclat des

1. La victoire do S.iint-QuenUn roniportée par le duc de Savoie Emmanuel- Philibert, le traité de Caleau-Cambrésis, qui lui permit de transporter de Chambéry à Turin le siège de son gouvernement et de faire acte de souverain, ce retour de fortune favorable aux ambitions de la maison de Savoie pouvaient tourner la tète au h Savoyard »

et lui sugfcérer ce mol plaisant.

2. Pascal qui a beaucoup lu Montaigne et lui emprunte ses armes pour combattre l'oi-guoil de la raison humaine, s'est évidemment rappelé ce passage : <i Que l'homme contemple donc, la nature entière dans sa haute et

pleine majesté Que la terre lui

paraisse comme un point au prix du vaste tour que cet astre décrit ; et qu'il s'étonne de ce que co vaste tour luimême n'est qu'un point très délicat à

l'égard de celui que les astres qui roulent dans icrirmament embrassent.»

(Pi^jiséfii, art. I".)

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