Dergamasque, italien de Bergame
7. Horace, Art poét., v. 311. Boileau a traduit cette pensée par ces deuï vers :
Ce que l'on conçoit bien t'énorce clai-
[rement ,
Et les mot?, pour le dire, arrivent aisé-
[ment.
Artyoét.,ci\. I«r,v. 153.
Et comme disoit celuy là, aussi poétiquement en sa prose, quum i^es animum occupavere, verha ambiunt * ; et cet aultre, ilpsx rcs verba rapiunt'^. Il ne sçait pas ablatif, conjunctif, substantif, ny la grammaire ; ne faict pas son laquay ou une harangiere du Petit-Pont*; et si*, vous entretiendront tout votre saoul, si vous en avez envie, et se desferreront ^ aussi peu, à l'adventure, aux règles de leur langage, que lemeilleur niaistre ez arts de France. Il ne sçait pas la rhétorique, ny, pour avant jeu, capter la benevolence du candide lecteur * ; ny ne luy chault'' de le sçavoir. De vray, toute cette belle peincture s'efface ayseement par le lustre d'une vérité simple et naïfve : ces gentillesses ne servent que pour amuser le vulgaire, incapable de prendre la viande plus massive et plus ferme; comme Afer montre bien clairement chez Tacitus*. Les ambassadeurs de Samos estoient venus à Cleomenes, roy de Sparte, préparez d'une belle et longue oraison, pour l'esmouvoir à la guerre contre le tyran Polycrates ; aprez qu'il les eut bien laissez dire, il leur respondit : « Quant à vostre commencement et exorde, il ne m'en souvient plus, ny par conséquent du milieu; et quant à vostre conclusion, je n'en veulx rien faire*. » Voylà une belle response, ce me semble, et des harangueurs bien camus ! Et quoy cet aultre? Les Athéniens estoient à choisir de deux architectes à conduire une grande fabrique*" : le premier, plus affetté **, se présenta avecques un beau discours prémédité sur le subject de cette besongne, et tiroit le jugement du peuple en sa faveur; mais l'aoltre en trois mots : « Seigneurs Athéniens, ce que cettuy a dict, je le
1. Quand les choses ont saisi l'esprit, les mots arrivent en foule (Sènèoue, Controv., l\l, prœm.
2. Les choses entraînent les paroles (CicÉnoN, de Finibus, III, 5).
3. Cost-à-dii-e son laquais ou uno harangèie du Petit-Pont n'en savent pas davantage, et lui n'eu sait pas plus qu'eux sous ce rapport. /^ait'/ remplace un verbe déjà exprimé dans la phrase ; emploi encore fréquent au dix-septième siècle. Celte harangère du Petfl-Pont rappelle Malherbe allant, si nous on croyons Racan (Vie de Malherbe), apprendre le vrai français au milieu des « crocheteurs du Poît au foin. »
•i. Et si, et pourtant, ce qui ne les empêche point.
5. Se des ferreront, se déferrer, perdre le fer, être désarmé, nous dirions encore ils sont ferrés sur les règles de
leur langage. C'est la rhétorique et la logique naturelles.
6. Montaigne fait allusion à un des préceptes de la rhétorique : Cicéron recommande à l'orateur d'employer l'exorde (ce que l'auteur appelle l'avantjeu). à rendre l'auditeur attentif et bienveillant.
7. Du verbe chaloir. Il me chaut, il me soucie, d'où le substantif nonchalance, négligence.
S. Dialogue des orateurs, chap. xi.v.
Il fuit lire Aper et non Afer que porte lo texte de Montaigne.
9. Plutaroue , Apophtheqmes des Lacc'démonicns. Cléomène, (ils d'Anaxandridas, vu.