Dos causes, des |)arties
(}. Biaise de Montluc, né aux environs de Condom vers l'an I.'jO^. Depuis la bataille de Pavie (IS'i.")! jusqu'à celle de Cérizolcs ! 15 ii . il prit part ;i toutes les batailles du règne de François I", s'illustra sous le règne de Henri II par sa belle dcfcnsc de Sienne (1535). Sous Charles I.K, charge de pacilier la Guyenne, il flétrit sa gloire militaire par ses cruautés, ses sanglantes e.\éeutions, et s'y conduisit en bourreau du roi. Au siège de Uahastens (1570), une terrible blessure qu'il recul au visage mil sa vie en danger et le força de terminer une carrière militaire d un demisiècle. Ce n'est que trois ans après,
qu> le roi Henri III lui envoya le bâton de maréchal, pour récompenser ce fanatique serviteur de la monarchie et de la religion. Montluc mit à profit ses loisirs (il meurt en 1577). pour écrire ses Commentain's. destinés à l'instruction des capitaines de l'avenir, que Henri 1\' appelait " la Bible du soldat. » Son style brille surtout par une vivacilc d impressions et d'expressions qui reproduit la scène décrite, en ressuscite tous les acteurs, mais le lecteur ne peut s'empêcher d'être révoUé par la tranquille férocité du narrateur. (Voy.
nos .Morceaux choisis des prosateurs rt poètes français du seizième siècle. Paris. Belin, 1870. pages 31-47.)
Montluc eut dix enfants, six filles et quatre fils. De ces quatre fils, deux périrent à la guerre. Le troisième, le capitaine Peyrol, celui auquel Montaigne consacre ce touchant souvenir, mourut à l'ile de Madère où il avait fait relâche dans une expédition entreprise vei-s le Mozambique où il allait fonder un établissemeut militaire.
d'uaii yiavilé el grimace ^ paternelle, avoir perdu la commodité - de gousler et Ijien cognoislre son iils, et aussi de lui déclarer l'extrême amitié qu'il luy portoit, et le digue jugement qu'il faisoit de sa vertu. « Et ce pauvre garson, disoit il, n'a rien veu de moy qu'une contenance renfrognée et pleine de mespris; et a emporté cette créance, que je n'ay sceu ny l'aymer ny l'estimer selon son mérite. A qui gardois je à descouvrir cette singulière affection que je luy portois dans mon ame? esloit ce pas luy qui en debvoit avoir tout le plaisir et toute l'obligation'',? Je me suis contrainct et golieimé pour maintenir ce vain masque; et y ay perdu le plaisir de sa conversation, et sa volonté* quand cl quand, qu'il ne me peult avoir portée aultre que bien froide, n'ayant jamais receu de moy que rudesse, ny senty qu'une façon tyrannique^. » Je trouve que celle plaincte esloit bien prinse el raisonnable : car, comme je sçais par une trop certaine expérience, il n'est aulcune si doulce consolation en la perte de nos amis, que celle que nous apporte la science de n'avoir rien oublié à leur dire, et d'avoir eu avecques eulx une parfaicte et entière communication*'. 0 mon amy! en vaulx je mioulx d'en avoir le goust? ou si j'en vaulx moins? J'en vaulx, certes, bien miculx; sou regret me console et ni'liounore : est ce pas un [)ieux et idaisant office de ma vie, «l'en faire à tout jamais les obsèques? est il jouissance qui vaille celte privation'?
Je m'ouvre aux miens tant que je puis, el leur signifie Ires-