‹ Les idées de Rabelais & de Montaigne sur l'éducationChapitre 225 sur 307 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

elles l'ont en lame on tout temps. Communément on Ici veoid s'acldonner aux plus foibles et malotrus*, ou à ceul.x, si elles en ont, qui leur pendent encores au col. Car, n'ayant point assez de force de discours pour choisir et embrasser ce qui le vault. elles se laissent plus volontiers aller oii les impressions de nature sont plus seules, comme les animaulx qui n'ont cognoissance de leurs petits que pendant qu'ils tiennent à leurs mammelles. Au demeurant, il est avsé à veoir, par expérience, que celte alVeclion naturelle, à qui nous donnons tant d'auctorité, a les racines bien foibles : pour un fort legier proulit, nous arrachons touts les jours leurs propres enfants d'entre les bras des mères, et leur faisons prendre les noslrcs en charge ; nous leur faisons abandonner les leurs à quelque cheslifve nourrice il qui nous ne voulons pas commettre les nostrcs, ou à quelque chèvre, leur delTendant non seulement de les allaicler, quelque dangier qu'ils en puissent encourir, mais encores d'en avoir aulcuu soing, pour s'employer du tout- au service des nostres : et veoid on, en la pluspart d'entre elles, s'engendrer bientost, jiar accouslumance, une affection bastardc plus véhémente que la naturelle, et plus grande solicilude de la conservation des enfants empruntez, que des leurs propres. Et ce que j'ay parlé des chèvres, c'est d'autant qu'il est ordinaire, autour de chez moy, de veoir les fennnes de village, lorsqu'elles ne peuvent nourrir les enfants de leurs mammelles, appeler des chèvres a leur secours : et j'ay à celle heure deux laquays qui ne letlereiit jamais que huict jours laict de fennnes. Ces chèvres sont incontinent duictes-^ à venir allaicter ces petits enfants, recognoissent leur voix quand ils crient, et y accourent : si on leur en présente un aultre que leur nourrisson, elles le refusent; et l'enfant en faict de mesnie d'une aullre chèvre. J'en vcis un I aultre jour a qui on osta la sienne, parce que son père ne l'avoit qu'empruntée d'un sien voisin : il ne peult jamais s'addonner a l'aultre qu'on luy présenta, et mourut, sans doubte (le faim. Les besles altèrent et abbaslardissent, aussi ayseemeut que nous, l'alfection naturelle. Je crois qu'en ce que récite Hérodote '♦, de certain destroicl de la Libye, il y a souvent du

1. Malotrus, mal bitis. Nous avons rlil plus haut combien Monlaigne raisonne mal en dénigrant un sentiment flélical et touchant, sous prétexte qu'il est un instinct de la nature. <■ une atfeclion naturelle. »

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