Lactance. (Institutions divines
mctlra dedans, mais à qui fera les plus belles courses'. Autant peult faire le sol celuy qui dict vray, que ccluy qui dict fauls; car nous soninios sur la manière, non sur la nialiero, du dire. Mon humeur est de regarder autant à la l'ormoqu'àla substance, autant à l'advocat qu'à la cause, comme Alcibiades ordonnoil qu'on l'eist; et louis les jours m'amuse à lire en des aucteurs, sans soing de leur science, y cherchant leur laçon, non leur subject : tout ainsi que je poursuys la communication de quelque esprit fameux, non afin qu'il m'enseigne, mais afin que je le cognoisse, et que le cognoissant, s'il le vault^, je l'imite. Tout lionune i)eult dire verilablcmenl-, mais dire ordouneement, prudemnuml et sullisanunenl, peu d'hommes le peuvent : par ainsi la faulseté qui vient d'ignorance ne m'olVensc point: (;'esl rine[)tic^. J'ay rompu iilusieurs marcliez qui m'csloient utiles, par rinqiortinence de la contestation de ceulx avccques qui je marchandois '*. Je ne m'esmeus [uis une fois l'an des faultes de ceulx sur lesquels j'ay puissance ; mais sur le poinct de la heslisc et opiuiastrelé de leurs allégations, excuses et deffenses asnieres^ et brutales, nous sommes touts les jours à nous eu prendre à la gorge : ils n'entendent ny ce qui se dict ny pour (pioy, et respondent de mcsmc ; c'est pour * désespérer. Je ne sens heurter rudement ma teste qu(; par une aultre leste ; et entre pluslosl en composition" avecques le vice de mes gents, qu'avecques leur lemerilé^, leur importunité, et leur sottise : qu'ils lacent moins, pourveu qu'ils soient capables de faire ;
1, Dieu csl, toute vi"i'ilé, possi'-do seul la vérité. Belle ot luimblc conclusion irun picu\ sceplicisme, mais TimpiTssion do loLil ce passage n'csI-cUe jtas (pic, ronouçanl à la reeherclic do la vérilc poiu' elle-niémp, l'autoui' ne songe qu'à fournir « de hellos courses, » à oxciccr son esprit, à s'éballve daus le vain plaisir d"unc discussion stérile cl, eonimc il le dit, « artiste ». Qu'est-ce au fond autre chose que l'art des sophistes si vigoureusement combattus par Socrato, dont il n'a pas 1» droit d'invoquer le nom et l'autorité on pareille profession. La dialectique de Socrato est i>arfois subtile, tirée de loin, remplie dculongueries d'apprêt,» mais c'est un croj/ani, il croit à la vérité, la cherche et souvent la démontre. Montaigne est un sceptique qui s'amuse et ruine à l'avance son autorité et noire créance. Il regarde, ajoute-t-il. « à la manière, à la forme, à l'advo-at, à la
façon, et non à ia mkiIm-h-. a la substance, à la cause, au subject, comme .Mcibiade ordounoit qu'on foist. » (l'est là ce que nous lui reiirochons d'être, en toute cette discussion, disciple, non île Socrate, mais d'Alcibiade. En somme, il nous le confesse avec sincérité : ce qu'il déleste, c'est moins Verreur que la bclise humaine.